samedi 27 octobre 2007

Les Aventures de François Chérèque (suite)


C'était en 2003.

A l'époque, François Chérèque signait plus vite que son ombre l'accord sur les retraites, et s'en allait par les télés pleurnicher dans sa barbe qu'il n'était pas un traître.

Au contraire.

C'était les autres (et Thibaud surtout, ce Ganelon), qui s'étaient dégonflés au dernier moment, et l'avaient planté seul.

A cause de tous ces grévistes déversés dans les rues (un vrai cauchemard).

Et qu'on n'arrivait plus à remettre au boulot (dans l'Education Nationale, la grève n'avait fini qu'avec l'année scolaire).

A l'époque, il n'en menait pas large, François (20% d'encartés en moins, les gens quittaient la CFDT par syndicats entiers).

Il n'allait plus dans les meetings (on craignait l'émeute)

Il évitait les manifs (si c'est pour se faire insulter, c'est pas la peine).

Bref, il en a bavé.

Mais de l'eau a depuis coulé sous les ponts.

Regardez aujourd'hui, par exemple.

A la SNCF, depuis 2003, il n'y a plus de cédétistes (les derniers qui restaient sont allés à Sud-Rail).

On pourrait se dire, tiens, sur ce coup-là (la grève des transports) François va fermer sa gueule (il est pas concerné).

Et bien pas du tout!

Non seulement François l'ouvre (sans syndiqués, il est encore plus à l'aise), mais il fait la leçon, distribue les bons points, définit les stratégies..

C'est lui le boss.

Sur LCI : « On voit bien que cette grève ne mène à rien. »

Bon, venant de François, ça n'a rien d'étonnant, mais il ne s'arrête pas là :

«Aujourd'hui, excusez-moi l'expression, mais on emmerde tout le monde pour pas grand-chose, on rend désagréable la vie de dizaines de milliers de personnes qui vont travailler, alors qu'en restant plus unis on est plus forts»

Car unis on peut déplacer des montagnes (et forts soulever le Mont-Blanc pour signer un accord).

Avez-vous noté la grosse différence entre 2003 et 2007?

En 2003, le signataire d'accords précipités (François himself) cassait l'unité des travailleurs en grève (et tout le monde lui en voulait beaucoup).

En 2007, c'est les grévistes qui brisent les pieds des « milliers de personnes qui vont travailler » et cassent l'unité syndicale (retrouvée dans le refus de faire vraiment grève).

Explications du même Chérèque, quelques instants plus tard sur France-Inter :

Certes, Sud-Rail mène la grève, mais « SUD est un mouvement d'extrême gauche allié à une démarche politique. »

Ce n'est donc pas un véritable syndicat (et la preuve : il appelle à la grève).

Tandis que « les autres syndicats, en particulier le plus puissant, la CGT, celui qui pèse le plus à la SNCF, choisissent une démarche raisonnable en débattant avec le ministre. » (et rendons à Chérèque ce qui lui appartient : l'introduction de la raison dans le syndicalisme, c'est lui).

Remarquez bien qu'il s'agit de débattre (avec le ministre), et non de négocier.

Comme quoi on peut faire ce qui se fait en politique (débattre) et rester un syndicat.

Et faire ce qui se fait dans le syndicalisme (grève) et être « un mouvement (...) politique. »

Car times are changing.

Prenez cette malheureuse affaire de retraites

« Cette démarche vers 40 ans se fera car le gouvernement ne reculera pas. », nous prévient François.

On voit tout de suite comme a changé le rôle des syndicats.

Autrefois ils s'opposaient à la détermination rapace du capitalisme (monopolistique d'Etat).

Aujourd'hui ils s'opposent seulement à ce l'Etat ne veut pas vraiment (voire pas du tout).

C'est plus raisonnable.

Sur ce terrain-là, François est un chef.

Un explorateur, le Conducatore des travailleurs.

Il dicte au syndicalisme français la Loi des temps nouveaux :

« Le travail syndical est d'obtenir des contreparties quand une réforme est inéluctable. »

Et ces contreparties, il nous les balançait sans fard, à propos des allègements de charges aux entreprises, par exemple

« Et donc, nous proposons qu'une partie de ces allégements de charges soit donnée aux entreprises en échange d'une évolution salariale, d'une formation et de l'investissement de la recherche pour créer des emplois qualifiés. »

Gageons qu'il y arrivera.

Puisqu'aussi bien, on apprenait dans la journée suivant ces déclarations qu'il s'agissait (aussi?) d'une proposition gouvernementale.

Sacré François!

Avec son air ahuri, la tchatche qu'il a!

Et a pas peur de balancer!

On l'a vu avec Sud(-Rail!), qu'il assimile à une secte des adorateurs de Lev Davidovitch (Bronstein).

On le voit avec la cégète (qui, tout en filant doux, agite ses gros bras et veut la ramener) :

« Je n'ai pas entendu, à ce jour, la CGT refuser l'harmonisation des régimes à 40 ans. » (Bien joué, François!)

Dès qu'on emmerde Chérèque, il court le dire à la télé.

Personne n'est épargné (il a ça dans le sang), pas même ses petits copains du patronat :

"Depuis des années, l'IUMM a réussi à faire passer des amendements à l'Assemblée nationale ou au Sénat. Comment font-ils pour trouver des députés qui les soutiennent, et des majorités parlementaires, y compris contre l'avis du gouvernement ?".

Car la thèse de François Chérèque est la suivante, concernant la caisse noire de l'IUMM : elle servait à corrompre les hommes politiques (et non les syndicalistes).

Et presque on le croirait, tant sont nombreux les corrupteurs d'hommes politiques : pourquoi pas l'IUMM, en effet?

(comme on dit en économie, la demande appelle l'offre. Ou encore : un homme politique honnête est celui qui fait ce qu'il a promis de faire en acceptant son pot-de-vin.)

Presque on y croirait, si François, emporté par son élan, n'en avait rajouté une louche de trop.

Il s'expliquait, à ce propos, et en toute transparence :

« Nos recettes sont constituées à 73 % par des ressources internes, dont 46 % proviennent des cotisations(...) »

Or, justement, selon "Les syndiqués en France 1990-2006", étude conduite par les chercheurs Dominique Andolfatto et Dominique Labbé, il ressort que la CFDT n’aurait que 450 000 adhérents (contre 800 000 officiellement).

Ces 350 000 cotises d'adhérents fantômes, il y a bien quelqu'un qui les paie, non?

vendredi 19 octobre 2007

La Caisse Noire


Mardi 16/10, Laurence Parisot se faisait sévèrement tacler par Yvon Gattaz.

C'était le jour où Les Echos sortaient l'info, à propos de la caisse noire de l'IUMM (alimentée, croyait-on, à hauteur de 5,64 millions d'euros, retirés en liquide, ces 6 dernières années, par Gautier-Sauvagnac), dont voici deux extraits :

A la fin des années 1990, il se disait dans l'entourage de Jean Gandois, puis d'Ernest-Antoine Seillière, que son montant (celui de la caisse noire) atteignait 1 milliard de francs, soit un peu plus de 150 millions d'euros. Aujourd'hui, il s'agit d'un portefeuille dont la valeur de marché s'élève à 160 millions d'euros.

Ouch!

Mais ce n'est pas tout. La cagnotte de l'UIMM se compose d'autres fonds dont la valeur comptable se chiffre en centaines de millions d'euros supplémentaires.

Re-ouch!

Il ne s'agit pas d'un bricolage (on en est aujourd'hui à 800 millions d'euros).

Laurence, qui n'avait pas caché tout ignorer de l'IUMM («le Medef est totalement étranger à cette affaire. L’UIMM n’est pas une filiale, mais un adhérent parmi 600 autres, et il n’y a aucun lien de tutelle entre les deux»), se dit alors stupéfaite de ce qu'elle découvrait en même temps que nous : "Cette affaire et ces révélations, ça me fait l'effet de la révélation d'un secret de famille. C'est quelque chose que nous ignorions totalement pour l'UIMM et que sûrement nous ignorons pour d'autres".

Aussi sec, Yvon Gattaz (l'un de ses prédécesseurs à la présidence du patronat) se fendait d'une interview à France-Inter, où il déclare que l'argent "donné de la main à la main" par le patronat avait toujours été un mode de "financement normal" des syndicats.

"Il faut appeler un chat, un chat. (...) Il était de tradition dès 1884 qu'il y eût une caisse qui alimentait les syndicats"

"Ce n'était pas arroser pour peser [dans les négociations salariales], c'est un financement normal"

Ce faisant, il fait un sort aux hypothèses des médias, pas pressés de dénoncer les relations illégitimes qu'entretiennent syndicat patronal et syndicats de salariés.

Et qui, après avoir parlé de malversations individuelles, ont évoqué une caisse de secours pour soutenir les patrons victimes de grève, ou le financement de partis politiques : selon Gattaz, l'utilisation de la caisse noire comme caisse de secours a été marginale, et elle ne sert plus depuis longtemps à financer les partis politiques.

Yvon Gattaz n'est pas un rigolo.

Président du CNPF de 81 à 86, dirigeant syndical le plus reçu par François Mittérand (« L’histoire jugera sans doute, écrit Yvon Gattaz, que les socialistes, partis en 1981 pour terrasser les patrons, les ont partiellement épargnés et ont terminé en 1986… en ayant terrassé les communistes »), unique leader patronal à être de l'Institut et, pour finir, président d'honneur du Medef, Yvon Gattaz jouit d'un respect particulier, qu'il a trouvé utile d'envoyer dans les dents de Laurence Parisot.

(Pas au courant?

L'IUMM, un adhérent parmi 600 autres?

Et l'Histoire, tu la connais pas, non plus, Laurence? Ecoute donc Onc'Yvon) :

Tout commence il y a 143 ans, en 1864, Napoléon III est empereur, il a un faible pour les ouvriers.

Cette année-là, à Londres, Karl Marx fonde l'Association Internationale des Travailleurs, et à Paris, la loi Ollivier supprime le délit de coalition et de grève.

Aussitôt, les maîtres de forges créent le Comité des forges, premier syndicat patronal français.

1884 : loi Waldeck-Rousseau, encadrant le syndicalisme.

1886 : Création de la FNS (Fédération Nationale des Syndicats), d'inspiration guesdiste.


1887 Création des premiers syndicats chrétiens (qui deviendront la Cftc puis, en 1964, la Cfdt)


1892 : Création de la Fédération des Bourses du travail


En 1895, la CGT se constitue, à partir de la FNS et des Bourses du travail.

En 1901, le Comité des forges agrège d'autres industries et devient l'IUMM.

En 1902, l'échelon confédéral de la CGT devient opérationnel.

En 1919, création de la CFTFC, bénie par l'Eglise et protégée par le patronat.

En 1940, l'IUMM est dissoute par Pétain.

A la Libération, le gouvernement demande au patronat de créer le CNPF (devenu Medef en 1998).

(En 1948, éclatement de la CGT, avec la constitution de FO et le départ de la FEN.)

Et c'est ainsi que jusqu'à Laurence Parisot, le CNPF puis le Medef ont été dirigés par des membres de l'IUMM, qui est au centre et à l'origine du syndicalisme patronal.

Cette statisticienne (elle est PDG de l'Ifop) aura donc du mal à nous faire avaler que l'IUMM ne représente qu'1/600 ième du Medef, lequel aurait ignoré des pratiques remontant sans discontinuer, selon Gattaz, au XIXé siècle.

Le premier souci du syndicalisme patronal a toujours été de détruire et corrompre le syndicalisme ouvrier, en lui suscitant des concurrents tels que la CFTC-CFDT, en soutenant toutes les scissions, telle celle de FO, et en créant des syndicats-maison, telle la défunte CSL qui régnait autrefois dans les usines de Peugeot, Citroën et Simca.

Et le tout avec une remarquable constance : le paysage syndical français est aujourd'hui le plus éclaté d'Europe, et le taux de syndicalisation parmi les plus bas.

On ne saurait dire que cette activité singulière du syndicalisme patronal en constitue un aspect marginal (qu'on pourrait ignorer, donc) : elle est au coeur de sa stratégie.

Toutefois, ce n'est pas sous cet aspect que les medias ont d'abord envisagé l'affaire Gautier-Sauvagnac. On a longtemps espéré qu'il s'agisse d'une banale escroquerie, et l'expression «détournement de fonds» est encore employée à ce sujet.

Il a fallu «Les Echos» (qui n'appartiennent pas encore à LVMH et restent, pour l'heure, indépendants) pour révéler qu'il n'était pas question de 5,64 M d'euros, ni 15, ni même 20, mais de centaines et, pour démarrer, 160.

Quand on en arrive à de tels chiffres, on quitte le domaine de l'escroquerie pour entrer dans celui des affaires.

C'est bien ainsi que l'entendent dorénavant les médias, qui abandonnent l'hypothèse criminelle, et posent respectueusement la question qui tue, non pas celle de la vénalité des syndicats, mais celle d'une réforme de leur financement.

En gros, la thèse est la suivante : les syndicats sont irréprochables, mais à la base, il y a des problèmes de fonctionnement, de financement (et des petits arrangements).

Je vous laisse déguster l'interview d'un spécialiste de ces questions :

Dominique Andolfatto - Auteur des « Syndicats en France » (La Documentation française, 2007).

A quoi peut servir l'argent secret de l'UIMM ?

Le plus probable est que cet argent soit d'abord utilisé par des patrons pour financer des interlocuteurs syndicaux réceptifs. Un patron a besoin d'un représentant syndical, de quelqu'un à qui parler. Il n'y a rien de pire pour lui que les grèves sauvages, où personne n'accepte de discuter. Dans le privé, rien n'est prévu pour financer ces permanents. Le système de l'UIMM sert sans doute à faire vivre ce « dialogue » dans la métallurgie. Même si, vu l'importance des sommes, on ne peut écarter l'hypothèse que des fonds soient allés vers des politiques ou des organisations syndicales.

Financement d'individus, donc? Et pas d'organisations?

Doumé Andolfato a peut-être l'habitude d'être salarié au black et en cash, mais tel n'est pas le cas des permanents syndicaux : ils sont rémunérés par le syndicat ou l'entreprise, et la thune leur arrive par virement bancaire.

Si le cash de l'IUMM sert à les payer, il doit alors, nécessairement, transiter par les syndicats.

N'imaginons pas, bien sûr, que les archontes de l'IUMM et du MEDEF qui courent aux medias défendre Gautier-Sauvagnac le font par amour de la justice et de la vérité. Ils le font parcequ'ils sont mouillés jusqu'au cou dans cette affaire, et n'ont pas envie de finir leurs jours dans une peau de bouc émissaire.

A part ça, l'omerta reste de règle.

Ils demeurent évasifs quand aux détails de ces financements qu'ils évoquent.

Mais il arrive qu'un journaliste leur tire quelques vers du nez, au détour d'une question vicieuse, comme dans l'interview fameuse où Daniel Devawrin (de l'IUMM) avait affirmé que la caisse noire servait à « fluidifier les relations sociales », et à rien d'autre :

D'où proviennent ces fonds ?

Cet argent est constitué par des cotisations volontaires et supplémentaires, il ne s'agit en aucun cas des cotisations annuelles des adhérents. Au-delà de leurs cotisations normales, ces adhérents, uniquement des entreprises, versaient d'autres cotisations, dûment déclarées – et pas en espèces – sur un compte bancaire, pour contribuer à la mission de l'UIMM. Ces sommes n'ont absolument rien d'occulte, ce n'est pas de l'argent sale, et les retraits eux-mêmes n'ont rien non plus d'occulte.

Les contributeurs étaient-ils des constructeurs automobiles pour l'essentiel ?

Pas pour l'essentiel, n'importe quel adhérent pouvait contribuer. Faurecia que j'ai eu le privilège de présider pendant des années, a été l'un d'entre-eux.

Comme Faurecia est un équipementier automobile appartenant à Peugeot, on voit que le contre-exemple de Devawrin ne va pas pisser loin.

On peut supposer que ces généreux contributeurs à la caisse noire de l'IUMM avaient eux-mêmes quelques besoins de fluidification sociale dans leurs entreprises.

Ainsi, on ne peut que féliciter Renault des progrès faits dans ses usines par des syndicats (ici) clientélistes : FO est devenue à Flins, aux dernières élections professionnelles, la première organisation syndicale tous collèges confondus (45,40%) (ça doit les changer de la CGT) quand au Technocentre de Guyancourt (9700 personnes) la CFE/CGC a remporté 6 sièges sur les 13 à pourvoir, devenant même en cumul des voix, tous collèges confondus, la première organisation syndicale du Technocentre.

L'ennui, avec le clientélisme, c'est qu'il coûte (enfin tout est relatif, il coûte quand même moins cher qu'une grève sauvage).

De la même façon, Peugeot a trouvé une terre d'accueil pour les milices autodissoutes de sa CSL (autrefois 42,5 % des voix) : il s'agit de FO, avec laquelle la CSL a fusionné. Gageons que ces nouveaux adhérents ne sont pas arrivés les mains vides chez leurs camarades (qui ont risqué leur réputation en leur offrant asile, ça vaut bien une petite compensation).

Comme on voit, le syndicalisme français se bonifie de tous côtés.

Sa domestication avance.

Sa légitimité s'accroit.

On va pouvoir tourner la page.

Comme dit Laurence Parisot

"Je propose aujourd'hui d'ouvrir rapidement une phase de délibération sociale" entre organisations patronales et syndicales qui devra inclure ces critères : "la transparence, le financement, la représentativité et l'espace contractuel", "il faut abandonner le concept de l'entreprise assiégée (...) et embrasser totalement l'idée d'une entreprise ouverte". "Nous revendiquons clairement pour toutes les organisations la gouvernance démocratique et la transparence financière", a-t-elle ajouté. "C'est à ce prix que nous passerons dans la nouvelle ère que nous appelons de nos voeux", une nouvelle ère "pour toutes les organisations syndicales et les ONG également, c'est-à-dire pour tous ceux qui prétendent contribuer à l'élaboration de l'intérêt général", a dit la présidente du Medef.

Reste un problème : qui pour présider l'ONG « Syndicats de France », maintenant que l'abbé Pierre est mort?

Bernard Kouchner?

(A suivre...)

samedi 13 octobre 2007

Dégueulasse!


Fadela Amara a la révolte chevillée au corps.

Elle s'est d'abord révoltée contre le racisme-FN, avec Touche Pas à Mon Pote que diligentait alors la Mittérandie au pouvoir.

Puis au contraire contre l'islamisme des cités, après le 11 Septembre, en créant Ni Putes Ni Soumises.

Elle s'est récemment affranchie du PS, pour devenir ministre de Sarkozy.

Aujourd'hui, elle exerce sa liberté de parole en combattant l'UMP sur les tests ADN, aux côtés d'oppositionnels bien connus, tels que Balladur, Bayrou, Rafarin, Villepin, et avec la bénédiction du Président Sarkozy.

Fadela Amara a la révolte du côté du manche, cette bonne vieille révolte qui rapporte aux insurgés honneurs (elle est docteur honoris causa de deux universités), gloire (elle fut présidente des Maisons des Potes, avant d'être celle de Ni Putes) et pouvoir (elle est dorénavant secrétaire d'Etat).

Sa trajectoire ne doit rien aux exemples de Ravachol ou de Jules Bonnot.

Chaque fois qu'Amara se révolte, elle en est récompensée par le gouvernement, les institutions, ou le chef de l'Etat.

Elle me fait un peu penser à Bernard.

Kouchner.

En moins classe, tout de même.

Bernard sait parler, Fadela a plus de mal, déjà..

Avec lui, vous pouvez pas vous tromper, ça raconte toujours la même chose : il veut la paix, la paix à tout prix.

Par le bombardement préalable de la Serbie ou de l'Iran (ces chiens ne méritent pas de vivre), et l'encouragement à la guerre civile au Biafra, en Irak, en Tchétchénie (le Pétrole ou la Mort!).

C'est un artiste.

Il a chopé le truc, comment rester à droite sans bouger d'être à gauche, soutenir l'Amérique au nom du socialisme, si vis pacem para bellum, il est partout à la fois, insaisissable et global.

On ne peut pas le coincer.

Et quand on essaie, il remballe tout le monde.

La Tchatche est avec lui (et la télé aussi).

Fadela c'est pas pareil.

Elle n'est pas aussi forte, elle n'y arrive pas aussi facilement que Bernard, elle est moins douée.

Il lui a fallu galérer, pour s'imposer.

Mais elle a fini par trouver la combine.

Avec le beau linge, elle fait la conne qui sait pas sortir, tutoie Christine Boutin devant micros et cameras, et appelle glandouille le chômage de masse dans les cités.

Dans les cités, c'est Madame la ministre, avec des mots longs comme le bras («acteurs sociaux», «secteurs d'activité», «améliorer la moblité», etc...) que personne comprend.

Et ça revient au même.

Elle non plus, personne la coince, ni la Boutin, estomaquée, ni la racaille, impressionnée.

Elle les nique.

Ils ne peuvent rien répondre, puisqu'elle s'adresse à eux dans un langage qu'ils n'emploient pas.

C'est elle le boss, le Messager, le Prophète, tout s'incline à son passage.

Comme Bernard!

Lui c'est «je viens du Ciel», et elle «Je viens d'Ailleurs».

Le talent à l'état pur!

Ça a l'air facile, comme ça, mais c'est pas donné à tout le monde d'y arriver.

Prenez Philippe Val, par exemple.

Il s'était jeté le premier sur le scandale des tests ADN..

Il avait monté une petite pétition, pépère, qui ramassait dru les signatures

Des personnalités de gauche et de droite ont signé une "pétition d'ouverture" lancée mercredi par Charlie Hebdo et SOS-Racisme pour dire "non aux tests ADN". Parmi les premiers signataires figurent notamment François Bayrou (MoDem), les socialistes François Hollande, Laurent Fabius, Ségolène Royal, l'ex-premier ministre UMP Dominique de Villepin, le généticien Axel Kahn, les syndicalistes Bernard Thibault et Jean-Claude Mailly, le footballeur Lilian Thuram, les actrices Isabelle Adjani et Jeanne Moreau. La pétition aurait recueilli plus de 10 000 signatures, selon ses initiateurs.

L'affaire se présentait bien, on sentait venir la déconfiture pour les ayatollahs de l'amendement Mariani :

Le Sénat a voté le 4 octobre une version expurgée de l'amendement controversé autorisant le recours aux tests ADN pour les candidats au regroupement familial introduit par les députés dans le projet de loi sur la maîtrise de l'immigration. Le test facultatif, expérimental pendant 18 mois, a été rendu gratuit, limité à la mère et soumis à l'autorisation d'un juge.

Et même dans ces conditions, l'amendement est menacé d'inconstitutionalité :

Lors de l’examen de ce texte par le Sénat, Hugues Portelli, fer de lance UMP contre le projet de loi avait rappelé : «Cet article n’était pas dans le projet initial, il a été introduit par un amendement de l’un de nos collègues députés [Thierry Mariani, ndlr], son dispositif n’a donc pas été examiné par le Conseil d’État, sa constitutionnalité n’a pas été évaluée.»

Bref, il n'est pas jusqu'au colonel (de réserve) Hortefeux que Mariani ne fasse chier avec ses lubies orwellienes :

Le ministre de l'Immigration, Brice Hortefeux, reproche désormais au député UMP Thierry Mariani, auteur du premier amendement controversé sur les test ADN, d'avoir rajouté "sans concertation" un second texte sur l'hébergement qui a semé la zizanie au sein du gouvernement.

S'il y avait une justice en ce bas monde, c'est à Philippe Val et à sa pétition que reviendrait la gloire d'avoir terrassé l'amendement Mariani.

Et bien pas du tout.

Ça sera Fadela.

Ça ne s'explique pas.

C'est une question d'autorité.

Val, il faut toujours qu'il en fasse des tonnes, sinon personne le croit.

Fadela, c'est comme Kouchner, elle n'a pas besoin d'expliquer.

Ça passe.

Le Prézydent Sarkozy, qui est humaniste de profession, et fin connaisseur de la chose médiatique, donnera probablement raison à Fadela Amara comme aux pétitionnaires amenés par Philippe Val.

Du moment que ça rafle et que ça raflera dans les quartiers, qu'on y fait la chasse à l'enfant, la chasse aux parents, qu'on y traque le miséreux, l'exilé, le sans-papier, le travailleur, le mal blanchi, et que tout le monde est d'accord pour trouver ça bien naturel, tout va bien.

L'honneur est sauf.

C'est pas Charlie Hebdo qui viendra pétitionner contre ces saines mesures d'hygiène sociale.

C'est pas Fadela Amara qui trouvera ça dégueulasse.

(Aux dernières nouvelles, Fadela a affirmé rester au gouvernement, même au cas où l'amendement ADN serait adopté.

Comme quoi, rien ne lui paraît plus dégueulasse que s'en aller du pouvoir.)

dimanche 7 octobre 2007

Gautier-Sauvagnac


Cette semaine, je vous ai écrit un petit roman : un polar-express, sans alcool, sans gonzesse, sans meurtre et sans lardu (je n'ai pas eu le temps de peaufiner les détails), mais avec des princes de la République et une apparition-surprise de l'Empereur en personne (pour le casting, je crains personne).


Chapitre Un : une arnaque à l'Unedic


Denis Gauthier-Sauvagnac, énarque, UMP, ex-PDG de la banque Kleinwort Benson France, ex- directeur de cabinet de François Guillaume, ministre de l’Agriculture, aujourd'hui président de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) et numéro deux du Medef (où il est chargé des négociations sociales), époux de l'épicière Fauchon de Villeplée et, pour courroner le tout, président de l'Unedic (qui distribue le thune aux Assedic), a piqué depuis 2000, dans la caisse de son syndicat, 5,64 millions d'euros, en cash.

Distraire 5,64 millions d'euros quand on a soi-même, par son épouse, le caviar à l'oeil, voilà qui frise l'inélégance.

Une enquête est ouverte.

Une enquête préliminaire, je vous rassure.

Le parquet se penche sur la question de savoir si chouraver 5,64 millions d'euros constitue un délit ou pas.

A la lettre, ça ne fait aucun doute.

Mais dans l'esprit, quand un riche se gave, c'est la plupart du temps pour aider les pauvres à s'en sortir.

Ne condamnons pas trop vite.


Châpitre Deux : l'enquête commence


Denis Gauthier-Sauvagnac est un être exquis.

Il ne se drogue pas.

Il ne rate jamais la messe.

Il voussoie son entourage.

Il utilise l'imparfait du subjonctif.

Ses amis n'ont pas peur de risquer leur carrière pour le défendre :

Yvon Jacob, président de la Fédération des industries mécaniques (FIM) déclare :

"Denis Gautier-Sauvagnac est un homme d'une parfaite honnêteté, il ne peut rien lui être reproché à titre personnel"

D'autant plus que Denis Gautier-Sauvagnac est un homme prudent : il n'a jamais étouffé la thune lui-même.

C'est une sous-fifre (elle avait procuration) qui se pointait à la BNP avec le chêque, cosigné Gautier-sauvagnac et Dominique Gaillard (du Medef et d'Axa), et qui ramenait le cash au patron, des broutilles, une misère, pas plus de 200 plaques à la fois.

Vous trouvez ça sèrieux, une escroquerie qui se présente avec déjà deux complices inutiles?

Supposons plutôt qu'il s'agissait de garants en cas d'embrouille : le détournement de fonds, fait sous témoins, apparaît ainsi comme un usage naturel à l'Uimm, et non comme l'indélicatesse particulière de son président.

Châpitre Trois : les hypothèses

Pourquoi le Medef (ou l'Uimm) a-t-il besoin d'un cash levé par chèques, si ce n'est pour occulter les destinataires?

Des call-girls à l'usage du staff directorial?

On l'aurait su.

Des explosifs pour El-Qaida?

Ça m'étonnerait.

Du financement pour l'Ump?

Le parti au pouvoir n'est pas à ce point dans la gêne.

Qui est suffisamment crétin, pauvre et ripou pour accepter du patronat la braise brûlante de ses caisses noires?

Les milices antigrévistes ne coûtent tout de même pas si cher

Dans le même ordre d'idées, nettement plus onéreux, sans doute, mais de meilleure réputation et bien plus efficaces, il y a les syndicats.

Qui ont ausstôt crié leur innocence :

«la CFE-CGC n'a jamais été impliquée»

«La CFTC Métaux dément catégoriquement»

«la CFDT métallurgie se dit "stupéfaite"»

FO Métaux : "nous n'avons rien à nous reprocher, nous n'avons donc pas à nous justifier"

La CGT : «aucun commentaire sur cette affaire»

Ah! les braves gens...



Chapitre quatre : les balances passent à table

Quelques uns se vengent, d'autres se chient dessus, moralité, ça fuite de partout :

Plusieurs sources, patronales et syndicales, soupçonnent l'UIMM d'avoir utilisé les importantes sommes d'argent retirées en liquide pour obtenir des signatures syndicales dans des accords de branche, voire interprofessionnels.

"Mais il ne s'agit pas véritablement d'un achat de signatures, cela correspond à des pratiques ancestrales dans le monde du paritarisme", analyse un négociateur patronal.

Le conseiller d'État Raphaël Hadas-Lebel : «Certaines ressources dont bénéficient les organisations syndicales relèvent de procédures dont la légalité (...) est pour le moins discutable»


Il faudrait "en profiter pour poser (la question du financement des organisations syndicales) et mettre les choses à plat en toute transparence comme l'ont fait les partis politiques", estime le président de la CGC métallurgie, Gabriel Ortero.

Bernard Van Craeynest, toujours la CGC qui, manifestement, se sent spécialement visée :

«Je ferais observer que ce n'est pas le premier dossier où il y a des problèmes de financement des organisations syndicales et où on met tout le monde dans le même panier, alors que la CFE-CGC n'a jamais été impliquée dans différents dossiers»

On veut bien le croire, et une conclusion s'impose : ils palpent tous.

On le savait un peu, remarquez :

Part des cotisations dans les budgets syndicaux

CGT 34 %, FO 57 %, CFDT 50 %, CFTC, 20 %, CGC 40 %

Le reste c'est des subventions.

Auxquelles il faut ajouter les prestations en nature, locaux, personnels détachés, et la gestion ou cogestion d'organismes sociaux, ainsi que les prébendes en tous genres.

On estime à 83 ou 85% la part payée directement ou indirectement par l'Etat et les collectivités locales dans le fonctionnement des syndicats.

Dans les autres pays européens, c'est exactement le contraire : les cotisations couvrent 80 à 90% des besoins.


On savait donc un peu, voyez-vous, que nos syndicats français ne seraient jamais bien cruels à l'égard de l'Etat, et qu'ils ne mordraient pas la main qui les nourrit.

On sait maintenant que le patronat français a lui aussi des droits légitimes à la gratitude des organisations ouvrières.

Et plus importants que prévus, puisqu'en définitive on apprendra que ce ne sont pas 5, 64 millions d'euros qui ont disparu des caisses de l'Uimm, mais 15.

Une paille


Chapitre cinq : l'enquête rebondit


Au fait, comment s'appelle la championne de vertu qui traque les arrangements bricolés par le Medef au bénéfice des syndicats?

Catherine Lagarde (qu'il ne faut pas confondre avec Louise Michel).

La ministre des finances leur a mis la Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins) au cul.

Elle n'avait, semble-t-il, rien de plus urgent à faire en ce moment.

Remarquez, elle n'a pas eu à se donner beaucoup de peine, l'affaire avait été ficelée et tenue sous le coude depuis 2005.

Par le ministre des Finances de l'époque, Nicolas Sarkozy.

Et d'ailleurs, l'enquête de la Tracfin a été diligentée, nous apprend le Figaro, «sous les regards attentifs des trois derniers ministres, Nicolas Sarkozy, Thierry Breton et Christine Lagarde».

Si je puis me permettre une remarque personnelle, il n'a pas probablement pas monté que des dossiers sur le Medef, le petit Nicolas.

Entre son passage aux Finances et ses séjours à l'Intèrieur, il a dû se mettre au courant de pas mal de choses.

D'ailleur, c'est bien simple, il regorge d'amis.

Qui lui payent l'appart ou des vacances dans la quiétude des montagnes yankees (où il invite Rachida Dati, ministre de la Justice, qui lui est tellement dévouée).

Car ces affaires-là se conduisent en souplesse, il n'est pas question de jouer les brutales.

Prenez François Chérèque, par exemple, dont la Cfdt cogère l'Unedic avec le Medef, six mois chacun, à tour de rôle.

Lui et son pote Gautier-Sauvagnac voulaient hier encore lever des barricades contre la fusion de l'Unedic avec l'Anpe.

Il y réfléchira à deux fois tout seul dans son coin, pendant que l'enquête avance, et qu'après avoir trouvé le corrupteur elle recherche les corrompus

Et puis il y a toutes ces fatigantes négociations à venir, les retraites, les heures sup', le droit de grève, les fonctionnaires...

Vous les connaissez pas, vous, les Thibaud, Mailly, Aschieri, Chérèque et consorts, c'est des pénibles quand ils s'y mettent, sans cesse à menacer de lacher leurs pauvres sur le gouvernement.

On n'a jamais, en pareil cas, trop d'arguments à faire valoir.

Donnant-donnant.

Comme l'observait Yvon Jacob, qui ne veut pas qu'on jette la pierre à Gautier-sauvagnac (il est derrière) : "Je trouve cette affaire extrêmement étrange. On peut se demander si elle ne vise pas à essayer de troubler le bon déroulement des négociations en cours".

Tandis que Gabriel Ortero se demande pourquoi tant de haine envers les organisations syndicales «alors même que celles-ci sont engagées, à la demande du gouvernement, sur tous les fronts».

Ces deux-là, c'est bien net, ne signeront les accords qu'à condition qu'on arrête de les emmerder.


Chapitre six : épilogue


Pour ce qui est de la fameuse grève du 18 octobre, que la fonction publique attendait, en riposte à un train de mesures antisociales jamais vu depuis, au bas mot, la lointaine époque du Maréchal Pétain,

sept syndicats de la fonction publique sur huit ne se sont pas associés à la journée du 18 octobre et ont convenu lundi de "se revoir le 26 octobre" pour "décider des modalités d'une action nationale à la mi-novembre" en riposte à la politique gouvernementale.

Les fédérations décident donc "de se revoir le 26 octobre pour décider des modalités d'une action nationale à la mi-novembre, indépendamment des initiatives décidées d'ici là", conclut le communiqué signé par la CGT, la CFDT, FO, l'UNSA, la FSU, la CFTC et Solidaires. AP»


Deux syndicats, à ma connaissance, ont inscrit dans leurs statuts leur refus des subventions : il s'agit de la CNT et de la CNT-AIT.


Les passages en italiques de ce post signalent les coupures de presse.

dimanche 30 septembre 2007

Quand Passent Les Ferias


Je ne vais plus à la Feria pour boire.

En tous cas, beaucoup moins qu'auparavant.

J'y vais pour me tenir au courant des changements sociaux.

Tel est mon point de repère, la constante d'une vie par ailleurs désordonnée, faire la Feria.

Entre deux verres, tout naturellement, je m'informe...

Si quelque chose a changé dans la Feria, c'est qu'une époque a passé....


Il y a eu les Feria de folie des années 70 (qui étaient sans keufs, c'était ça ou l'émeute), celles pour faire la teuf des années 80 (l'arrivée de la gauche au caviar), et dans la foulée la création des bodégas (avec les années frics et celles de l'exclusion), il y a eu les ferias que pour la thune (c'était la sono à donf, les cognes partout, dégun dans les rues, le bide total) et les ferias écolos pour que reviennent les consomateurs (sonos interdites, lardus discrets, spectacles culturels et tauromachiques).

L'Histoire de la Feria n'a rien de drôle, puisque c'est la notre : une dégradation continue des conditions festives.

On est habitué.

Chaque fois qu'on y va, on sait bien qu'on sera déçu par rapport à la précédente.

On en profite quand même, tant que ça dure...

Mais là, je pousse un cri d'alarme.

Et je dis : halte!

N'allons pas plus loin.

Trop, c'est trop.


L'autre jour (j'étais à la féria des Vendanges), il faisait nuit (3 heures du mat) et j'étais à pied d'oeuvre depuis 7 plombes chrono (frais débarqué du TGV, j'avais filé direct au Prolé m'enquiller des pastis, pour commencer, et puis partout ailleurs de la rue Jean Reboul à la rue Fresque), lorsque la fatigue me prit (c'était pas l'alcool, mais les tarpés qu'on fume avec).

Comme d'habitude en pareil cas, je me mis à piquer, à même le trottoir, une petite sieste réparative, à Nîmes je fais comme chez moi.

Histoire de repartir à l'attaque un peu plus tard, les nuits sont longues.

Et bien pas du tout!

Pas une minute de répit.

Pas moyen de fermer l'oeil deux secondes.

Des agressions de sollicitude en permanence :

ça va?

Vous n'avez besoin de rien?

C'est sûr que ça va?

Une apprentie toubib à qui je ne répondais pas est allée jusqu'à me toucher le nez pour voir si je respirais, et enfin une harpie munie d'une immense bouteille d'eau menaça de me la flanquer sur la tronche afin, disait-elle, de me faire retrouver mes esprits.

J'eus beau négocier, rien n'y faisait.

Elle y tenait.

Pour éviter la noyade (et plus tard la pleurésie), je fus forcé de me lever, retournant aux comptoirs écluser d'autres godets.

Résultat, à 4 heures du mat, j'en avais déjà marre et rentrais me coucher pendant que les autres achevaient tranquillement leur soirée du côté des halles, au soleil, au grand jour, à bouffer des tapas avant d'aller dormir.

Un cas isolé, me direz-vous, la faute à pas de chance.

C'est ce que je croyais aussi, mais 3 jours plus tard j'étais de retour à Lyon, au pot des anars à la Croix-Rousse.

On devisait assis devant des verres lorsqu'un militante, jeune, brune et tout sourire, vint libertairement nous faire remarquer qu'une copine à nous s'était allongée dans la pièce à côté, pas bien.

Après quoi cette féministe s'adressa au keum de la souffrante et, toute en précautions anarchistes de langage, lui conseilla de rentrer sa morue à la baraque plutôt que se bourrer la gueule avec nous autres.

Stoïque sous l'insulte, il ne prit pas la peine de répondre.

Ça faisait un brave moment déjà qu'il avait du mal à parler.

Mais à ses mimiques, on voyait qu'il n'en pensait pas moins.

On recommanda des bières.

Un moment plus tard, l'agonisante était de retour, titubant à pas de zombie pour s'écrouler devant nos verres.

Alors, la vérité (cruelle) me foudroya.

On était là, chez les anars de Lyon, et c'était comme chez les ploucs à Nîmes.

On nous foutait jamais la paix.

La pression sociale avait ramené à table la malheureuse.

De gré ou de force.

On lui avait rappelé les bonnes manières

Et dans son ivresse elle en pleurait, se récriant sans cesse qu'elle voulait seulement dormir, et s'enquérant ad nauseum si elle avait fait, sans le savoir, quelque chose de mal.

On ne put la calmer qu'en lui payant à boire.

Et bien voilà.

Une époque est passée.

Celle où l'ivresse publique était pardonnée, les soirs de fête.

S'il est encore permis de s'alcooliser dehors, c'est uniquement comme aux rades à la télé où l'on entend : « Garçon! Une Tourtel » dans le brouhaha des conversations animées.

Une ambiance de pot de travail.

De célébration d'un gros contrat.

Ou de bienvenue au nouveau chef de service.

Ça nous promet pas des lendemains qui chantent...

A ceux qui s'en foutent parce qu'ils ne boivent pas, ou en tous cas jamais à ce point, je signale qu'il s'agissait là du dernier plaisirs que l'ordre social n'avait pas envahi.

Il y a eu l'occupation de la zone sexe avec « sortez couverts ».

On a eu l'ilotage des clopeurs « gêne pas les autres ».

On a dorénavant la biture en ville « et maintenant, tu rentres ».


l'Etat s'est réintroduit dans notre intimité, pour notre bien, notre santé, exactement comme au bon vieux temps de la Sainte Inquisition (qui elle aussi désossait les hérétiques pour les sauver, et crâmait les sorcières par mesure d'hygiène).

Ne vous fiez pas aux propos lénifiants des médias qui minimisent la chose (l'Eglise en a tenu aussi énorméments, de ces propos bénins, pour justifier la taule et les galères et les spoliations).

Le sexe insecure, la clope et l'ivresse publique s'accompagnent aussi d'interdits, d'amendes parfois lourdes, et d'années d'incarcération, le cas échéant.

Ce n'est pas une partie de rigolade.

C'est un assaut de l'Etat, qui fait pas les choses à moitié.

Il n'a pas que la figure, déjà désagréable, de l'assistante sociale.

Il a aussi celle des portes de prison.

Vous pouvez être pour, ça vous regarde.

Nos ancêtres ont bien été pour les rigueurs de la Religion... alors, pourquoi pas vous?

Moi, je suis contre.


Quand à la Feria, elle se porte bien, merci pour elle.

Ce n'est plus la même clientèle qui y va : on y mange de plus en plus, on y vomit de moins en moins (et pourtant, si vous saviez ce qu'on mange...).

Les jeunes en ont fait, deux fois par an, leur sortie du samedi soir.

Il y règne la même atmosphère frétillante et compassée qu'aux alentours des boites de nuit, quand on attend d'y entrer.

Ils essaient de pas se faire remarquer, sauf si c'est permis.


Tiens, voilà comment c'était avant d'être asseptisé (j'avais fait un palindrome là-dessus) :


A Nîmes, la nuit n'a pas de fin, c'est la Féria
Qui crie et chante et danse en riant aux éclats
La fête est revenue tout s'oublie c'est la mort
Des jours soucieux et des soirs désenchantés
La foule renoue dans l'ivresse avec la corrida
Descend des arènes en sortant des vomitoires
S'écoule dans les rues, déborde des bodegas
Un fleuve de pastis, de sangria traverse la cité
Un fleuve de pastis, de sangria traverse la cité
S'écoule dans les rues, déborde des bodegas
Descend des arènes en sortant des vomitoires
La foule renoue dans l'ivresse avec la corrida
Des jours soucieux et des soirs désenchantés
La fête est revenue tout s'oublie c'est la mort
Qui crie et chante et danse en riant aux éclats
A Nîmes, la nuit n'a pas de fin, c'est la Féria

dimanche 23 septembre 2007

Grosse fatigue


La semaine dernière, à la Féria, j'ai rencontré Anne, qui est une artiste appliquée (et financée par la République).

Bref, nous avons entrepris de sortir les palindromes en édition d'art (elle s'occupe de l'art et moi de l'édition), dans le genre livre-objet et tirage ultra-confidentiel (30? 50 exemplaires? ces choses-là n'ont aucun public, mais nos familles sont nombreuses).

Si vous en voulez un, prévenez-moi par mail (ça fera aux alentours de 30 euros, mais c'est par pour de suite).

Toujours est-il qu'on a fait un début de choix, il y en avait des nuls (qui méritaient l'exclusion), et un cas posant problème : nul, disais-je, mais de bonne volonté disait Anne, puisqu'il s'agissait d'Anarchistes. Elle voulait le garder, moi pas. On a transigé: il redouble; j'ai proposé de le refaire (sans illusion sur les vertus du redoublement) et le voilà :


Anarchistes


J'ai des copains anars (c'est pas des rigolos)

Décapsuler les Kro, c'est leur péché mignon

Ils défendent l'ivresse et détestent surtout

Tous ces cons moralistes qui emmerdent le monde

Avec leurs grands principes. Oui! ce sont des anars

Qui n'ont honte de rien conscients de leur bon droit

Qui sont sans Dieu ni maïtre. D'autres jouent les curés

Qui sont sans Dieu ni maïtre. D'autres jouent les curés

Qui n'ont honte de rien conscients de leur bon droit

Avec leurs grands principes. Oui! ce sont des anars

Tous ces cons moralistes qui emmerdent le monde

Ils défendent l'ivresse et détestent surtout

Décapsuler les Kro, c'est leur péché mignon

J'ai des copains anars (c'est pas des rigolos)




En définitive, je doute que ça soit mieux (Anne, crois-moi, ne mettons ni l'un ni l'autre).


Après la grosse fatigue de la féria, j'ai rien écris cette semaine (à par ce con de truc).

Et c'est pas hier le pot de rentrée des anars à la Croix-Rousse qui a arrangé les choses (je vous le confirme : il y en a qui boivent).


Et puis, est-il réellement utile d'épiloguer sur le sujet du jour, à savoir les agressions qui se multiplient?

Partout.

Dans la rue.

Devant les commerces.

A la sortie des collèges.

(On n'en peut plus.)

Ils n'épargnent ni les femmes, ni les vieux, ni les enfants.

Les sarko-bandes pourchassent où qu'il soit l'immigré (au fait, y a encore eu un mort, une chinoise qui s'est jetée par la fenêtre à l'arrivée des keufs)...

Les sarko-racketteurs font le sac des retraités et des maîtresses d'école.

La sarko-mafia prend les pauvres pour les donner aux riches.

Et les sarko-dingues rêvent de navions pour balancer sur la gueule à l'Iran.

Pendant ce temps-là, Gérard Aschiéri, patron de la FSU (11 OOO suppressions d'emploi à l'Educ Nat), se demande comment faire pour rien faire.

Il a trouvé la solution!

La réponse unitaire (où l'action commence seulement quand tout le monde est d'accord, et s'arrête dès qu'un ou deux en ont marre)!

Remarquez, pour cette fois-là, Chérèque aura pas le temps de (tu bouffes trop, François, on te l'a déjà dit) s'essouffler.

A priori, ils se mettraient d'accord que pour un jour, cash et non renouvelable.

Enfin, peut-être...

A l'heure où j'écris ces lignes, ça discute toujours.

Il reste des réticences...

Gérard se bat.

Il tente de convaincre.

Sacré Gégé!

Insiste! Aïe pas peur, sois pas timide!

Tu peux zyva en confiance, y a pas de coup de pute!

C'est pas l'Intersyndicale qui te fera une grève dans le dos...


Pour la semaine prochaine, en tous cas, j'ai trouvé un sujet :

La Féria!

Et l'on pourra mettre en sous-titre :

Histoire de ma vie (et du monde occidental).

Salut, et à la semaine prochaine.

samedi 15 septembre 2007

Régimes spéciaux


Manuel Valls est un malin.

Pendant que ses petits camarades s'escagassent à entretenir le suspense, question retraites, Manuel, de son côté, leur casse la baraque.

Bref rappel des faits : Nikolas veut niker les régimes spéciaux.

Aussitôt s'enflamme le pays syndical et socialiste, conduit par un barbu notoire, qui ressemble un peu à Marx et Bakounine (ou Ben Laden, si vous préférez) : François Chérèque.

Oh ce n'est pas que la critique soit féroce sur le fond!

Ooooh que non.

Le fond, vous savez ce que c'est, ça va, ça vient, c'est jamais le même.

Mais sur la forme, y a pas de doute, ça va chier.

Les syndicats, et tout le PS derrière eux, exigent la négociation.

C'est un point sur lequel ils ne transigeront pas.

La négociation ou la mort!

Et tandis que le Grand Méchant Fillon s'approche de la baraque en paille des petits cheminots en hurlant « Ouvrez-moi ou je passe en force! », les syndicalistes, faisant un barrage de leurs corps, rassurent le prolétariat menacé et tremblant : « N'ayez pas peur, les enfants, on le forcera à négocier, ce brutal, restons bien tous ensemble. »

Tous, vraiment?

Mais que fait donc Manuel Valls, caché derrière un buisson?

Des déclarations.

Celle-ci, par exemple :

« L'allongement de la durée de vie rend inéluctable la hausse du nombre d'années de cotisation et les régimes spéciaux doivent être alignés sur le régime général (...)»

Ou encore :

"C'est d'abord une question d'équité (...) et puis c'est une question financière parce que demain il y aura pour ces régimes beaucoup plus d'inactifs que d'actifs"

Car Manuel Valls compte bien être demain prophète en son pays, le PS, qui est le Parti spécialiste des questions d'équité.


Il sait bien que le gouvernement s'en arc-boute, des régimes spéciaux.

En tous cas, s'il veut se les faire, c'est pas pour la thune...

Les mineurs sont morts : il ne reste que les veuves, il sera difficile de les euthanasier.

Les gaziers et les électriciens vont être privatisés : ils se démerderont avec leurs employeurs.

La Poste, c'est réglé depuis 1993.

Les keufs et les trouffions? Vous voulez rire... Il n'en est pas question.

Restent quelques broutilles rigolotes (curetons, clercs de notaire, députés, sociétaires de la Comédie Française).

Et les transports en commun.

Nous y voilà!

On en arrive aux syndicats! dont on peut dire que, de leur côté, ils s'en foutent bien, des retraites.

Ils n'auraient pas, sinon, utilisé tant d'énergie à contenir et arrêter les grèves de 2003.

Déclanchées (faut-il le rappeler?) suite à l'accord Fillon-Chérèque signé immédiatement et sans discussion par l'actuel leader charismatique de la CFDT.

On voit que l'expérience (-20% d'adhérents dans l'année qui suivit) a porté ses fruits.

Aujourd'hui, il fait comme Thibaud, Chérèque : si on ne le laisse pas discuter, il se fâche tout rouge.

Les syndicats se contrefoutent des retraites, certes, mais pas de la cogestion des systèmes de transport et d'énergie, dont la brusque interruption paralyserait le pays.

Et dont le contrôle constitue un pouvoir.

La seule menace réelle dont ils disposent pour toutes les fois où ils s'assoient à une table de négociations (mais ne craignez rien : comme chacun sait, une menace n'est une force qu'à condition de ne pas la réaliser).

Bref, ça devrait pouvoir s'arranger.

Dans cette situation, les syndicats ne s'intéressent vraiment qu'aux salariés dont l'activité ne cesse ni le dimanche, ni le jour ni la nuit.

Les techniciens indispensables : quand ceux-là s'arrêtent, tout s'arrête.


Or, voyez comme ça se trouve, le Prézydent Sarkozy ne prévoit pas de s'attaquer aux emplois « pénibles », c'est-à-dire ceux où l'on travaille parfois le w-e (que les femmes de ménage ne commencent pas à rêver, il ne s'agit pas d'elles), ou la nuit (que les ouvriers aux trois-huit n'extrapolent pas, on ne parle pas d'eux) :

"La vérité, c’est qu’il existe des régimes spéciaux de retraites qui ne correspondent pas à des métiers pénibles et qu’il existe des métiers pénibles qui ne correspondent pas à un régime spécial de retraite" .

Voilà ce qu'il nous dit, le Prézydent.

Il nous prépare une grosse poignée de régimes spéciaux bien enfermés dans la forteresse de leur pénibilté, et surtout qu'ils n'en sortent plus, on n'a pas que ça à faire, passons aux choses sérieuses...

Le gouvernement entend réduire et cantonner les régimes spéciaux afin de tranquillement ré-attaquer par la suite le régime général des retraites (ne comptez pas à ce moment-là sur les mécaniciens du rail pour s'associer aux grèves, ça ne les concernera pas).

Les syndicats considèrent que c'est à peine leur affaire, mais plutôt celle des partis politiques, qui apparemment sont à peu près tous d'accord, et de toutes façons ne parlez pas aux confédérations de grève générale, ça leur fait faire des cauchemards.

Du moment qu'on leur garantit les noyaux de pouvoir qui les font participer à l'Etat (en qualité de DRH officieuse), il n'y a pas de problème.

Les discussions à venir porteront sur un échange mutuel de légitimité.

L'Etat aura celle de casser les retraites, après concertation; et les syndicats obtiendront que ce bel ouvrage ne se fasse pas sans eux.

Un consensus est prévisible, que Manuel Valls nous décrit à l'avance.

Il pourra ainsi chanter au PS qu'il a eu raison avant tout le monde.

Quoique.

Il risque d'avoir du mal à s'extirper, dans ce panier de crabes.

Déjà Arnaud Montebourg, qui a senti le danger, essaie de le doubler, en précisant les détails :

une « réforme des régimes spéciaux » en échange de « droits nouveaux ».

Et tous les autres s'y mettent, Hollande, Hamon, Delanoe, Ayrault...

Une vraie meute.

Ecoute, Manuel, on te souhaite quand même bonne chance.

Nous, on n'oublie pas que t'étais le premier.


Vous voulez un petit épilogue? (je n'ai pas le temps d'en faire un grand, on m'attend à la Féria de Nîmes, celle des Vendanges).


Le nombre des retraités augmente :


selon l'INSEE

Le nombre de retraités a fortement augmenté depuis 1983 (5,3 millions) pour atteindre les 10 millions en 2002. Ils sont près de 11 millions en 2005. Le nombre de cotisants est, lui, resté relativement stable entre 1975 et 1988 (autour de 13 millions) puis a augmenté pour atteindre les 14 millions en 1996. Leur nombre s'est ensuite accéléré jusqu'en 2002 (16,5 millions). En 2005, ils sont 16,6 millions soit 1,55 cotisant pour un retraité. Ce rapport est inférieur à 1,65 depuis 1994 alors qu'il y avait, pour un retraité, deux cotisants en 1987 et trois en 1976.


Est-ce que ça pose un problème financier?


En 2004, les dépenses de pensions représentent 12,3 % du PIB dans l'ensemble de l'Union européenne à 25. Leur poids est relativement élevé en Italie (14,7 %) et en Autriche, il est en revanche plus faible en Estonie et surtout en Irlande (4,1 %). Le poids des dépenses de pensions dans le PIB, en France, a peu évolué depuis dix ans (13,1 % en 2004 après 13,2 % en 1994). Il a surtout augmenté au Portugal (+2,5 points en dix ans) alors qu'il est en repli en Finlande (-2,2 points) et au Luxembourg (-2,2 points).


Oui, d'accord, mais dans 20 ans?


Selon l'Observatoire des Retraites (organisme gouvernemental lui aussi) :

Le conseil d’orientation des retraites (COR) évalue entre 1,6% et 1,8% du produit intérieur brut le besoin de financement annuel qu'il faudra consentir, dans vingt ans, pour équilibrer le système de retraite.


Ce qui va pas pisser bien loin.

Vous me direz que les retraites sont payées par les actifs, et que ça augmente d'autant le prix du travail. Pas de bol :

la part des salaires au sens large (salaires directs et cotisations sociales) dans le revenu national a baissé de 10 % en 20 ans


Mais apparemment les syndicats et le PS craignent que la part des salaires ne baisse pas suffisemment vite dans ce pays, si on fout la paix aux retraites.

Vous voulez que je vous dise?

Méfiez-vous de ces gens-là.

C'est des cons.