
Jusqu'en mars, en fait.



C'est le problème : quand on a goùté une fois à la pédophilie, on ne peut plus s'en passer.
Fourniret, par exemple, un virtuose du vol, du viol, des tortures et de l'assassinat.
C'est à peine s'il a touché à la pédophilie, une gamine de 12 ans violée et assassinée, sur une douzaine de meurtres avoués.
Il y en avait aussi d'autres très jeunes (de toutes façons elles étaient toutes très jeunes, la plus vieille avait 20 ans), mais elles avaient passé l'age légal de l'enfance.
Car la pédophilie, comme son nom l'indique, concerne les enfants, et non les adolescents.
On s'en convainc en deux clics sur le net :
La pédophilie désigne une préférence sexuelle d'un adulte envers les enfants prépubères ou en début de puberté1
Et là, stupéfiante surprise : Finkie, ulcéré par la « persécution »du pauvre Polanski, énonce, très posément, que « la plaignante », à 13 ans, « n’était pas (...) une enfant ».
De sorte que l’aimable Polanski, contre qui se déchaîne une« fureur de la persécution », « n’est pas » (du tout)« pédophile » [2].
Bon, d'accord, c'est Finkielkraut.
Seb ne le supporte pas.
Mais tout de même.
Pour en arriver là, il faut qu'il soit sérieusement en manque lui aussi.
Tout ceci m'inquiète, et je voudrais adresser une solennelle mise en garde à mes amis pédophilomanes.
Si vous continuez à prendre n'importe quelle came pour de la pédophilie, et n'importe qui pour des pédophiles, les accidents se multiplieront.
Je ne parle pas seulement de bad trips, comme avec Mittérand ou Polanski, mais aussi d'accidents mortels, comme à Outreau.
Tôt ou tard, il faudra légaliser, afin que chacun de vous puisse se procurer de vrais pédophiles, sans risque et garantis par l'état, en quantité suffisante.
On ne pourra le faire qu'en pédophilisant l'adolescence (constituée d'individus entre 10 et 18 ans selon l'OMS, mais jusqu'à 19 ou 25 ans selon d'autres autorités).
Envisagez-vous les ravages sociaux que provoquerait le choix de 25 ans comme limite supérieure de l'adolescence?
Même si, dans l'absolu, la criminilisation des relations sexuelles pour les moins de 19 ans inclurait nécessairement celle des adolescents entre eux, comme c'est normal en cas de pédophilie, ce qui constituerait un immense progrès moral?
Le mieux est trop souvent l'ennemi du bien.
Croyez-moi, chers amis, la solution la plus saine et la plus simple est encore d'auto-réguler votre consommation de pédophiles dans les limites aujourd'hui permises par le législateur.

"Q. What did you do when he said, 'Let's go into the other room'?
A. I was going 'No, I think I better go home', because I was afraid. So I just went and I sat down on the couch.
Q. What were you afraid of?
A. Him.... He sat down beside me and asked if I was OK. I said 'No'.
Q. What did he say?
A. He goes 'Well, you'll be better'. And I go, 'No I won't. I have to go home. He said 'I'll take you home soon'.
Q. Then what happened?
A. Then he went down and he started performing cuddliness... I was kind of dizzy, you know, like things were kind of blurry sometimes. I was having trouble with my coordination... I wasn't fighting really because I, you know, there was no one else there and I had no place to go."
Q. Did he ask you about being on the pill?
A. He asked, he goes, 'Are you on the pill?' and I went, 'No' and he goes 'When did you have your period?' and I said, 'I don't know. A week or two. I'm not sure'... He goes, 'Come on. You have to remember'. And I told him I didn't.... and right after I said I was not on the pill... and he goes... and then he put me – wait. Then he lifted my legs up farther and he went in through my anus.
Q. Did you resist at that time?
A. A little bit, but not really, because...
Q. Because what?
A. Because I was afraid of him."
This testimony took place barely two weeks after the incident – Samantha Galley did not obey Polanski's demand that she not tell her mother about "our little secret."


Depuis 1986, date où la législation antiterroriste a été instaurée en France, un empilement de lois successives a construit un système pénal d’exception qui renoue avec les lois scélérates du XIXe siècle et rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire. L’accusation d’ « association de malfaiteurs en vue de commettre une infraction terroriste », inscrite au Code pénal en 1996, est la clef de voûte du nouveau régime. Or, ses contours sont particulièrement flous : il suffit de deux personnes pour constituer un « groupe terroriste » et il suffit d’un acte préparatoire pour que l’infraction soit caractérisée. Cet acte préparatoire n’est pas défini dans la loi, il peut s’agir du simple fait d’entreposer des tracts chez soi. Surtout, n’importe quel type de relation - même ténue ou lointaine, voire amoureuse ou amicale - avec l’un des membres constituant le « groupe » suffit pour être impliqué à son tour. C’est pourquoi, sur dix personnes incarcérées pour des infractions « en rapport avec le terrorisme », neuf le sont sous cette qualification.
De l’aveu même de ses promoteurs, ce droit spécial répond à un objectif de prévention. À la différence du droit commun qui incrimine des actes, la pratique antiterroriste se satisfait d’intentions, voire de simples relations. Suivant le juge Bruguière, cité par Human Rights Watch, « la particularité de la loi est qu’elle nous permet de poursuivre des personnes impliquées dans une activité terroriste sans avoir à établir un lien entre cette activité et un projet terroriste précis ». C’est dans cette perspective qu’on a vu la possession de certains livres devenir un élément à charge, car ils constitueraient des indices sur des opinions ; et de l’opinion à l’intention, il n’y a qu’un pas. A ce flou de la loi pénale, s’associe une procédure d’une extrême brutalité. Il suffit que le parquet choisisse de manière discrétionnaire d’ouvrir une enquête sur une qualification terroriste pour que la police reçoive des pouvoirs d’investigation exorbitants : perquisitions de nuit, « sonorisation » des domiciles, écoutes téléphoniques et interception de courriers sur tous supports… De son côté, le délai de garde à vue - période qui précède la présentation à un juge - passe de quarante-huit heures en droit commun à quatre-vingt-seize heures, voire cent-quarante-quatre, dans la procédure antiterroriste. La personne gardée à vue doit attendre la 72e heure pour voir un avocat - l’entretien est limité à trente minutes et l’avocat n’a pas eu accès au dossier. A la suite de cette garde à vue, en attendant un éventuel procès, le présumé innocent pourra passer jusqu’à quatre ans en détention provisoire.
Par ailleurs, la loi centralise à Paris le traitement des affaires « terroristes », confiées à une section du parquet et à une équipe de juges d’instruction spécialisés qui travaillent en relation étroite avec les services de renseignement. Des cours d’assises spéciales ont également été instaurées, où les jurés populaires sont remplacés par des magistrats professionnels. Un véritable système parallèle est ainsi mis en place avec juges d’instruction, procureurs, juges des libertés et de la détention, cours d’assises et bientôt présidents de cours d’assises, juges d’application des peines, tous estampillés antiterroristes.
L’application de plus en plus large des procédures antiterroristes à des affaires d’État montre que l’antiterrorisme est désormais une technique de gouvernement, un moyen de contrôle des populations. En outre - et c’est peut-être le point le plus grave - cette justice exorbitante contamine le droit commun : la législation antiterroriste a servi de modèle dans d’autres domaines pour généraliser la notion de « bande organisée », étendre les pouvoirs des services d’investigation et centraliser le traitement de certaines instructions.
La Convention européenne des droits de l’homme et le Pacte des Nations Unies sur les droits civils et politiques, tous deux ratifiés par la France, garantissent qu’une sanction pénale soit fondée sur une incrimination intelligible la rendant prévisible. En outre, ces textes donnent à chacun le droit d’organiser équitablement sa défense - ce qui passe par la prompte intervention d’un avocat ayant accès au dossier. La procédure, « sœur jumelle de la liberté », doit être contrôlée par un tiers impartial, ce qui est impossible avec une filière spécialisée fonctionnant en vase clos, dans une logique de combat idéologique incompatible avec la sérénité de la justice.
Il est illusoire de demander que ce régime procédural soit appliqué de façon moins large et moins brutale : il est précisément conçu pour être appliqué comme il l’est. C’est pourquoi nous demandons que les lois antiterroristes soient purement et simplement abrogées et que la France respecte en la matière la lettre et l’esprit de la Convention européenne des droits de l’homme et du Pacte des Nations Unies sur les droits civils et politiques. Nous invitons tous ceux qui se préoccupent de libertés à se joindre à notre campagne en ce sens.
Le Comité pour l’Abrogation des Lois Antiterroristes - CALAS - : Giorgio Agamben, Esther Benbassa, Luc Boltanski, Saïd Bouamama, Antoine Comte, Eric Hazan, Gilles Manceron, Karine Parrot, Carlo Santulli, Agnès Tricoire.
Avec les signatures de : Alain Badiou, philosophe ; Etienne Balibar, philosophe ; Jean-Christophe Bailly, écrivain ; Daniel Bensaïd, philosophe ; Alima Boumedienne, sénatrice ;Rony Brauman, ancien président de Médecins Sans Frontières et enseignant ; Raymond Depardon, photographe et cinéaste ; Pascal Casanova, critique littéraire ; Jean-Marie Gleize, poète ; Nicolas Klotz, réalisateur ; François Maspero, écrivain ; Emmanuelle Perreux, présidente du syndicat de la magistrature ; Jacques Rancière, philosophe ; Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme ; Slavoj Zizek, philosophe.
Pour signer la pétition : http://calas-fr.net/


On pouvait lire cette semaine dans Corse-Matin, cette info, dont la presse nationale ne s'est pas faite l'écho :
Parti d'un lieu pour le moins inhabituel, un nouveau chèque est parvenu hier matin à notre agence d'Ajaccio dans le cadre de la souscription lancée par Corse-Matin et Frequenza Mora au profit des sinistrés des incendies de cet été. Il était accompagné d'une lettre signée du directeur de la maison d'arrêt de Fresnes, expliquant que des détenus de cet établissement pénitentiaire avaient souhaité s'associer à notre opération et que ce chèque résultait de la collecte qu'ils avaient organisée.
Intégralement rédigé en langue corse, un message relatif à ce don nous parvenait simultanément sur du papier à lettre à l'en-tête suivant : « Yvan Colonna, patriottu corsu cundannatu a tortu a a prighjo a vita » (1). Un libellé suivi du slogan « Resistenza sempre et piu ca mai » (2) ainsi que de cette citation de Pasquale Paoli : « A vita mea un sara stata chè un ghjuramentu senza rifiatu, pè a Libertà » (3).
1) Patriote corse condamné à tort à la prison à vie.
(2) Résistance toujours et plus que jamais.
(3) Ma vie n'aura été qu'un engagement sans répit pour la liberté.
Perso, j'aurais dirigé un journal, ça m'aurait intéressé : ce n'est quand même pas ordinaire, une collecte organisée parmi les prisonniers en faveur de ceux qui souffrent dehors.
Je trouve ça grandiose : Sinistrés de cet été,
ne vous croyez pas abandonnés,
il y a en France des gens qui pensent à vous
(et ils sont à peu près tous en taule).
Grandiose, avec un petit côté fun, naturellement.
Franchement, ça méritait un papier.
D'ailleurs, c'était plein d'enseignements.
Par exemple, il y a un ou deux ans, tous les journaux avaient annoncé qu'on allait transférer dans une prison corse les prisonniers politiques corses, afin de faciliter les visites au parloir des familles.
C'était l'occasion ou jamais de dire qu'en fait, heu... non, pas vraiment, apparemment il y en a à Fresnes, et suffisamment nombreux pour organiser des collectes conséquentes.
Franchement, la presse aurait pu en profiter pour publier un petit erratum.
Au lieu de ça, rien du tout.
On en apprenait aussi un peu plus sur Yvan Colonna.
Le mec, manifestement, se tient droit.
Il n'est pas du genre à s'apitoyer sur son sort.
A peine s'il ne dit pas qu'il y en a de plus malheureux que lui.
Il ne se pose pas en victime, il ne pleure pas qu'il est innocent.
Il se pose en juge : on l'a "condamné à tort".
Et le reste, au fond, ne nous regarde pas.
On sent que c'est pas le gars qui nous vendrait des salades.
S'il le dit, c'est que c'est vrai : il n'a pas tué le préfet Erignac.
Voilà l'effet qu'il me fait.
Je ne dois pas être le seul.
Et ça tombe bien, son affaire n'est pas vraiment terminée, elle est examinée par la Cour de cassation.
Elle reste donc un cas à suivre, qui rejaillira dans l'actualité.
Bref, pour toutes ces raisons, l'info de Corse-Matin méritait bien un petit entrefilet dans la presse nationale.
Au lieu de ça, rien.
Nib.
Walou, As Sahara, le désert.
Ce n'est pas que le sujet n'intéresse personne.
C'est au contraire.
Justement parce que tout le monde se souvient de la condamnation de Colonna,
et qu'une majorité de gens l'ont trouvée scandaleuse,
les journaux ne veulent plus du tout l'évoquer.
On a déjà bien assez de mal à l'oublier.
Moi, par exemple, chaque fois que j'y pense, ça m'énerve.
Et quand on s'énerve, on dort mal.
La presse le sait, elle fait attention.
Elle n'est tout de même pas là pour troubler le sommeil des Français.
Pour ceux qui aiment passer des nuits blanches, je rappelle qu'ils peuvent toujours lire "L'Affaire Colonna, Une Bataille De Presse", écrit par votre serviteur, et qui vient de sortir.
La presse n'en parle pas.
Peut-être est-ce parce qu'il s'agit d'un mauvais livre.
Peut-être est-ce parce qu'il est excellent.
Avec elle, sur ce sujet, on ne peut pas savoir.


Dreyfus et Colonna
Lorsque Me Pascal Garbarini, avocat de Colonna, avait qualifié ce dernier de "Dreyfus corse", François Hollande avait déclaré sur RTL : Cette comparaison me choque. Dreyfus a été condamné par une parodie de justice, un déni de justice, il a été victime d'un complot contre la vérité.(...) Cette comparaison est moralement inacceptable et politiquement intenable.
Le rappel au moralement et au politiquement corrects pour interdire toute comparaison s'imposait, car, en vérité, les ressemblances étaient frappantes.
Les deux condamnés étaient passés devant des tribunaux d'exception dont le jury était composé de magistrats, à la fois juges et jurés : militaires pour le capitaine Dreyfus, civils pour le berger Colonna. Leur culpabilité avait été affirmée en public, et avant tout jugement par des membres du gouvernement. Pour le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, Yvan Colonna avait été l'assassin. Pour celui de la Guerre, le général Mercier, Alfred Dreyfus était un espion.
Arthur Meyer, dans Le Gaulois, posa à l'époque cette question : " Quelle liberté restera-t-il au Conseil de Guerre appelé à juger ce prévenu ?" On se fit la même réflexion tout au long des deux procès Colonna : quelle liberté restait-il à la Cour d'Assises Spéciale, maintenant que Nicolas Sarkozy était devenu chef de l'État ?
Les condamnations de Dreyfus et Colonna n'avaient d'abord scandalisé personne. La presse n'y avait pas vu grand-chose à redire. Jean-Pierre Chevènement s'en était félicité. Jean-Jaurès s'était écrié à la Chambre : "... pourquoi laisser ce misérable traître en vie ?"
On avait condamné Dreyfus sur la foi d'expertises graphologiques contestables, et de témoignages émanant de l'armée. Pour Colonna, on s'était contenté de ceux de la police. Les expertises quant à elles lui étaient favorables, ainsi que tous les autres témoignages.
Dans les deux cas, un autre suspect s'était dénoncé du crime dont on les accusait. Alessandri, après avoir été condamné comme coauteur de l'assassinat, avait déclaré être le tireur. Esterhazy, après avoir été acquitté à l'unanimité d'avoir écrit le bordereau, avait confié à la presse qu'il en était l'auteur. On ne voulut croire ni le premier ni le second, et c'était pour le même motif : il s'agissait d'aveux gratuits.
Les aveux tardifs d'Esterhazy étaient sans conséquence pour lui, puisqu'on ne revient pas sur la chose jugée. Ils parurent suspects : en toute logique, cet espion aurait dû continuer à se prétendre innocent. Or il venait s'accuser d'avoir commis l'acte pour lequel on avait envoyé Dreyfus au bagne. S'il tenait tant à le sauver, c'est qu'il était son complice et, en réalité, son subordonné. Il sacrifiait sa réputation pour protéger son chef.
C'est ainsi que les anti-dreyfusards retournèrent en preuve de culpabilité l'aveu d'Esterhazy innocentant Dreyfus. De la même façon, les partisans de l'ordre avaient retourné l'aveu d'Alessandri : il ne risquait plus grand-chose, puisqu'il avait été déjà condamné à la plus lourde peine, à tenter de sauver la star du groupe. C'était bien la preuve de la place éminente qu'avait eue Colonna au sein du commando.
Les condamnations de Dreyfus et Colonna reposaient avant tout sur la conviction des enquêteurs. On en vint, dans les deux cas, à douter de ces derniers. À l'origine de la culpabilité de Dreyfus, il y avait eu le colonel Henry, et à celle de Colonna, le commandant Lebbos. Tous deux furent convaincus d'avoir fabriqué des faux durant l'enquête, et l'on s'aperçut un peu tard qu'il s'agissait de menteurs sans scrupule.
À un siècle de distance, le commandant Picquart pour Dreyfus, le commissaire Vinolas pour Colonna, tentèrent d'explorer d'autres pistes que celle de la culpabilité de l'accusé. Picquart s'occupa d'Esterhzy, Vinolas des membres du commando jamais inquiétés. Tous deux furent amplement moqués et diffamés, et se trouvèrent en butte à l'hostilité de leur hiérarchie. Leurs suppositions furent écartées par la justice.
Si Colonna fut condamné sur la base d'aveux anciens démentis à la barre, la condamnation de Dreyfus fut justifiée par des aveux qu'il aurait fait hors tribunal, au capitaine Lebrun-Renault, et qui sont entrés dans l'Histoire sous le nom de "légende des aveux".
Les juges qui avaient condamné Colonna n'avaient pu le faire sur ce qu'on avait vu pendant le procès. Celui-ci n'avait absolument pas démontré la culpabilité de l'accusé. On a parfois supposé qu'ils disposaient d'informations confidentielles, de nature à établir une conviction si contraire au déroulement des débats. Les juges qui condamnèrent Dreyfus avaient eu à leur disposition un dossier des services secrets dont on ignore encore le contenu. Ce qu'on en connaît par des révélations qu'en fit le général Mercier, ne prouvait pas la culpabilité du capitaine, mais, faute d'être contredit, il aida à en établir la conviction. Le président du Conseil de Guerre, Maurel, devait déclarer au second procès Dreyfus, qu'un seul de ces documents du dossier secret lui "fut suffisant". Il est établi aujourd'hui que la pièce principale de ce dossier, une lettre de l'attaché militaire de l'ambassade d'Allemagne, qui contenait l'expression "canaille de D...", ne concernait pas Dreyfus.
La particularité de l'Affaire Dreyfus fut de se dérouler en pleine vague d'antisémitisme. Depuis la publication de "La France Juive" de Drumont, en 1885, neuf ans avant le début de l'Affaire, celui-ci déferlait. En 1892, il eut son journal, "La Libre Parole" qui, le premier, signala qu'un juif était soupçonné d'espionnage. Tout au long de l'Affaire, ce même journal servit pour preuves de culpabilité les poncifs les plus lamentables de l'antisémitisme : le mensonge juif, la solidarité juive, la trahison juive, et l'absence de sentiment national français.
Un même argumentaire fut employé durant le procès en appel d'Yvan Colonna. Faute de preuve, et pour expliquer qu'aucun témoignage n'accablait l'accusé, on parla d'omerta corse, de mafia corse, de solidarité corse et de clan Colonna. Cette variante à l'usage des Corses de la xénophobie n'a pas la même portée politique que l'antisémitisme, mais elle en a eu la même fonction. Elle servit d'ultima ratio à ceux qui, dans leur désir de faire condamner un homme, ne trouvait plus la raison dans leur camp. Elle ne suscita pas beaucoup d'indignation en France, sauf en Corse, naturellement, et parmi la famille Colonna ainsi traitée d'organisation mafieuse.
La différence entre les Affaires Dreyfus et Colonna n'est pas dans l'iniquité dont les accusés furent victimes. À quelque chose près ce fut le même, et l'ironie de l'histoire veut qu'il y ait eu des ressemblances jusque dans les détails de ces affaires.
La différence réside dans l'indignation que cette iniquité provoqua. Il n'y eut pour Colonna que quelques journalistes et une opinion publique que les principales personnalités politiques du pays et les intellectuels les plus connus ignorèrent souverainement. Autre temps, autres moeurs, la cause de Dreyfus avait été largement défendue. Il est inutile ici d'évoquer Zola, qui fit de la prison pour elle, ni Clémenceau, Jaurès, ou Péguy, mais le leader de l'extrême-droite bonapartiste, l'antisémite Paul de Cassagnac, demandait dès 1896 la révision du procès : Par cela même que le châtiment encouru est plus effroyable, plus mérité et n'entraîne aucune compassion, il ne faudrait pas (...) qu'un doute subsistât, doute horrible, épouvantable, et qui autorise à se demander parfois, avec terreur, si réellement, si effectivement, et malgré toutes les précautions dont on s'est entouré, malgré l'honneur et le patriotisme des juges, il n'y a pas là-bas, à l'île du Diable, quelqu'un qui agonise dans un supplice moral surhumain et qui serait innocent ! Ce doute à lui seul est une chose effrayante.
Pour l'instant, il n'a pas effrayé grand monde parmi les partisans de l'ordre au XXIe siècle, au premier rang desquels il faut désormais compter ceux qui se réclament encore de Jaurès, de Zola, de la tradition républicaine, et de tous les combats pour la justice et les droits humains : les Socialistes. Voici pourquoi, après quatre ans d'emprisonnement, la condamnation d'Yvan Colonna fut confirmée, alors qu'après le même temps de relégation en Guyane, Alfred Dreyfus recouvrait la liberté. Il avait bénéficié de larges soutiens dans la classe politique, et particulièrement celui d'une gauche qui, aujourd'hui, préfère se porter au secours de la raison d'Etat.









