lundi 23 novembre 2009

Fermé Pour Cause De Travaux


Jusqu'en mars, en fait.
Après, j'en foutrai plus une secousse.
Bises à tou(te)s.

mardi 3 novembre 2009

Le Prix Spécial des Polices du Même Nom


Cette année encore, je n'ai pas été sélectionné pour le Goncourt.
Je vais finir par en prendre l'habitude.
De toutes façons, je m'en fiche, j'ai mieux que ça, un prix moins tapageur et nettement plus élitiste.
C'est top secret, comme les services qui l'organisent : j'ai mes chances pour le Prix (spécial) des Polices (du même nom).
Autour de moi, personne n'ose y croire, mais ça fait longtemps que je me doute de quelque chose.
Lorsque mon livre est sorti (l'Affaire Colonna), j'ai tout de suite remarqué que mon nom, mon blog, avaient disparu des référencements Google.
Autrefois, je figurais en première page (quatrième position) à la requête "amate" (c'est mon nom).
Là, plus rien.
Plus de blog.
Disparu.
Les quarante premières pages du référencement, volatilisé.
Je me rencontrais parfois, rarement, mais c'était chez les autres.
Chez moi, plus rien.
Je n'existais plus. Il n'y avait plus de chez moi. Mon blog, mon joli blog, et son millier de visiteurs par semaine s'étaient dématérialisé, et dans mon for intérieur, je l'ai tout de suite su : les Polices (spéciales) m'avaient pré-sélectionné, j'allais peut-être avoir un prix.
Le coeur tremblant d'émotion, je me suis ouvert de mes folles espérances à mon entourage, des anarchistes chevronnés très au fait de ce qui peut ou pas intéresser les Polices.
Ils s'inquiétèrent pour ma santé mentale.
Comment pouvais-je, humble vermisseau, prétendre à de si flatteuses distinctions pour un ouvrage sans idées véritables?
Je sais, j'ai trop d'orgueil.
Parfois, je délire.
Mais justement, c'est à ça que ça sert, les amis, à revenir à la réalité quand on court le risque de s'en échapper.
Dans les jours qui suivirent, je vis qu'ils avaient raison : mon nom reparut peu à peu.
Oh, certes pas en première page, mais enfin pas trop loin, dans les dix premières.
Il fallait s'en convaincre, personne ne m'avait remarqué.
Au contraire, on m'avait oublié pendant que j'écrivais mon livre.
Je voulus connaître la profondeur du mal.
J'effectuai la requête "palindromes".
Autrefois, j'y figurais en position honnorable.
Pas aussi bien qu'avec la requête "amate" : palindromes est un nom commun, illustré de Pérec à Debord par d'éminentes personnalités, et en plus il y a un film qui porte ce titre.
J'avais mis du temps à percer, ça n'avait pas été facile.
Je n'attendais pas monts et merveilles de cette requête.
Or, qu'y vis-je, d'entrée?
Mon blog, tout en haut de la page, en deuxième position, juste derrière wikipedia, on ne pouvait pas faire mieux.
Alors (car j'ai du vice, voyez-vous, c'est là mon défaut), j'ai tapé "amate palindromes", où j'aurais dû, cette fois-ci, griller wikipedia.
Et là walou.
De nouveau, j'avais disparu : on n'arrivait plus à trouver le blog.
Cette fois-ci, je ne prévins pas mes amis.
Je préférai leur faire croire que ma crise de paranoïa se dissipait peu à peu.
(Il faut, chaque fois qu'on le peut, éviter de se retrouver en HP.)
Mais, dans le fond, j'avais repris espoir.
Cela ne dura guère.
Les semaines passèrent.
La situation se normalisa.
J'étais de retour en première page de Google, aux alentours de la dixième position, comme si on ne s'occupait plus de moi.
La presse ne signalait pas la parution de mon livre, les journalistes qui avaient promis de faire un papier s'étaient tous défilés, à la Fnac, sur Amazon, il fallait attendre une à quatre semaines pour avoir le bouquin alors que les autres c'était 24 heures.
Les signe d'un désintérêt général à l'égard de l'Affaire Colonna s'accumulaient.
Je finissais par me ranger à l'opinion de mes amis selon laquelle j'avais écrit un livre superflu, lorsque l'alim de mon portable passa de vie à trépas.
Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase.
J'achetai de quoi me monter un PC, un vrai, pas un note book, c'est des trucs de loser.
Que je chargeai avec windows 7, la dernière version.
Et j'entreprends (c'était hier) de récupérer un à un l'essentiel de mes liens favoris.
Au moment où arrive le tour de mon blog, je tape "amate" (c'est moins long que "palindromes").
Et là, stupéfaction, rien.
Ni en première, ni en deuxième, ni en troisième page.
Je regarde mieux : en fait, je n'étais plus sur Google, j'étais revenu sur Bing (le remplaçant de MSN, le moteur de recherche de Windows, et qui n'a plus l'apparence d'une usine à gaz un soir de Mardi Gras, maintenant on peut le confondre avec quelque chose de pratiquable).
Et sur Bing-MSN, c'était comme aux plus beaux jours de la sortie du livre : je n'existais plus.
Vite, je revins sur Google, et là, pas de problème ; j'étais là.
Je ne voudrais pas évoquer inutilement les mânes de Jacques Lacan, mais chacun aura reconnu l'expérience du for-da qu'il rappelle au début des Ecrits, et qui serait à la base de la pensée symbolique, c'est-à-dire de tout langage : j'y suis, j'y suis pas.
Elle procure à bébé toutes ses émotions alternativement heureuses et malheureuses (et par la suite, quand il grandit, c'est la même chose, surtout avec les mecs et les gonzesses qu'il fréquente).
Après quelques secondes de ce jeu passionnant, j'avisai que j'étais sur Google web (c'est automatique), et pas sur Google France (qu'on peut choisir à la place).
Je cliquais donc pour établir une requête "amate" sur Google France et là, j'eus la satisfaction de voir que c'était comme avec Bing : rien du tout.
c'était donc là le secret.
En fait, je n'étais nullement tombé en disgrâce.
Seul Google international me reconnaissait, donnant ainsi l'illusion d'une négligence à mon égard.
A Google France, on ne m'avait pas oublié : j'étais toujours le chouchou des lardus.
Il en allait de même sur Yahoo : j'étais présent sur la planète, mais fort heureusement invisible depuis la mère-patrie.
AOL et Voila ne faisaient pas la différence entre la France et l'étranger : je figurais en première page.
Orange non plus ne faisait pas de différence, mais devinez quoi, j'y étais ou pas?
Cherchez vous-même, je vous laisse la surprise.
Aujourd'hui, je ne doute plus.
J'ai bel et bien été sélectionné par les Polices.
Et ce prix, c'est moi qui vais l'avoir.
Je regarde la concurrence : je n'en ai pas.
Pendant plusieurs semaines, j'ai été en tête des ventes des essais politiques à la Fnac, (en dépit des petits handicaps que je vous ai dit, et qui vont de soi : il fallait bien équilibrer les chances de tout le monde, sinon, que serait-il resté aux autres?)
Déjà, implicitement, la grande distribution avait voté pour moi : elle m'avait pratiquement mis hors concours.
La presse était unanime (sauf en Corse, pour d'évidentes raison) : même le localier de mon quartier, à Lyon, avait renoncé à faire un article lorsqu'il avait su le sujet du livre.
Sur le conseil, m'avait-il précisé, d'un sien ami général de gendarmerie (le localier est lui-même un ancien gendarme).
Ce qui renforce mes certitudes.
D'évidence, j'ai fortement impressionné les cognes-jurés.
Je serai cet année le lauréat du Prix Spécial des Polices du Même Nom, que ça vous plaise ou non.
Je sais, c'est injuste pour les autres.
Il y en a tant qui l'auraient mérité plus que moi, surtout parmi les anarchistes et les révolutionnaires, tant de grands subversifs dont l'Histoire retiendra les noms.
Je sais, je ne mérite pas de leur passer devant dans la voie des honneurs.
Mais il faut savoir saisir sa chance lorsqu'elle se présente.
Je ne vais tout de même pas bouder mon plaisir.


jeudi 29 octobre 2009

L'Affaire Colonna


Ce qu'il y a de sympa quand on parle, c'est qu'on peut dire des tas de conneries.
Ce qu'il y a d'un peu rude, quand c'est à la radio, c'est qu'elle sont enregistrées.
Ainsi, moi qui vous écris, j'en ai raconté trois belles, dans l'interview.
D'abord, l'émotion, j'ai deux fois dit qu'Alessandri, Ferrandi, Colonna, avaient pris 30 ans alors que c'est perpète.
Remarquez, à d'autres endroits je me rattrape : j'annonce du chtar ad lib;
N'empêche.
ça la fout mal.
Et le pire, c'est avec Dreyfus. Je parle du bon flic-colonel, celui qui l'a sauvé, et au moment de dire son nom, je trouve qu'Henry, l'ignoble faussaire.
C'est carrément la honte, pour Picquart.
Remarquez, on était quatre dans le studio.
Sur le coup, un doute m'effleure : c'est bien Henry, son blase?
On entend leur réponse, à tous : meueuouais, zyva, fais pas chier, accélère.
Là, je leur ai téléphoné : on peut pas mettre l'interview sur mon blog, avec des conneries pareilles.
Comment qu'ils m'ont ramassé : mais bien sûr que si, de toutes façons on en a rien à foutre de ces deux types, personne les connait.
Personne?
Et si, malgré tout il y avait une personne, une seule, qui garde la mémoire du brave général Picquart (muté, cassé, emprisonné, exilé, chassé de l'armée sans droit à pension, pour avoir, seul militaire contre tous, civils et militaires, défendu Dreyfus)?
Et qui m'en veuille?
Mon plus précieux lecteur, mon semblable, mon frère?
Je ne me le pardonnerais jamais.
Mais ma carrière avant tout.
Voici, pour tous les autres, de vrais morceaux de ma vraie voix, enchâssés à Radio Grille Ouverte, dans le podcast en bas :

vendredi 23 octobre 2009

La Disparition des Départements

Je ne vais pas te mentir : dans ce post, il y a plein de cartes, et la plupart font mal aux yeux, tellement elles sont petites.
Cependant, si tu cliques dessus, tu pourras les avoir plus grandes.
Et cette bonne chose de faite, je démarre :



Cette semaine, j'étais à Nîmes, devant la télé (je ne la regarde qu'en voyage, pour partager les humbles bonheurs de la population locale).
On y parlait de la suppression prochaine des départements (recommandée par les commissions Attali et Balladur, et entamée avec l'instauration des nouvelles plaques minéralogiques et la disparition des conseils généraux).
Ils étaient là plusieurs savants (dont un journaliste de l'Express, ce qui n'est pas peu dire) lorsque Guy Carcassonne (prof à Paris-X et à Sciences Po Paname, total respect) émit un jugement définitif.
Les départements étaient une création de la Révolution (anti-naturelle comme souvent la Révolution), opérée sur des critères de taille (ces gens-là avaient la manie des mathématiques) qui n'avaient rien à voir avec les moyens modernes de communication (il fallait à l'époque qu'on puisse joindre la préfecture en une journée à cheval de n'importe quel endroit du département) : il n'était que trop juste de les supprimer enfin.

Je ne sais pas.
Si j'avais été en Lozère ou dans l'Hérault, j'aurais peut-être été d'accord.
Ce sont des départements compacts :


L'Hérault se traine un peu en longueur le long de la mer, mais l'arrière-pays est montagneux, on s'y déplace moins vite, ça compense.
Le Gard, par contre, c'est un mystère.
Il a, certes, une taille comparable aux autres, et on sent le soucis de procéder à un découpage régulier du territoire national.
Mais pourquoi y mettre Le Vigan?


Encore aujourd'hui, il est plus facile, plus rapide et plus court d'aller à Montpellier, depuis Le Vigan, en passant par Ganges, que de se rendre à Nîmes :


Imagine un peu la galère que c'était à l'époque du cheval : franchement, on ne comprend pas.
Wikipedia a une autre explication : selon elle, les départements ne seraient pas à proprement parler une invention de la Révolution.
L'idée était dans l'air, sous Louis XVI, et même le mot, déjà.
En fait, la Constituante aurait repris les circonscriptions électorales utilisées par l'Ancien Régime pour convoquer les Etats Généraux à Versailles.
Si tu veux, Wiki.
Vérifions, ça ne coûte rien :


Tu le vois, le Gard?
Attends, j'en ai une autre :


Voilà, c'est un peu mieux et Ô puteborgne! ils nous avaient chouravé Aigues-Mortes et le Grau du Roi!
Et pourquoi donc que la Constituante (merci, la Con) nous les a restitués?
Pour nous permettre d'aller à la plage sans sortir de chez nous?
Tu n'y es pas du tout, et un simple coup d'oeil à la carte ci-dessus montre que les départements n'ont pas eu pour modèle les circonscriptions électorales de 1788.
Par contre, les circonscriptions fiscales, oui :

ou, si tu préfères, les diocèses :

Regarde-moi ça, si c'est pas beau : le Gard, c'est, à un chouïa près, les diocèses de Nîmes (avec Aigues-Mortes et le Grau, donc), d'Alès (avec le Vigan), et Uzes.
Ceci dit, si tu connais un peu le Gard, tu te poses des questions.
Nîmes et Uzes, c'est la plaine et les collines, Alès c'est les Cévennes jusqu'à l'Aigoual (1700 m).
Dans un cas c'est des huguenots de la guerre des camisards, républicains dès le départ (Alès), et dans l'autre des royalistes insurgés du Midi (Uzes) ou des Camelots du Roi excessivement catholiques (Nîmes et son "petit peuple admirable de la rue Enclos-Rey, précisait Bernanos).
Enfin, pour couronner le tout, on parlait le languedocien à Alès, et le provençal à Nîmes et Uzès.
ça ne se parle plus vraiment, mais l'accent qui en subsiste n'est pas le même, et les expressions locales non plus.
Bref, pourquoi avoir rattaché Alès à Nîmes et Uzes plutôt qu'à Lodève et Millau, tandis qu'Arles et la Camargue auraient parfaitement fait l'affaire pour compléter le Gard?
En fait, l'explication est là :

Tout simplement parce qu'1790, la séparation d'Alès et Nîmes en deux évêchés différents n'avait pas 100 ans.
Sinon, depuis toujours, c'était le même diocèse :


correspondant aux mêmes divisions administratives :



cela quelles que soient les vicissitudes politiques :


Depuis toujours, en fait, depuis avant même que la France existe :


La Révolution avait un peu rationnalisé tout ça :


Elle n'avait en revanche, et en dépit des apparences, rien créé d'artificiel.
C'est pourquoi l'identité départementale est forte dans le pays : elle a, contrairement à ce qu'on croit à Sciences Po et à la télévision, des racines extrêmement profondes.
Autour du Gard, la Lozère est peu ou prou l'ancien Gévaudan, l'Ardèche le Vivarais, le Vaucluse les Etats du Pape, l'Aveyron le Rouergue, tous pays auxquels les populations s'identifient encore, et parfois sous le nom que ces régions avaient avant la Révolution.
On a vu le tolé qu'a soulevé le projet d'abandon du numéro de département sur les plaques minéralogiques.
Les gens n'ont pas envie de se voir retirer une part si infime soit-elle, de leur identité.
L'époque les a déjà déplacés, déclassés, elle leur a retiré leur travail, leur retraite, leur quartier, leurs parents, et jusqu'aux dimanches en famille.
Ils n'ont pas besoin qu'on en rajoute, ça aurait même tendance à les inquiéter vaguement.
Et si l'on tient absolument à le faire, il vaut mieux savoir que ça ne sera pas politiquement gratuit.
Je crains que le coût de cette modernisation ne s'avère ruineuse pour la popularité de Nicolas Sarkozy : les dangers qu'on ignore sont les plus destructeurs.

samedi 17 octobre 2009

Pédiaddiction


C'est le problème : quand on a goùté une fois à la pédophilie, on ne peut plus s'en passer.

Fourniret, par exemple, un virtuose du vol, du viol, des tortures et de l'assassinat.

C'est à peine s'il a touché à la pédophilie, une gamine de 12 ans violée et assassinée, sur une douzaine de meurtres avoués.

Il y en avait aussi d'autres très jeunes (de toutes façons elles étaient toutes très jeunes, la plus vieille avait 20 ans), mais elles avaient passé l'age légal de l'enfance.


Car la pédophilie, comme son nom l'indique, concerne les enfants, et non les adolescents.

On s'en convainc en deux clics sur le net :


La pédophilie désigne une préférence sexuelle d'un adulte envers les enfants prépubères ou en début de puberté1

F65.4 : Paedophilia : A sexual preference for children, boys or girls or both, usually of prepubertal or early pubertal age.

La limite légale de l'enfance est généralement fixée à 13 ans.
La communauté scientifique n'est pas si précise :

La puberté de la fille, entre le début et la fin, s’étale sur deux à trois ans, généralement entre 10 et 15 ans.

Mais elle fixe un age moyen plus précoce :

L’âge d’apparition des premières règles, qui marque la fin de la puberté, se situe en moyenne vers 12,5 ans.

Voire carrément plus jeune :
Selon une étude publiée dans la revue Pediatrics1 en avril 1997, la puberté apparaît de plus en plus jeune chez les filles. L’âge moyen de développement de la poitrine et d’apparition des poils pubiens se situe à un peu plus de 9 ans pour les fillettes de type caucasien et à 8 ans pour les Afro-américaines. Menée sur 17 077 filles, cette étude abaissait considérablement les critères qui étaient alors en vigueur.

Si la puberté (dont le début est aussi celui de l'adolescence) dure deux à trois ans, il faut considérer qu'en moyenne les actes pédophiles concernent des victimes en dessous de 11 ou 12 ans (12,5 moins 1 ou 2 ans).
En conséquence, on pourrait même se demander si Fourniret a jamais commis un seul acte pédophile de sa vie, au sens propre du terme.
Lui, son truc, disait-il, c'était les jeunes filles vierges, pas les enfants.

Mais ne chipotons pas, la loi est la loi, elle fait en France (comme aux Etats-Unis, d'ailleurs) une différence entre les mineurs de moins 13 ans (appelés children aux USA) et ceux de moins de 15 (ou 18, appelés seulement minors).
Fourniret a bien été pédophile.
Borderline vous en conviendrez, et nettement moins affirmé que, par exemple, Christian Beaulieu (viol et meurtre de Matthias, 4 ans) : on voit la différence.
Ce n'était pas réellement sa spécialité : plutôt une bavure au sein son activité principale, le rapt, viol et meurtre d'adolescentes.
On aurait pu croire que ces différents crimes suffiraient à assurer sa triste célébrité.
Ce ne fut pas l'opinion des médias.
Tout ceci, trop fade, trop prosaïque, ne les intéressait pas vraiment.
Ils ne retinrent que l'aspect pédophile, pourtant très marginal, de son activité, et ne l'appellent plus que "le pédophile Fourniret".

J'entends bien que la France devait combler son retard sur la Belgique, qui possédait l'enviable Dutroux.
Mais je crois surtout qu'à trop fréquenter les Belges, qui refaisaient leur unité nationale à coup de Marches Blanches sur Bruxelles, nos médias n'aient chopé la vilaine habitude de se shooter à la pédophilie pour voir la France en tricolore.
Car tel est le danger de cette forme de criminalité : dès qu'on en a, on en reveut, on ne peut plus s'en passer.
On tuerait pour ça.
Comme ce fut le cas à Outreau, où l'insistance à se procurer du pédophile provoqua la mort de François Mourmand, mis au frais faute de mieux, et suicidé sur place, en prison.

Ce phénomène de société est devenu si important qu'on ne trouve plus assez de pédophiles pour satisfaire les besoins des nombreux pédophilomanes.
La presse, les politiques, les donneurs de leçon, partout, tous les milieux, de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, des plus riches aux plus pauvres, à la télé comme sur les blogs, hurlent leur manque de pédophiles avec des accès de fureur difficiles à contrôler.
Ils se jettent sur n'importe quoi qui passe à leur portée.
Polanski, par exemple.
Sa victime allait avoir 14 ans, elle était pubère depuis longtemps, et personne en Californie n'avait songé à inculper le gros dégueulasse de "Child Molestation", comme ils disent lorsqu'il s'agit d'un enfant.
Mais seulement d'"Unlawful Intercourse", pour les mineurs à partir de 13 ans.
On pouvait croire qu'il serait difficile de vendre son cas aux amateurs de pédophilie.
Et bien pas du tout.
On se l'arrache.
On le trouve excellent.
C'est partout "le pédophile Polanski", comme on a eu "le pédophile Fourniret", produit de substitution au "pédophile Dutroux".

Jusqu'à Seb(astien Fontenelle), qui trouve que c'est de la bonne et de la pas coupée.
Tu lui dis le contraire, et il t'aligne un post :

Et là, stupéfiante surprise : Finkie, ulcéré par la « persécution »du pauvre Polanski, énonce, très posément, que « la plaignante », à 13 ans, « n’était pas (...) une enfant ».

De sorte que l’aimable Polanski, contre qui se déchaîne une« fureur de la persécution », « n’est pas » (du tout)« pédophile » [2].


Bon, d'accord, c'est Finkielkraut.

Seb ne le supporte pas.

Mais tout de même.

Pour en arriver là, il faut qu'il soit sérieusement en manque lui aussi.


Tout ceci m'inquiète, et je voudrais adresser une solennelle mise en garde à mes amis pédophilomanes.

Si vous continuez à prendre n'importe quelle came pour de la pédophilie, et n'importe qui pour des pédophiles, les accidents se multiplieront.

Je ne parle pas seulement de bad trips, comme avec Mittérand ou Polanski, mais aussi d'accidents mortels, comme à Outreau.

Tôt ou tard, il faudra légaliser, afin que chacun de vous puisse se procurer de vrais pédophiles, sans risque et garantis par l'état, en quantité suffisante.

On ne pourra le faire qu'en pédophilisant l'adolescence (constituée d'individus entre 10 et 18 ans selon l'OMS, mais jusqu'à 19 ou 25 ans selon d'autres autorités).


Envisagez-vous les ravages sociaux que provoquerait le choix de 25 ans comme limite supérieure de l'adolescence?

Même si, dans l'absolu, la criminilisation des relations sexuelles pour les moins de 19 ans inclurait nécessairement celle des adolescents entre eux, comme c'est normal en cas de pédophilie, ce qui constituerait un immense progrès moral?

Le mieux est trop souvent l'ennemi du bien.

Croyez-moi, chers amis, la solution la plus saine et la plus simple est encore d'auto-réguler votre consommation de pédophiles dans les limites aujourd'hui permises par le législateur.


lundi 12 octobre 2009

Pédérastie, Pédophilie, et Tutti Quanti


Plus je connais Frédéric Mitterrand, et plus il m'épate.
ça n'a pas toujours été le cas.
Il me faisait autrefois penser à, je ne dis pas à Bernard Kouchner, n'exagérerons rien, mais à Jack Lang ou Eric Besson.
Tout a changé quand j'ai téléchargé illégalement Fortunat, un film de 1960, avec Bourvil et Michèle Morgan.
12 ans, une tête à claques, Frédéric Robert c'est lui, dans le rôle de Maurice Valencourt, fils de famille arrogant et brillant.
Une autorité, un naturel, une justesse de ton, parfaitement exceptionnels.
Les années ont passé, et puis les décennies, Frédéric n'est plus le même, mais le talent est encore là, intact.
Comme le prouve sa dernière prestation, à TF1, avec Laurence, la journaliste préférée de la famille sarkozyste, dans le rôle du contradicteur.
Et de nouveau, l'admiration m'a submergé.
Quel acteur! Tout est vrai dans son jeu.

Bref, l'autre jour, je me suis empaillé avec Ernest-Edouard à la librairie où je bosse (à l'oeil et lui aussi, nous ne sommes pas vénaux).
Il se demandait pourquoi j'avais dans mon dernier post défendu Polanski, cette hyène cinématographe.
Dans la foulée, je lui ai appris que je défendais également Mitterrand, ce pervers indigne de foi.
Je vous passe son écoeurement (Hé-Hé a des enfants), et sa désolation de constater qu'un anarchiste, un camarade, presque un ami, puisse déplorer l'envoi de personnes en prison.
Remarquez, lui aussi est contre la prison.
Mais pas pour les pédophiles, surtout s'ils sont sodomites (hétérosexuels, je vous rassure, Ernest n'a rien contre les gays).
Ceux-là, tant mieux.
Qu'ils crèvent.

J'eus beau protester qu'il confondait Roman et Fourniret, Frédéric et Dutroux, rien n'y fit.
Bien fait pour eux, c'était son dernier mot.
En désespoir de cause, je tentais d'avancer les arguments de la raison politique : l'oppression, les libertés, la présomption d'innocence, le droit à une justice équitable et sereine.
ça ne fit qu'empirer la situation.
Il ne voulait que les lyncher.
Il allait me taper dessus si j'essayais encore de l'en empêcher.
Nous recommandâmes deux bières (on avait continué au bistrot d'en face), et nous quittâmes bons amis.
Grâce à Dieu, Ernest-Edouard ne sait pas où j'habite.
C'est en toute tranquillité et depuis chez moi que je reprends la discussion.

Commençons par le commencement : j'ai le regret de t'apprendre, Ernest, que la pédophilie n'existe pas plus que les pédophiles, aux yeux de la loi en tous cas (pas sur la tête, s'il te plait).
Le code pénal n'en fait aucune mention.

Je sens que ça va être un peu long, j'espère que tu as tout ton temps.
Le mot pédophilie date de 1968 (excellente année, par ailleurs).
Il désignait, dans l'esprit de l'époque, une forme d'éducation non répressive à l'égard des enfants.
Tout comme le terme pédérastie désignait au départ un moment éducatif chez les Grecs.
Mais celui-ci n'était plus utilisable pour d'évidentes raisons.
On choisit d'en forger un nouveau, qui n'aurait aucune connotation sexuelle.
Ce ne fut pas, comme tu vois, une franche réussite.
Pédophilie a purement et simplement remplacé pédérastie dans le champ sémantique des perversités sexuelles.
La pédérastie, dans la Grèce antique, consistait en une période de deux mois, précédant immédiatement l'accession officielle de l'adolescent au statut d'adulte.
L'impétrant était alors confié à un homme fait, qui complétait son éducation, et recevait en remerciement les faveurs érotiques de son disciple.
Ne me demandez pas si tout ceci était moral ou non.
C'était comme ça, c'est tout, en en tous cas c'était légal.
Dès que le christianisme devint religion officielle dans l'Empire, il mit fin à cette pratique immonde, comme d'ailleurs à toutes les autres en matière de sexualité.
Ne subsista que la position du missionnaire entre personnes religieusement mariées, et à condition de ne pas en abuser.

Au moyen age, l'homosexualité fut nommée sodomie (sur laquelle s'abat la colère du Tout-Puissant), bougrerie (ainsi qu'on appelait le catharisme, "tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens"), ou stupre (lorsqu'il s'agissait d'un adolescent, et c'était le même mot pour les veuves et les jeunes filles vierges).
Au XIXe siècle, on utilisa pédérastie pour désigner les relations sexuelles entre hommes, sans distinction d'age.
On essaya de lui sustituer les termes plus précis de philopédie concernant les garçons et homosexualité concernant les adultes.
Seul ce dernier s'imposa.
Pédérastie se spécialisa alors sur les garçons d'age pubère et pré-pubère.
A la fin du XXe siècle on commença à le remplacer par pédophilie, nouvellement créé.
Sa signification n'est pas encore stabilisée de nos jours.
Elle tend à désigner l'attirance sexuelle à l'égard des enfants, garçons ou filles d'age pré-pubère.
Mais le terme d'éphébophilie pour désigner l'attirance à l'égard des pubères n'a pas d'usage courant.
On utilise parfois le terme de pédophilie, comme un substitut à celui de pédéraste au sens du siècle dernier.

C'est justement cette imprécision du sens qui permet à mon excellent camarade Ernest-Edouard, libertaire depuis toujours, de partager avec Marine Le Pen, fasciste de naissance, la même opinion sur Frédéric Mittérand, homosexuel notoire.
A moi aussi, mon cher Ernest, ces pratiques, à des degrés divers me répugnent.
Mais il ne s'agit pas de nos répugnances.
Il s'agit du droit, de la justice et d'hommes en prison.

Je regardais hier, sur Daily Motion l'intervention du papa de Marine, Jean-Marie.
Il y développait quelques arguments semblables aux tiens, et tout d'abord que Polanski avait violé une gamine.
Du calme, ne nous emballons pas.
Il y a certes eu viol puisque, de toutes façons, elle était mineure.
La loi suppose qu'en raison de leur age, les mineurs ne disposent pas d'un discernement suffisant pour vouloir pleinement une relation sexuelle.
En avoir une avec eux lorsqu'on est adulte constitue un viol.
Mais quant au reste, ça se discute.

Tu as, en bas de ce post, un extrait de la déposition de la victime à l'époque des faits (tiré d'un article de Dominic Lawson du Independant, qui est favorable à l'extradition, la condamnation et l'incarcération de Polanski).
C'est supposé être accablant.
Mais tu remarqueras que le violeur n'a exercé aucune violence physique, ni proféré aucune menace, que la victime ne s'est pas débattue et qu'elle n'a pas crié. Il ne l'a pas prise par surprise, puisqu'ils ont longuement discuté du moyen d'éviter qu'elle ne tombe enceinte, et cela indique au passage qu'il ne s'agissait pas d'une enfant, au sens strict du terme, mais d'une jeune fille pubère (j'y reviendrai).
Jean-Marie, quant à lui, précise qu'elle avait été saoulée et droguée, et ceci explique sans doute cela.
C'est à voir.
La police a établi qu'ils avaient bu du champagne et pris du Quaalude.
Ce sédatif était à l'époque la drogue récréative la plus répandue, pour ses vertus aphrodisiaques, dans le monde anglo-saxon (en France, on utilisait son équivalant, le Mandrax).
Peu d'alcool et peu de Quaalude suffisaient à coucher au sol pendant quelques minutes l'individu le plus résistant, dans un état de béatitude consciente.
A forte dose, des symptômes plus alarmants apparaissent.
Rien de tel dans ce cas.
Il faut croire qu'il s'agissait de doses minimes, seulement faites pour euphoriser.
Ce n'est d'ailleurs pas à cet état artificiel d'euphorie que la victime impute son acceptation de la relation sexuelle, mais à la crainte que lui inspirait Polanski.

Il est tout à fait possible, dans ces conditions, qu'elle ait été violée, mais il est probable, s'il l'a fait, qu'il ne s'en soit pas rendu compte.
Il peut avoir cru, en l'absence de signes évidents de refus, et comme l'indique sa recommandation de ne pas dire à sa mère "notre petit secret", qu'elle avait cédé à ses avances après les avoir, dans un premier temps, refusées.

Quinze jours après la dénonciation faite à la police, on demanda à la jeune fille de déposer en justice.
Concernant le viol, elle refusa.
Les accusateurs ne retinrent contre Polanski que l'inculpation de pratique sexuelle illégale.
La demande d'extradition dont il fait actuellement l'objet y a rajouté d'autres délits, relatifs à l'alcool et à la drogue au cours de cette soirée.
Elle ne mentionne pas le viol.
Contrairement à ce que font Jean-Marie Le Pen ou Daniel Cohn-Bendit.
Eux sont certains du viol.
Après tout, pourquoi pas? Si c'est leur point de vue...
Ils ont seulement tort d'affirmer des choses que la justice n'a pas constatées.
Mais qui sait? Un jour peut-être ils auront raison : le procès le dira.

En ce qui concerne la pédophilie, c'est différent : Jean-Marie calomnie purement et simplement.
Il existe une différence entre puberté et majorité sexuelle.
Cette dernière est à 15 ans et trois mois dans notre pays, 18 en Californie.
En Europe (et sans refaire comme dans mon dernier post le tour du monde des majorités sexuelles) les différents pays la fixent entre 12 et 17 ans (deux à 12, un à 17, et le plus grand nombre à 14 ou 15).
On voit que certains ont choisi un age proche de la puberté, tandis que d'autres on préféré ne pas trop s'éloigner de la majorité civile.
La pédophilie n'a pas de réalité légale : la loi ne parle que d'atteintes sexuelles sur mineurs.
En revanche, elle a une réalité scientifique, pour laquelle une définition a été donnée, et une norme fixée.
Selon le DSM-IV, seule autorité universellement reconnue en la matière, il s'agit d'une "attirance sexuelle pour les enfants au sens d'individus impubères (généralement d'un âge inférieur ou égal à treize ans)" (wikipedia).
La loi française, qui ne parle pas de puberté, la reconnait de fait, au même age que donne le DSM-IV..
Elle précise que les atteintes sexuelles sur mineurs sont plus graves lorsqu'il s'agit d'enfants de 13 ans ou moins.

Or, la victime de Polanski allait avoir 14 ans dans deux semaines et elle était, selon sa déposition, pubère.
Polanski a un problème avec la loi californienne fixant la majorité sexuelle à 18 ans. Il en aurait eu aussi un en France (15 ans), mais aucun aux Pays-Bas (12) ou en Espagne (13), et nulle part pour pédophilie.
Sauf, évidemment, auprès de Jean-Marie et de tous ceux qui, soucieux d'avenir et de modernité, voudraient étendre le champs des interdits sexuels liés à l'age au delà de celui fixé par l'église catholique (12 ans elle aussi : en-dessous, c'est du stupre).

Ce qui vaut pour Polanski vaut a fortiori pour Frédéric Mitterrand.
Jean-Marie, élargissant le concept de pédophilie à l'attirance pour les éphèbes, dont Frédo serait friand, prétend qu'il ment lorsqu'il prétend n'avoir baisé en Thaïlande qu'avec un camionneur et un ex-boxeur.
Et qu'il s'agit en réalité d'un pédophile.
D'une part je lui ferai remarquer qu'on peut être redoutable au combat tout en étant imberbe, comme l'étaient Alexandre le Grand et la plupart de ses compagnons, justement appelés l'éphébie.
La poésie grecque caractérisait l'éphèbe comme un jeune homme aux cuisses sans pilosité et au visage sans ride.
On peut avoir longtemps cette apparence.
J'ignore si Jean-Marie fréquente beaucoup les asiatiques.
Parmi ceux que je connais, il y en a beaucoup, adultes, qui correspondent à la description que les Grecs faisaient des éphèbes.
Alors, pourquoi pas un camionneur et un ex-boxeur?

Tu m'as dit, Ernest, qu'il n'était de toutes façons pas question de défendre deux individus, Polanski et Mitterrand, qui n'avaient rien à voir avec nous, et n'étaient pas de notre bord.
Je suis bien certain que la majorité de nos camarades est du même avis que toi, mais je le déplore.
La politique ne consiste pas à seulement s'intéresser aux gens que nous trouvons sympathiques.
Elle consiste aussi à défendre nos principes, parmi lesquels le lynchage ne figure pas.



Dominic Lawson: Let's not forget what Polanski did

Tuesday, 29 September 2009

"Q. What did you do when he said, 'Let's go into the other room'?

A. I was going 'No, I think I better go home', because I was afraid. So I just went and I sat down on the couch.

Q. What were you afraid of?

A. Him.... He sat down beside me and asked if I was OK. I said 'No'.

Q. What did he say?

A. He goes 'Well, you'll be better'. And I go, 'No I won't. I have to go home. He said 'I'll take you home soon'.

Q. Then what happened?

A. Then he went down and he started performing cuddliness... I was kind of dizzy, you know, like things were kind of blurry sometimes. I was having trouble with my coordination... I wasn't fighting really because I, you know, there was no one else there and I had no place to go."

Q. Did he ask you about being on the pill?

A. He asked, he goes, 'Are you on the pill?' and I went, 'No' and he goes 'When did you have your period?' and I said, 'I don't know. A week or two. I'm not sure'... He goes, 'Come on. You have to remember'. And I told him I didn't.... and right after I said I was not on the pill... and he goes... and then he put me – wait. Then he lifted my legs up farther and he went in through my anus.

Q. Did you resist at that time?

A. A little bit, but not really, because...

Q. Because what?

A. Because I was afraid of him."

This testimony took place barely two weeks after the incident – Samantha Galley did not obey Polanski's demand that she not tell her mother about "our little secret."

samedi 3 octobre 2009

Roméo, Juliette, et Polanski


Si l'on en croit William "Bill" Shakespeare, la victime (Giulietta Capuleti, also known as Juliette) avait 13 ans au moment des faits :

"scène III :
Lady Capulet : (...) Tu sais que ma fille est d'un joli age.
La nourrice : Ma foi, je puis dire son age à une heure près.
Lady Capulet : Elle n'a pas quatorze ans."

Le prédateur (on l'a vu s'introduire nuitamment chez cette pauvre enfant en passant par la fenêtre), se nommait Romeo Montecchi (aka Roméo Montaigu).
Le témoin, old Bill Shakespeare, n'a pas précisé l'age du pédophile.
Il s'agissait d'un "jeune homme", sans barbe apparente, mais avec déjà l'épée au côté : peut-être 16, et plus probablement 17 ans.

Je ne m'étendrai pas sur l'évidente illégalité du rapport sexuel commis cette nuit-là.
Selon le code pénal californien (1re Partie, Titre 9, Chapitre 1, Paragraphe 261. 5) :

a) « Un rapport sexuel illégal est un rapport sexuel avec une personne qui n'est pas le conjoint de l'auteur de l'acte, si la personne est mineure. Pour la compréhension de ce paragraphe, un/une mineur(e) est une personne âgée de moins de 18 ans et un adulte si elle est âgée de 18 ans ou plus. »

Enfer et damnation! me direz-vous, à quoi ça sert qu'on les arrête? Le détraqué (Romeo Montecchi) ne va-t-il pas pleurer qu'il est aussi une victime, puisqu'il a moins de 18 ans?
Et, remis en liberté, séduire, corrompre et violer tout ce qui bouge entre 4 et 15 ans?
Point du tout, rassurez-vous. La loi est bien faite :

(b) « Toute personne qui est mêlée à rapport sexuel illégal avec un/une mineur(e) qui n'est pas âgé(e) de moins de trois ans par rapport à l'âge de l'auteur de l'acte, est coupable d'un délit. ».

C'est un peu obscur, mais ça veut dire qu'un ado, mettons de 14 ans, ne peut s'envoyer en l'air qu'avec des gens proches de son age (entre 11 et 17 ans, dans son cas).
Sinon, pour elles (eux?) ou pour lui, c'est la taule :

(c) « Toute personne qui est mêlée à un rapport sexuel illégal avec un/une mineur(e) qui est de plus de trois ans la puînée de l'auteur de l'acte est coupable de délit ou de crime et sera incarcéré pour une durée d'au maximum un an dans une prison du comté ou dans la prison de l'état. ».

L'abus sexuel commis par Roméo (17 ans) sur Juliette (13 ans) ne restera pas impuni.
Et vu ce qu'on fait aux pointeurs en prison, j'en connais un qui aura mal au cul dans pas longtemps.

Quant à Roman, on lui souhaite bien du plaisir :

(d) « Toute personne âgée de 21 ans ou plus qui est mêlée à un rapport sexuel illégal avec un/une mineur(e) de 16 ans est coupable d'un délit ou d'un crime et sera incarcérée dans une prison du comté pour une durée maximum d'un an ou incarcérée dans une prison de l'état pour une durée de deux, trois, ou quatre ans. »

Et quatre ans c'est long, surtout lorsqu'on a du mal à s'assoir.

Personnellement, comme Daniel Cohn-Bendit et Jean-Marie Le Pen (mes idoles depuis toujours), je me réjouis de ce qui arrive à Roman Polanski ou à Romeo Montecchi.
Leur immoralité me révolte.
Et leur stupidité m'époustoufle.
Comment peut-on être crétin au point de commettre un crime?
Alors qu'à deux pas de chez eux, ils pouvaient en toute innocence assouvir leurs désirs.
Mais tel est le maniaque sexuel : c'est un être impulsif, il ne réfléchit pas.
Prenez le cas de Roméo, par exemple : un petit tour à Rome s'imposait.
Ce n'est pas vraiment loin de Vérone, il y a des bus pas trop chers qui s'arrêtent justement derrière la place St-Pierre.
l'Etat du Vatican est bien connu pour la licence de ses moeurs : la majorité sexuelle y est à 12 ans.
Sauter Juliette n'y constituait pas même un délit.
Peut-être un petit péché d'adultère, mais particulièrement véniel, puisqu'aucun des deux protagonistes ne bafouait le sacrement du mariage.
Roméo s'en tirait avec deux pater et trois ave en confession, c'est toujours mieux qu'un an de ballon.

Vous me direz, Rome, c'est un peu loin de Beverly Hills. Pour Roman, ce n'était pas pratique.
Certes, mais il pouvait aller en week-end au Mexique, juste à côté de Los Angeles : presque partout (c'est un état fédéral), la majorité sexuelle est à 12 ans.
Comme au Chili, à Malte, aux Pays-Bas, en Argentine, etc..., ce ne sont pas les pays qui manquent.
Ou alors l'Espagne, 13 ans, ça pouvait encore le faire (à 13 balais, il y a aussi le Guyana ou la Corée du Sud qui bénéficient d'une bonne infrastructure hôtelière).
Dans l'Union Européenne, il faut bien étudier la question : il y a du 12, du 13 ans à portée de TGV, mais la limite est à 14 en Allemagne, Autriche, Estonie, Hongrie, Italie, Portugal, Roumanie, Slovénie, 15 en France, Tchéquie, Danemark, Grèce, Pologne, Slovaquie, Suède, 16 en Belgique, Finlande, Lettonie, Lithuanie, Luxembourg, Royaume-Uni, et 17 en l'Irlande.
Dublin, c'est pas la peine : autant attendre un an de plus à L.A, en prenant des douches froides.

Comme vous voyez, Roman et Roméo n'ont pas inventé l'eau tiède.
Il y a de surcroit beaucoup de perversité à commettre un acte précisément là où il est considéré comme un crime, plutôt que de l'accomplir là où il est parfaitement légal.
C'est comme aller se balader en bikini à Téhéran plutôt qu'à Malibu ou sur la Promenade des Anglais : de la provocation pure et simple.

Marie-Geoges Buffet, qui n'aimerait faire de la peine ni à Dany ni à Jean-Marie, ni à Luc Chatel (c'est des hypersensibles, un rien les chagrine), a discrètement soutenu ces derniers dans leur croisade pour envoyer en taule le pervers Polanski.
Oh, certes pas par méchanceté (la méchanceté, ce n'est pas le genre à Marie-Georges, elle, c'est plutôt le stalinisme), mais par souci de protéger l'enfance (en Californie, si j'ai bien compris, vu qu'en France, le violeur (selon Dany) pédophile (selon Jean-Marie) n'est accusé de rien).
Je suppose que si Luc, Dany, Marie-Georges et les autres se montrent aussi sévères, c'est parce qu'en France aussi l'acte qu'on reproche à Polanski est un délit.
Il ne s'agit pas chez eux d'un délire répressif, mais d'une forme de patriotisme, la croyance en l'universalité de la législation française : ce qui est bon pour nous l'est pour la terre entière (The Whole World, in original contemporary french).
D'ailleurs, je n'ai point ouï qu'en Espagne ou aux Pays-Bas, on milite en faveur d'une extradition par la Suisse du cinéaste incarcéré.
Et c'est bien naturel.
Chacun voit midi à sa porte, et règle ses actes selon les lois en vigueur de son pays.

Faut-il préciser à Jean-Marie, Marie-Georges, Luc, Dany et leurs copains qu'en France, les crimes sexuels sur mineurs sont prescrits 10 ans après que la victime ait atteint sa majorité, c'est-à-dire, en l'occurrence, depuis un quart de siècle?
(Cela n'a rien à voir avec une indulgence coupable à l'égard des malfaiteurs qu'on n'a pas autrefois arrêté : c'est en vertu du principe selon lequel la punition d'un crime ne doit pas causer plus de désordre qu'elle n'en répare, et le cas de Polanski, dont pas même la présumée victime ne demande le châtiment, en est un exemple parfait).

Ou bien faut-il croire que cette bande vertueuse de Pères Fouettard et de Mères La Pudeur se fout absolument de notre droit, de ses principes, et de notre code pénal?
Et n'a d'autre souci que d'hurler avec les loups pour se faire resplendir le corps électoral.
Au prix, s'il le faut, de la liberté d'un homme.

jeudi 24 septembre 2009

L'article 66 de la Constitution


« Nul ne peut être arbitrairement détenu.

L'autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi. »
Article 66 de la Constitution du 4 octobre 1958

Le Comité pour l’Abrogation des Lois Antiterroristes - CALAS

Depuis 1986, date où la législation antiterroriste a été instaurée en France, un empilement de lois successives a construit un système pénal d’exception qui renoue avec les lois scélérates du XIXe siècle et rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire. L’accusation d’ « association de malfaiteurs en vue de commettre une infraction terroriste », inscrite au Code pénal en 1996, est la clef de voûte du nouveau régime. Or, ses contours sont particulièrement flous : il suffit de deux personnes pour constituer un « groupe terroriste » et il suffit d’un acte préparatoire pour que l’infraction soit caractérisée. Cet acte préparatoire n’est pas défini dans la loi, il peut s’agir du simple fait d’entreposer des tracts chez soi. Surtout, n’importe quel type de relation - même ténue ou lointaine, voire amoureuse ou amicale - avec l’un des membres constituant le « groupe » suffit pour être impliqué à son tour. C’est pourquoi, sur dix personnes incarcérées pour des infractions « en rapport avec le terrorisme », neuf le sont sous cette qualification.

De l’aveu même de ses promoteurs, ce droit spécial répond à un objectif de prévention. À la différence du droit commun qui incrimine des actes, la pratique antiterroriste se satisfait d’intentions, voire de simples relations. Suivant le juge Bruguière, cité par Human Rights Watch, « la particularité de la loi est qu’elle nous permet de poursuivre des personnes impliquées dans une activité terroriste sans avoir à établir un lien entre cette activité et un projet terroriste précis ». C’est dans cette perspective qu’on a vu la possession de certains livres devenir un élément à charge, car ils constitueraient des indices sur des opinions ; et de l’opinion à l’intention, il n’y a qu’un pas. A ce flou de la loi pénale, s’associe une procédure d’une extrême brutalité. Il suffit que le parquet choisisse de manière discrétionnaire d’ouvrir une enquête sur une qualification terroriste pour que la police reçoive des pouvoirs d’investigation exorbitants : perquisitions de nuit, « sonorisation » des domiciles, écoutes téléphoniques et interception de courriers sur tous supports… De son côté, le délai de garde à vue - période qui précède la présentation à un juge - passe de quarante-huit heures en droit commun à quatre-vingt-seize heures, voire cent-quarante-quatre, dans la procédure antiterroriste. La personne gardée à vue doit attendre la 72e heure pour voir un avocat - l’entretien est limité à trente minutes et l’avocat n’a pas eu accès au dossier. A la suite de cette garde à vue, en attendant un éventuel procès, le présumé innocent pourra passer jusqu’à quatre ans en détention provisoire.

Par ailleurs, la loi centralise à Paris le traitement des affaires « terroristes », confiées à une section du parquet et à une équipe de juges d’instruction spécialisés qui travaillent en relation étroite avec les services de renseignement. Des cours d’assises spéciales ont également été instaurées, où les jurés populaires sont remplacés par des magistrats professionnels. Un véritable système parallèle est ainsi mis en place avec juges d’instruction, procureurs, juges des libertés et de la détention, cours d’assises et bientôt présidents de cours d’assises, juges d’application des peines, tous estampillés antiterroristes.

L’application de plus en plus large des procédures antiterroristes à des affaires d’État montre que l’antiterrorisme est désormais une technique de gouvernement, un moyen de contrôle des populations. En outre - et c’est peut-être le point le plus grave - cette justice exorbitante contamine le droit commun : la législation antiterroriste a servi de modèle dans d’autres domaines pour généraliser la notion de « bande organisée », étendre les pouvoirs des services d’investigation et centraliser le traitement de certaines instructions.

La Convention européenne des droits de l’homme et le Pacte des Nations Unies sur les droits civils et politiques, tous deux ratifiés par la France, garantissent qu’une sanction pénale soit fondée sur une incrimination intelligible la rendant prévisible. En outre, ces textes donnent à chacun le droit d’organiser équitablement sa défense - ce qui passe par la prompte intervention d’un avocat ayant accès au dossier. La procédure, « sœur jumelle de la liberté », doit être contrôlée par un tiers impartial, ce qui est impossible avec une filière spécialisée fonctionnant en vase clos, dans une logique de combat idéologique incompatible avec la sérénité de la justice.

Il est illusoire de demander que ce régime procédural soit appliqué de façon moins large et moins brutale : il est précisément conçu pour être appliqué comme il l’est. C’est pourquoi nous demandons que les lois antiterroristes soient purement et simplement abrogées et que la France respecte en la matière la lettre et l’esprit de la Convention européenne des droits de l’homme et du Pacte des Nations Unies sur les droits civils et politiques. Nous invitons tous ceux qui se préoccupent de libertés à se joindre à notre campagne en ce sens.

Le Comité pour l’Abrogation des Lois Antiterroristes - CALAS - : Giorgio Agamben, Esther Benbassa, Luc Boltanski, Saïd Bouamama, Antoine Comte, Eric Hazan, Gilles Manceron, Karine Parrot, Carlo Santulli, Agnès Tricoire.

Avec les signatures de : Alain Badiou, philosophe ; Etienne Balibar, philosophe ; Jean-Christophe Bailly, écrivain ; Daniel Bensaïd, philosophe ; Alima Boumedienne, sénatrice ;Rony Brauman, ancien président de Médecins Sans Frontières et enseignant ; Raymond Depardon, photographe et cinéaste ; Pascal Casanova, critique littéraire ; Jean-Marie Gleize, poète ; Nicolas Klotz, réalisateur ; François Maspero, écrivain ; Emmanuelle Perreux, présidente du syndicat de la magistrature ; Jacques Rancière, philosophe ; Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme ; Slavoj Zizek, philosophe.

Pour signer la pétition : http://calas-fr.net/

lundi 21 septembre 2009

Jeanne d'Arc et Adolf


Je me suis remis à la télé, dans la mesure de mes modestes moyens.
(Je n'en ai pas, je remplace par Zemmour et Naulleau, en tranches, sur Daily Motion.)
Cette année, ça démarre doucement, on les sent usés, polis par les vicissitudes.
Naulleau essaie de ne pas trop froisser les invités, ça ne lui réussit pas du tout.
On remarque maintenant son goût du bel écrit et, personnellement, je trouve ça mauvais goût.
Zemmour ne m'amuse pas beaucoup non plus, son marxisme d'extrême-droite commence à dater.
Il ressasse.
Son cas est cependant moins désespéré.
Il a de l'instinct, son esprit vif reste aux aguets.
Il a le flair pour reconnaître, même cachée sous des dehors anodins et folkloriques, la moindre facho-nazi.
Alors il se jette dessus, il s'en empare, il ne la quitte plus, c'est plus fort que lui, il faut qu'il y adhère.

La dernière fois, c'était à la rentrée, pendant la promo du livre de Lorant Deutsch, Métronome.
Il a failli se battre avec Ruquier qui voulait lui piquer le morceau.
Mais il a eu le dessus, et pu crier son enthousiasme.
Métronome est un bouquin sur Paris, 100 km2, 2 millions d'habitants, 2 000 ans d'histoire, je ne vais pas vous le raconter, de toutes façons je ne l'ai pas lu (et je ne le lirai probablement jamais).
Dedans, on y parle de Jeanne d'Arc.
Vous me direz, le rapport entre Paris et Jeanne d'Arc, qui n'y a jamais foutu les pieds, et pour cause, à son époque la capitale était acquise à la cause anglaise?
C'est là que Lorant Deutsch est fort : il l'y fait naître.
Pour faire d'elle une fille de France.
Pas de France le pays.
De France la famille.
Une Capet, si vous préférez.
C'est le passage du livre sur lequel Zemmour avait gravement flashé.
Je vous résume l'affaire (j'ai pas lu ce livre, mais j'ai lu celui d'où est tirée l'histoire).
Isabeau de Bavière (queen of chez nous à l'époque) s'était envoyée en l'air avec le frangin de son mari (the king, donc), Louis d'Orléans (ainsi se nommait le beauf).
Cette relation coupable eut un fruit : Jeanne.
Vous imaginez sans peine l'embarras dans lequel se trouvaient les amants incestueux.
Ils planquèrent la petite aussi loin de Paname qu'ils le pouvaient, en Lorraine, à Domrémy précisément, chez les D'Arc.
D'où le nom sous lequel Hollywood l'a connue, Joan of Arc.
Alors qu'en réalité, elle s'appelait de Valois.
Parvenue à l'age adulte, la délicieuse enfant n'eut rien de plus pressé que d'aller secourir son demi-frère, le Dauphin, présentement dans les ennuis, à Bourges.
Ce dernier, rapidement mis au parfum des liens de parenté qui l'unissaient à elle, l'aurait accueillie à bras ouverts.
Vous connaissez la suite, Orléans, Reims (pour le sacre), et Rouen (pour la grillade (de Cauchon)).
Et vous voyez sans doute tout l'intérêt que présente cette thèse audacieuse.
La France n'avait pas été sauvée par une fille du peuple, comme dans l'Humanité-Dimanche, mais par une princesse de sang royal, comme dans Point de Vue et Images du Monde.
Tant il est vrai qu'un pays n'est rien sans la race géniale de ses conducators.
Les yeux de Zemmour en pétillaient d'émotion.

Comme je vous l'ai dit, l'hypothèse d'une Jeanne d'Arc d'excellente famille, n'est pas une trouvaille de Lorant Deutsch.
Depuis longtemps on racontait qu'en fait elle n'avait pas brûlé, s'était mariée et avait fini dans la peau d'une baronne quelconque.
Elle ne prit du grade qu'avec Jean Jacoby et son livre, Le Secret de Jeanne d'Arc, Pucelle d'Orléans (paru en 1932 au Mercure de France).
Il obtint un succès considérable, et deux ou trois imitateurs s'emparèrent eux aussi du sujet.
L'autre impérissable succès de Jacoby parut en janvier 41.
Il s'intitulait Mil neuf cent quarante, et là je voudrais lâcher Eric pour m'intéresser à Bob.
Car Jacoby, c'est l'anti-Faurisson par excellence.
On se souvient que Robert (Bob) Faurisson, apôtre et martyr de l'inexistance des chambres à gaz, est aussi l'auteur de la proposition logique suivante : pas de chambre à gaz, pas d'holocauste.
Et bien, dans les tout premiers mois du pétainisme, on n'en était pas si sûr.
Jacoby aimait beaucoup le Maréchal (qui était un peu comme une deuxième Jeanne d'Arc) :
"Il me parait ainsi que la création d'un statut spécial pour les Juifs est une bonne solution, mais une solution provisoire." (p 153)
Car, en effet, qu'en faire?
"si les lois d'excetion se réduisaient à isoler complètement le Juif (...), ces lois ne seraient, en somme, qu'une condamnation à mort." (p 154)
Comme tu vois Bob, même sans chambre à gaz, il y en avait qui pensaient qu'on filait droit à l'Holocauste.
Je sais, tu prétends que jamais les nazis n'avaient songé à éliminer physiquement les juifs.
Les nazis, je ne sais pas (je ne lis pas l'allemand).
Mais Jacoby, si.
Il avait pensé à une solution qui ne serait pas provisoire :
"Les enfants mâles israélites subissant déjà une opération, établie par la religion - la circoncision. Il serait très facile de compléter cette opération par celle de la stérilisation." (p 153)
ça a l'air presque gentil, dit comme ça, mais attends la suite :
"dans un demi-siècle, le Juif deviendrait une rareté comme les aurochs des réserves américaines et avant un siècle la race d'Israel disparaitrait du monde." (p 154)
C'est malheureux à dire, mais les aurochs en question ne sont rien d'autre que les bisons, dont Buffalo Bill fit un si grand carnage, et dont la race fut anéantie parce qu'elle gênait le développement des USA.
Bon, Bob, je te laisse réfléchir à tout ça, je vais voir Eric.
Eric, je ne sais pas si tu as tout suivi, mais je te donne un conseil : méfie-toi de tes enthousiasmes.
Même quand tu crois qu'il s'agit de conneries sans importance, tu tombes toujours mal.
Je sais, tu n'y peux rien, c'est d'instinct.
Et bien, méfie-toi de ton instinct, essaie de le corriger, n'écoute plus Wagner, ne lis plus Maurras, n'écris plus au Figaro.
Deutsch, calme-toi, tout va bien, je ne ferai aucune vanne sur ton pseudo.

mercredi 16 septembre 2009

Le Désert


On pouvait lire cette semaine dans Corse-Matin, cette info, dont la presse nationale ne s'est pas faite l'écho :


Parti d'un lieu pour le moins inhabituel, un nouveau chèque est parvenu hier matin à notre agence d'Ajaccio dans le cadre de la souscription lancée par Corse-Matin et Frequenza Mora au profit des sinistrés des incendies de cet été. Il était accompagné d'une lettre signée du directeur de la maison d'arrêt de Fresnes, expliquant que des détenus de cet établissement pénitentiaire avaient souhaité s'associer à notre opération et que ce chèque résultait de la collecte qu'ils avaient organisée.

Intégralement rédigé en langue corse, un message relatif à ce don nous parvenait simultanément sur du papier à lettre à l'en-tête suivant : « Yvan Colonna, patriottu corsu cundannatu a tortu a a prighjo a vita » (1). Un libellé suivi du slogan « Resistenza sempre et piu ca mai » (2) ainsi que de cette citation de Pasquale Paoli : « A vita mea un sara stata chè un ghjuramentu senza rifiatu, pè a Libertà » (3).


1) Patriote corse condamné à tort à la prison à vie.

(2) Résistance toujours et plus que jamais.

(3) Ma vie n'aura été qu'un engagement sans répit pour la liberté.


Perso, j'aurais dirigé un journal, ça m'aurait intéressé : ce n'est quand même pas ordinaire, une collecte organisée parmi les prisonniers en faveur de ceux qui souffrent dehors.

Je trouve ça grandiose : Sinistrés de cet été,

ne vous croyez pas abandonnés,

il y a en France des gens qui pensent à vous

(et ils sont à peu près tous en taule).

Grandiose, avec un petit côté fun, naturellement.

Franchement, ça méritait un papier.

D'ailleurs, c'était plein d'enseignements.

Par exemple, il y a un ou deux ans, tous les journaux avaient annoncé qu'on allait transférer dans une prison corse les prisonniers politiques corses, afin de faciliter les visites au parloir des familles.

C'était l'occasion ou jamais de dire qu'en fait, heu... non, pas vraiment, apparemment il y en a à Fresnes, et suffisamment nombreux pour organiser des collectes conséquentes.

Franchement, la presse aurait pu en profiter pour publier un petit erratum.

Au lieu de ça, rien du tout.


On en apprenait aussi un peu plus sur Yvan Colonna.

Le mec, manifestement, se tient droit.

Il n'est pas du genre à s'apitoyer sur son sort.

A peine s'il ne dit pas qu'il y en a de plus malheureux que lui.

Il ne se pose pas en victime, il ne pleure pas qu'il est innocent.

Il se pose en juge : on l'a "condamné à tort".

Et le reste, au fond, ne nous regarde pas.

On sent que c'est pas le gars qui nous vendrait des salades.

S'il le dit, c'est que c'est vrai : il n'a pas tué le préfet Erignac.

Voilà l'effet qu'il me fait.

Je ne dois pas être le seul.

Et ça tombe bien, son affaire n'est pas vraiment terminée, elle est examinée par la Cour de cassation.

Elle reste donc un cas à suivre, qui rejaillira dans l'actualité.


Bref, pour toutes ces raisons, l'info de Corse-Matin méritait bien un petit entrefilet dans la presse nationale.

Au lieu de ça, rien.

Nib.

Walou, As Sahara, le désert.

Ce n'est pas que le sujet n'intéresse personne.

C'est au contraire.

Justement parce que tout le monde se souvient de la condamnation de Colonna,

et qu'une majorité de gens l'ont trouvée scandaleuse,

les journaux ne veulent plus du tout l'évoquer.

On a déjà bien assez de mal à l'oublier.

Moi, par exemple, chaque fois que j'y pense, ça m'énerve.

Et quand on s'énerve, on dort mal.

La presse le sait, elle fait attention.

Elle n'est tout de même pas là pour troubler le sommeil des Français.


Pour ceux qui aiment passer des nuits blanches, je rappelle qu'ils peuvent toujours lire "L'Affaire Colonna, Une Bataille De Presse", écrit par votre serviteur, et qui vient de sortir.

La presse n'en parle pas.

Peut-être est-ce parce qu'il s'agit d'un mauvais livre.

Peut-être est-ce parce qu'il est excellent.

Avec elle, sur ce sujet, on ne peut pas savoir.

mardi 8 septembre 2009

Alerte à la grippe A


Je sens poindre la catastrophe sécuritaire.
A peine les classes ont-elles repris que dix d'entre elles ont fermé leurs portes pour cause de grippe A.
Aucun cas avéré, je vous rassure.
Il s'agissait d'une simple précaution.
Des migraines inquiétantes (à la vue, peut-être de la première dictée).
Des diarrhées suspectes (au reçu, sans doute, des premières notes).
Et ce n'est qu'un début.
Pour l'instant, il fait beau, attendons les bronchites (la grippe A, parait-il, attaque les poumons).
Je connais bien mes collègues du primaire et de la maternelle.
Il y en a, en gros, de deux sortes : les maniaques du B.O. (Bulletin Officiel), et les épuisés de naissance.
D'ordinaire, ces deux catégories de fonctionnaires s'affrontent et se haïssent.
Grâce à leur permanente guerre civile, le système éducatif, qui devrait ne plus fonctionner du tout depuis des décennies, a perduré jusqu'à nos jours.
L'inertie des uns paralysait l'activisme suicidaire des autres, et la menace policière de ces derniers aiguillonnait sur les voies arides du devoir la fatigue dépressive des premiers.
On va cette fois-ci les retrouver tous unis pour fermer les écoles au premier éternuement, les uns par respect des consignes de sécurité, les autres pour réaliser un rêve caressé depuis toujours.
Par ailleurs, il y a les enfants.
Vous avez sans doute remarqué qu'ils tueraient père et mère pour ne pas suivre les cours.
Quand l'un se met à tousser en classe, par exemple, tous les autres l'imitent, à s'en rendre malades.
Ils ne le font pas dans une mauvaise intention : ils tentent simplement de saboter, dans la modeste mesure de leurs moyens, l'activité de leur garde-chiourne.
Mais enfin, le résultat est là : en fin de journée, la bronchite de départ se retrouve accompagnée de 26 trachéites.
Et le lendemain, l'administration déplore une demi-douzaine d'absences supplémentaires, dûment autorisées par autant de certificats médicaux alarmants.
Je ne donne pas cher du réseau éducatif de notre pays cet hiver, si tous ses acteurs, enseignants, élèves, parents d'élèves, s'unissent pour le paralyser.
En revanche (car il n'y a pas que des mauvaises nouvelles), il n'y aura pas de grève cette année.
La grippe, de toutes façons, en tiendra lieu pour les plus excités.
Car nous serons, comme l'année dernière, en année électorale.
Des défilés, oui, la chienlit, non : elle affole les électeurs.
La gauche s'y opposera résolument.
Et avec elle, selon une tradition solidement établie, les syndicats de partageux dont le coeur bat pour pour le PS ou le PC.
Vous me direz, ces élections sont loin, elles n'ont lieu qu'aux beaux jours, ils nous reste l'hiver.
En pleine épidémie de grippe A?
Vous voulez rire.
D'ailleurs, le gouvernement a pensé à tout.
Luc Chatel a ouvert de grandes discussions sur je ne sais plus trop quoi, auxquelles sont conviés les syndicats sus-nommés.
ça les occupera, en attendant le dégel.
Et pour bien les accrocher au dialogue et à la compréhension mutuelle, il s'est fendu d'une déclaration affirmant que la profession n'était pas assez payée.
Les organisations de salariés sont bien obligées d'en tenir compte.
Dans le cas contraire, on le leur reprocherait.
C'était une annonce bien plus saine, économiquement parlant, qu'une autre où il aurait informé d'une augmentation de salaire.
Elle coûte moins cher, et elle fait quand même plaisir.
Certes, elle ne transporte pas aux nues.
Mais elle promet de longues et difficiles discussions avec les syndicats, qui dureront bien jusqu'à la débâcle (oui, la débâcle a lieu quand ça dégèle), au printemps.

lundi 31 août 2009

Dreyfus et Colonna (bis)


Aujourd'hui et demain arrive en librairie un livre particulièrement cher à mon coeur : le mien.
Il s'intitule "L'affaire Colonna", "Une bataille de presse".
Il raconte comment la presse nationale a rendu compte du procès en appel d'Yvan Colonna.
Il montre qu'en l'occurrence c'est la presse liée au PS, Libé, le Nouvel Obs, etc..., qui s'est faite la championne de la raison d'Etat, la défenderesse des polices, et la laudatrice des tribunaux spéciaux; tandis qu'à droite, on était plutôt scandalisé des manquements au droit, à la justice, et au respect des principes démocratiques que ce procès révélait.
Je ne vous la cache pas : on m'a dit qu'il y avait peu de chances, dans ces conditions, qu'on promeuve beaucoup ce livre dans les journaux.
Alors, autant que je la fasse moi-même.
N'y voyez pas un acharnement narcissique.
J'ai écrit ce bouquin pour contribuer à ce qu'on n'oublie pas Yvan Colonna au fond de son trou.
Ce n'est pas maintenant que je vais lâcher le morceau.
En voici un petit passage qui peut se lire à part :

Dreyfus et Colonna

Lorsque Me Pascal Garbarini, avocat de Colonna, avait qualifié ce dernier de "Dreyfus corse", François Hollande avait déclaré sur RTL : Cette comparaison me choque. Dreyfus a été condamné par une parodie de justice, un déni de justice, il a été victime d'un complot contre la vérité.(...) Cette comparaison est moralement inacceptable et politiquement intenable.

Le rappel au moralement et au politiquement corrects pour interdire toute comparaison s'imposait, car, en vérité, les ressemblances étaient frappantes.

Les deux condamnés étaient passés devant des tribunaux d'exception dont le jury était composé de magistrats, à la fois juges et jurés : militaires pour le capitaine Dreyfus, civils pour le berger Colonna. Leur culpabilité avait été affirmée en public, et avant tout jugement par des membres du gouvernement. Pour le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, Yvan Colonna avait été l'assassin. Pour celui de la Guerre, le général Mercier, Alfred Dreyfus était un espion.

Arthur Meyer, dans Le Gaulois, posa à l'époque cette question : " Quelle liberté restera-t-il au Conseil de Guerre appelé à juger ce prévenu ?" On se fit la même réflexion tout au long des deux procès Colonna : quelle liberté restait-il à la Cour d'Assises Spéciale, maintenant que Nicolas Sarkozy était devenu chef de l'État ?

Les condamnations de Dreyfus et Colonna n'avaient d'abord scandalisé personne. La presse n'y avait pas vu grand-chose à redire. Jean-Pierre Chevènement s'en était félicité. Jean-Jaurès s'était écrié à la Chambre : "... pourquoi laisser ce misérable traître en vie ?"

On avait condamné Dreyfus sur la foi d'expertises graphologiques contestables, et de témoignages émanant de l'armée. Pour Colonna, on s'était contenté de ceux de la police. Les expertises quant à elles lui étaient favorables, ainsi que tous les autres témoignages.

Dans les deux cas, un autre suspect s'était dénoncé du crime dont on les accusait. Alessandri, après avoir été condamné comme coauteur de l'assassinat, avait déclaré être le tireur. Esterhazy, après avoir été acquitté à l'unanimité d'avoir écrit le bordereau, avait confié à la presse qu'il en était l'auteur. On ne voulut croire ni le premier ni le second, et c'était pour le même motif : il s'agissait d'aveux gratuits.

Les aveux tardifs d'Esterhazy étaient sans conséquence pour lui, puisqu'on ne revient pas sur la chose jugée. Ils parurent suspects : en toute logique, cet espion aurait dû continuer à se prétendre innocent. Or il venait s'accuser d'avoir commis l'acte pour lequel on avait envoyé Dreyfus au bagne. S'il tenait tant à le sauver, c'est qu'il était son complice et, en réalité, son subordonné. Il sacrifiait sa réputation pour protéger son chef.

C'est ainsi que les anti-dreyfusards retournèrent en preuve de culpabilité l'aveu d'Esterhazy innocentant Dreyfus. De la même façon, les partisans de l'ordre avaient retourné l'aveu d'Alessandri : il ne risquait plus grand-chose, puisqu'il avait été déjà condamné à la plus lourde peine, à tenter de sauver la star du groupe. C'était bien la preuve de la place éminente qu'avait eue Colonna au sein du commando.

Les condamnations de Dreyfus et Colonna reposaient avant tout sur la conviction des enquêteurs. On en vint, dans les deux cas, à douter de ces derniers. À l'origine de la culpabilité de Dreyfus, il y avait eu le colonel Henry, et à celle de Colonna, le commandant Lebbos. Tous deux furent convaincus d'avoir fabriqué des faux durant l'enquête, et l'on s'aperçut un peu tard qu'il s'agissait de menteurs sans scrupule.

À un siècle de distance, le commandant Picquart pour Dreyfus, le commissaire Vinolas pour Colonna, tentèrent d'explorer d'autres pistes que celle de la culpabilité de l'accusé. Picquart s'occupa d'Esterhzy, Vinolas des membres du commando jamais inquiétés. Tous deux furent amplement moqués et diffamés, et se trouvèrent en butte à l'hostilité de leur hiérarchie. Leurs suppositions furent écartées par la justice.

Si Colonna fut condamné sur la base d'aveux anciens démentis à la barre, la condamnation de Dreyfus fut justifiée par des aveux qu'il aurait fait hors tribunal, au capitaine Lebrun-Renault, et qui sont entrés dans l'Histoire sous le nom de "légende des aveux".

Les juges qui avaient condamné Colonna n'avaient pu le faire sur ce qu'on avait vu pendant le procès. Celui-ci n'avait absolument pas démontré la culpabilité de l'accusé. On a parfois supposé qu'ils disposaient d'informations confidentielles, de nature à établir une conviction si contraire au déroulement des débats. Les juges qui condamnèrent Dreyfus avaient eu à leur disposition un dossier des services secrets dont on ignore encore le contenu. Ce qu'on en connaît par des révélations qu'en fit le général Mercier, ne prouvait pas la culpabilité du capitaine, mais, faute d'être contredit, il aida à en établir la conviction. Le président du Conseil de Guerre, Maurel, devait déclarer au second procès Dreyfus, qu'un seul de ces documents du dossier secret lui "fut suffisant". Il est établi aujourd'hui que la pièce principale de ce dossier, une lettre de l'attaché militaire de l'ambassade d'Allemagne, qui contenait l'expression "canaille de D...", ne concernait pas Dreyfus.

La particularité de l'Affaire Dreyfus fut de se dérouler en pleine vague d'antisémitisme. Depuis la publication de "La France Juive" de Drumont, en 1885, neuf ans avant le début de l'Affaire, celui-ci déferlait. En 1892, il eut son journal, "La Libre Parole" qui, le premier, signala qu'un juif était soupçonné d'espionnage. Tout au long de l'Affaire, ce même journal servit pour preuves de culpabilité les poncifs les plus lamentables de l'antisémitisme : le mensonge juif, la solidarité juive, la trahison juive, et l'absence de sentiment national français.

Un même argumentaire fut employé durant le procès en appel d'Yvan Colonna. Faute de preuve, et pour expliquer qu'aucun témoignage n'accablait l'accusé, on parla d'omerta corse, de mafia corse, de solidarité corse et de clan Colonna. Cette variante à l'usage des Corses de la xénophobie n'a pas la même portée politique que l'antisémitisme, mais elle en a eu la même fonction. Elle servit d'ultima ratio à ceux qui, dans leur désir de faire condamner un homme, ne trouvait plus la raison dans leur camp. Elle ne suscita pas beaucoup d'indignation en France, sauf en Corse, naturellement, et parmi la famille Colonna ainsi traitée d'organisation mafieuse.

La différence entre les Affaires Dreyfus et Colonna n'est pas dans l'iniquité dont les accusés furent victimes. À quelque chose près ce fut le même, et l'ironie de l'histoire veut qu'il y ait eu des ressemblances jusque dans les détails de ces affaires.

La différence réside dans l'indignation que cette iniquité provoqua. Il n'y eut pour Colonna que quelques journalistes et une opinion publique que les principales personnalités politiques du pays et les intellectuels les plus connus ignorèrent souverainement. Autre temps, autres moeurs, la cause de Dreyfus avait été largement défendue. Il est inutile ici d'évoquer Zola, qui fit de la prison pour elle, ni Clémenceau, Jaurès, ou Péguy, mais le leader de l'extrême-droite bonapartiste, l'antisémite Paul de Cassagnac, demandait dès 1896 la révision du procès : Par cela même que le châtiment encouru est plus effroyable, plus mérité et n'entraîne aucune compassion, il ne faudrait pas (...) qu'un doute subsistât, doute horrible, épouvantable, et qui autorise à se demander parfois, avec terreur, si réellement, si effectivement, et malgré toutes les précautions dont on s'est entouré, malgré l'honneur et le patriotisme des juges, il n'y a pas là-bas, à l'île du Diable, quelqu'un qui agonise dans un supplice moral surhumain et qui serait innocent ! Ce doute à lui seul est une chose effrayante.

Pour l'instant, il n'a pas effrayé grand monde parmi les partisans de l'ordre au XXIe siècle, au premier rang desquels il faut désormais compter ceux qui se réclament encore de Jaurès, de Zola, de la tradition républicaine, et de tous les combats pour la justice et les droits humains : les Socialistes. Voici pourquoi, après quatre ans d'emprisonnement, la condamnation d'Yvan Colonna fut confirmée, alors qu'après le même temps de relégation en Guyane, Alfred Dreyfus recouvrait la liberté. Il avait bénéficié de larges soutiens dans la classe politique, et particulièrement celui d'une gauche qui, aujourd'hui, préfère se porter au secours de la raison d'Etat.


lundi 27 juillet 2009

En août, j'ai à faire


Je vous revois à la fin du mois.

lundi 20 juillet 2009

Tracfin Is Watching You


J'ai un peu raté l'affaire Julien Dray, à cause de mes trois mois d'absence, mais il n'est jamais trop tard pour bien faire.
Comme tu sais, Tracfin (les feuks de la finance) a soupçonné le replet dirigeant socialiste de s'être gavé aux frais de la Fidl (les lycéens) et d'SOS Racisme (pour les plus âgés).
Ces associations lui auraient offert les coûteux produits de l'horlogerie helvétique qui font l'orgueil de sa vêture.
Je n'ai rien contre Julien Dray.
Je reconnais facilement qu'il n'a pas un physique de chippendale, et je comprends tout à fait que l'ostension de breloques onéreuses puisse le consoler des injures que lui a faites la nature.
Il n'est pas le seul dans ce cas.
L'exemple vient de haut.
D'ailleurs, rien ne prouve qu'on ait acheté ces petits bijoux avec les subventions reçues par la Fidl et SOS Racisme; et de toutes façons, je préfère que mes impôts servent à faire plaisir, plutôt qu'à abrutir la jeunesse, ou à détourner vers des problèmes sociétaux l'attention que mérite la lutte des classes.
Non, dans l'affaire Tracfin-Julien Dray, c'est Tracfin qui m'intéresse.

Tracfin (ou, si vous préférez, Traitement du Renseignement et Action contre les Circuits FINanciers clandestins) est un organisme gouvernemental dépendant des ministres de l'Economie et du Budget (en l'occurrence, Christine Lagarde et Eric Woerth).
C'est le pendant financier de la DNAT (Direction Nationale Anti Terroriste, célèbre pour avoir arrêté Julien Coupat) et de la Cour d'Assises Spéciale (qu'il est inutile de présenter depuis l'affaire Colonna).
Elle a pour mission principale la lutte contre le blanchiment des capitaux (issus des trafics de stupéfiants) et le financement du terrorisme.
On a depuis précisé que cela concerne la fraude aux intérêts financiers des communautés européennes, le crime organisé, et le produit de la corruption.
Tracfin n'enquête pas vraiment. Sa spécialité, c'est de recueillir des dénonciations.
Depuis mai dernier, celles-ci sont devenues obligatoires (on n'arrête pas le progrès moral).
Les professionnels de la finance, de la comptabilité et du droit sont tenus de les effectuer.
Les investigations plus profondes sont confiées aux soins de l'Office Central pour la Répression de la Grande Délinquance Financière qui est le répondant de Tracfin au ministère de l'Intérieur. Les deux organismes ont été fondés le même jour, le 9 mai 1990, pour traiter ensemble des mêmes questions.
Les missions de l'OCRGDF concernent le blanchiment de fonds, les aspects financiers du crime organisé, les fraudes aux intérêts financiers de l'UE, la répression du financement du terrorisme.

Et, me diras-tu, Julien Dray dans tout ça?
Justement : bien que portant la barbe, il ne ressemble pas à Oussama Ben Laden.
La Fidl n'est probablement pas une antenne d'El Qaida, non plus qu'SOS Racisme le représentant en France du Cartel de Medelin.
A priori, on voit mal en quoi les supposées malversations de Julien constituent une priorité pour Tracfin.
A posteriori, on le comprend vite.
Tracfin, c'est en tout et pour tout 52 fonctionnaires, en comptant le chef, le sous-chef, les sous-fifres, la standardiste et les secrétaires.
L'année dernière, cette vaillante équipe a examiné 14 565 dossiers de dénonciation.
Il est peu probable qu'elle ait eu le temps de s'intéresser à tous, mais elle en a tout de même transmis 359 à la justice.
Pour 2009, Julien Dray fait partie des heureux élus.
Tout comme, il y a deux ans, Denis Gautier-Sauvagnac et L'UIMM avaient décroché le gros lot (bien qu'on n'ait jamais pu prouver les liens du Medef avec la Rote Armee Fraktion).
En réalité, tu l'auras remarqué, les exploits de Tracfin dans le domaine de l'anti-terrorisme et du trafic de stupéfiants sont assez minces.
En 2008, les soupçons à ce propos concernaient une somme totale de 614 000 euros, ce qui est ridicule, et n'ont, semble-t-il, aboutis à rien puisqu'on n'en a pas plus entendu parler.
C'est d'ailleurs bien naturel.
Tant qu'à dénoncer quelqu'un, mieux vaut ne pas choisir un terroriste ou un parrain de la mafia.
Ces gens-là sont atrocement jaloux de leur tranquillité.
Il est tout à fait normal que les dénonciations concernent avant tout des personnes n'ayant rien à voir avec ces dangereuses activités.
Ce qui laisse à Tracfin tout le loisir de s'en occuper, pour le plus grand malheur des dirigeants socialistes ou ceux du patronat entrés en rébellion à l'égard du pouvoir en place.
.
Car, en réalité, Tracfin n'a pas la possibilité de communiquer directement ses dossiers à la justice.
Il lui faut, pour cela, l'aval du ministre de l'Economie : autant dire, par les temps qui courent, celui de Nicolas Sarkozy.
Qui sans doute, n'est pas mis au courant de tout.
Mais dans le cas de Julien Dray, comme autrefois celui de DGS, à tous les coups, si.
Il avait gardé trois ans sous le coude le scandale de l'UIMM, et ne l'avait fait sortir qu'au moment de la fusion UNEDIC-ANPE et de la réforme de la représentativité syndicale, auxquelles cette organisation patronale prétendait s'opposer.
J'ignore à quelle époque son regard fut attiré par les tic-tac bling-bling resplendissant au poignet de son ami Julien.
A mon avis très tôt, car le sujet l'intéresse.
L'affaire ne sort qu'aujourd'hui car, après la faillite de Martine Aubry à la tête du PS, il convient de se remettre à taper sur Ségolène Royal.

Tu me diras que tout cela ne te concerne pas, ils n'ont qu'à se tuer entre eux, y a pas de perte humaine.
Certes.
Mais il y a la méthode.
Tracfin, tu l'as remarqué, est une instance policière, bien qu'implantée au ministère de l'économie.
La loi de mai 2009, qui oblige à effectuer des dénonciations ailleurs qu'en justice, innove : dorénavant, le citoyen ne doit plus seulement rendre des comptes à la justice. Il en doit aussi à la police.
Et pas seulement à propos d'importants personnages, ou de trafiquants louches.
L'obligation de dénoncer concerne toutes les infractions ou fraudes passibles de plus d'un an d'emprisonnement.
Je vais t'expliquer : un bon exemple vaut mieux qu'un long discours.
Suppose que tu vendes sur E-Bay quelques menues horreurs achetées autrefois dans un moment d'égarement.
Et que tu oublies de signaler, dans ta déclaration de revenus, cette petite rentrée d'argent.
C'est cinq ans, le minimum pour fraude fiscale.
Et ainsi de suite.
Tu comprends facilement qu'à peu près tous les habitants de notre beau pays auront un jour leur dossier chez Tracfin.
Qui ne pourra certes pas s'occuper de tout le monde.
Mais qui fera un effort pour les cas les plus intéressants, qui auront reçu l'aval du pouvoir en place.
Tu me diras qu'aucun tribunal ne te condamnerait pour n'avoir pas déclaré la poignée d'euros de ton occasionnelle brocante.
Je te le souhaite, encore que ces temps-ci ils soient de plus en plus sévères.
Mais tu oublies que c'est Tracfin qui s'occupe de toi.
Il n'a besoin d'aucun mandat pour fouiller dans ton compte en banque sans même que tu sois au courant.
La loi l'y autorise, car elle permet à l'anti-terrorisme ce qu'elle interdit habituellement au nom de la défense des libertés individuelles.
Si tu n'as rien à te reprocher, tant mieux pour toi.
Mais si l'on trouve des dons clandestins effectués par ta vieille mère à l'occasion de ton anniversaire, ton cas s'aggrave.

Ainsi va la vie dans un Etat policier.
Il ne met pas tout le monde en prison.
Il ne t'y mettra probablement pas, je te rassure, tu es trop gentil(le) pour ça.
Mais il y met qui il veut.
Il n'a qu'à choisir.
Puisque là où la police a tous les droits, tout le monde est coupable.
Et Julien Dray plus encore que le commun des mortels.

lundi 13 juillet 2009

Coucou!



Je vous avais dit trois mois, au plus.
En fait j'ai fini le bouquin avant, mais j'ai pris des vacances.
Je peux bien vous dire le titre, maintenant, il s'agit de "L'Affaire Colonna".
Je sais, c'est un titre nase, mais je n'ai pas eu le choix.
Mon éditeur (ce cher Jean-Paul, que je salue bien humblement au passage), en voulait un tout de suite, avant même que j'aie commencé à écrire.
Comment vouliez-vous que je refuse quoi que ce soit à mon bienfaiteur?
J'ai choisi un titre, le plus vague possible, pour ne pas trop m'handicaper.
Mais, du coup, on pourrait croire que je connais tout du sujet, que j'ai rencontré des keufs, des journalistes, pris le dur pour Paname, et le navion pour la Corse.
Il n'en est rien.
Jean-Paul m'avait filé 200 euros pour les frais d'enquête.
Je les ai bus.
C'était à peine suffisant pour tenir deux semaines.
J'ai des copains qui connaissent la Corse, ils y retournent d'ailleurs cet été.
Dire qu'ils sont tous dans l'éducation nationale serait les diffamer, mais ils sont tous propriétaires immobiliers.
Le nomadisme est chez eux une seconde nature, un instinct très fort, dû à leur situation particulière.
Dès que coïncident les beaux jours avec les congés payés, ils embarquent les motos dans le ferry, et après ça, easy riders.
Moi, je ne pourrais pas.
J'ai trop peur.
Certes, la Corse n'est pas le Texas.
On n'y tire pas sur le touriste aussi facilement qu'au Far-West.
Mais imaginez un peu la tentation que ça peut être, en voyant passer une horde sauvage de cadres A sur une route départementale.
Personnellement, je ne sais pas si je pourrais résister.
De toutes façons, je n'ai pas un flèche, je voyage en Eurolines (ou Iberbus, ça dépend des fois).
On va partout où vont les autres, sauf dans les îles éloignées.
Les compagnies de bus ne les desservent pas.
Remarquez, on s'en passe très bien.
Sauf, évidemment, s'il faut écrire un livre sur l'affaire Colonna.
Je me suis posé la question, et j'ai failli prendre le bâteau.
Et puis, comme j'ai passé l'age d'être jeté aux requins en qualité de passager clandestin, je n'ai pas insisté.
Je me suis dit que l'enquête, je la ferais aussi bien tanqué au 5ème dans mon appart à Lyon.
Juste en bas, il y a un Lidl, avec une bière qui a été élue meilleure bière vendue en France par Que Choisir.
Avec 200 euros, je pouvais voir venir.
Restait tout de même à cerner le sujet, compte tenu des circonstance.
J'ai choisi la bataille de presse.
C'est le sous-titre.
J'ai tout lu.
J'ai fait des choses dont je ne me serais jamais cru capable, comme de m'abonner au Monde.
C'était pour accéder aux archives.
Ces chiens ne les filent pas gratos.
Pour me désabonner, j'en ai bavé.
Le désabonnement est caché dans un coin, et quand tu l'as trouvé (j'y suis arrivé le deuxième jour), ils t'envoient des flopées de mails pour te demander si t'as bien réfléchi, si tu vas pas plus tard t'en mordre les doigts de les quitter sur un coup de tête.
A en faire des cauchemars la nuit.
Par contre, il faut leur rendre cette justice : pour s'abonner, c'est facile.
La fenêtre s'ouvre avant que tu la demandes, et un clic plus tard t'es maqué à vie.
Vous me direz : mais quelle bataille de presse?
Il n'y a eu aucune bataille de presse, à part Libération qui hurlait à la mort d'Yvan Colonna, tandis qu'ailleurs on s'étonnait un peu des cahots du procès.
Et bien, détrompez-vous.
Il y a eu une presse socialo-communiste, leadershipée en effet par Libé, qui fit tout son possible pour que triomphe la raison d'Etat, tandis qu'une presse de droite dénonçait les atteintes à la démocratie, aux droits de l'homme, aux principes fondamentaux de la justice.
En me rencardant auprès de mes camarades anars, je me suis aperçu qu'ils n'avaient rien remarqué : ils avaient vu qu'Yvan Colonna devait principalement sa condamnation à Nicolas Sarkozy, mais pas que les Socialistes s'étaient révélés, dans cette affaire pourrie, le plus ferme soutien du Chef de l'Etat; tandis qu'à l'UMP et dans l'opinion conservatrice, on était moins convaincu, voire carrément indigné.
Vous voyez donc qu'il y avait matière à faire un livre.
Pour l'instant, c 'est un peu délicat de vous en montrer des extraits : Jean-Paul veut réserver la surprise à ses clients.
Mais dès septembre (le bouquin sort en août), j'en ferai passer ici.

lundi 13 avril 2009

Au Revoir


Cher(e)s camarades,

Vous allez me trouver un peu feignant, mais voici :
J'ai accepté une proposition de job.
Il s'agit d'écrire un petit bouquin dans les trois mois.
(C'est pour une noble cause).
Je trouve que ça fait court.
Je m'y mets tout de suite.
Comme je stresse de ne pas y arriver dans le temps imparti, j'arrête le blog.
Au moins pendant un mois, et peut-être les trois.
Bises à tout le monde, et à bientôt.
gg

samedi 4 avril 2009

Le Salaire des Patrons


Parceque ma Freebox était en panne, j'ai écouté France Infos, pendant des heures, hier.
En prévision de ce post.
Car maintenant que Colonna est retourné en taule et que les syndicats appellent à manifester le Premier Mai (à quand l'appel à la grève pour le quinze août?), il fallait que je me trouve un nouveau sujet.
A la radio, ils faisaient tout un plat du G20.
(Je présume qu'à la télé aussi).
Le monde, presque, était sauvé.
Puisqu'Obama et Nicolas le voulaient.
Ils allaient rajouter aux 5 000 milliards de dollars déjà injectés sans arrêter la crise, les 1 000 milliards qui manquaient pour enfin tout arranger.
Ils allaient sévir (un jour, peut-être) contre les places financières off shore, à l'exception toutefois des îles relevant de la Courronne britannique.
Ils allaient, pour tout dire, casser les valorisations boursières qui ne reposent que sur du vent.
Et à cette excellente nouvelle, d'ailleurs, le CAC 40 fit un bond de presque 6%.

Fallait-il commenter de si flagrands délires?
Une autre croisade, menée par les médias, retint mon attention.
On allait aussi s'attaquer aux salaires des grands patrons.
Bien sûr, je l'avais déjà lu, ici ou là.
Il y a longtemps qu'on en parle.
Mais en audio, ça ne fait pas du tout le même effet.
On y croirait.
(C'est la magie des mass médias).
Au demeurant, je ne voudrais pas passer pour un sceptique sur ce point.
(genre, quoiqu'on fasse, ils se débrouilleront toujours pour étouffer la braise).
En fait, je m'en fous.
Ils peuvent bien gagner la thune qu'ils veulent, avec leurs stock options.
Ce n'est pas moi qu'ils lèsent.
Je n'ai jamais eu d'actions.
Je n'en achèterai jamais, même à vil prix.
Qu'ils les aient gratos ne m'intéresse pas.
Ne me croyez pas cependant insensible aux douleurs de ce monde.
Je conçois tout à fait la colère des malheureux actionnaires qui voient passer en d'autres mains des pans entiers de leur propriété.
Qu'ils avaient acheté avec leur bon argent.
Et que détournent à leur profit quelques douzaines d'individus peu recommandables.
La preuve, ils travaillent.
Et c'est bien là tout le scandale.
Qu'un employé puisse gagner autant que les propriétaires de la société.
Et qu'on puisse, en se levant tous les matins pour aller au bureau, devenir aussi riche que si l'on restait à dormir sur un matelas de titres et de valeurs.

C'est pourquoi France Infos n'avait pas réellement changé de ton, depuis la dernière fois que je l'avais écoutée.
A l'époque, elle en avait après le SMIC, scandaleusement plus élevé que les salaires de Chine.
Et les privilèges exorbitants attachés aux conditions enseignantes ou ferroviaires.
Lesquelles, au total, torpillaient l'économie de notre beau pays.
Cette fois-ci c'est, à l'autre bout de la chaine, les PDG qui trinquent.
Car les temps changent.
Il n'est plus vraiment décent de s'en prendre aux travailleurs pauvres.
Place aux riches.

Et à leurs abus. 
Ce sont les conseils d'administrations qui décident eux-mêmes des émoluments de leurs membres.
Aussi se votent-ils des gratifications qui n'ont strictement rien à voir avec la rigueur salariale qu'ils imposent aux autres.
Ils peuvent d'ailleurs se prévaloir d'un auguste exemple.
Celui du président de la république qui, tout en luttant farouchement pour réduire les salaires réels dans la fonction publique, augmentait le sien de 140%.
Mais enfin, Nicolas vous le dirait mieux que moi, ce n'est pas ce qui ruine l'Etat.
Cela ne représente qu'une infime partie de son budget.
Certes, il ne faudrait pas que tout le monde en fasse autant.
La France serait vite à la rue.
Mais on peut être rassuré : le prézydent veille.
Il nous l'a dit sur tout les tons : nous n'aurons pas un sou.
Et c'est bien pour ça que lui peut se servir.
Vous n'imaginez pas tout ce qu'il fait gagner au Budget à chaque fois qu'il gratte dix euros aux fonctionnaires.
Il est bien naturel qu'il en profite un peu.


C'est la même logique que suivent les patrons.
Leurs émoluments sont une goutte d'eau.
En regard des montagnes de braise qu'ils font gagner aux actionnaires.
D'ailleurs, c'est bien simple.
Ce n'est pas avec de la maille qu'on paye leurs ponts d'or.
Mais avec des actions.
Des stock options.
On en fait des actionnaires.
Et même parfois d'importants actionnaires, tel Ernest-Antoine, que sa cousine voulait traîner en justice; 
pour s'être trop bien servi pendant qu'il dirigeait le groupe familial.
C'est ainsi qu'ils deviennent riches.
Et c'est bien ce qui choque tout le monde.
Il n'est pas normal qu'un employé, si haut placé qu'il fût, en vienne à devenir propriétaire, si modeste qu'il soit.
Et finisse par gagner plus, en étant actionnaire, qu'il ne gagnait autrefois, en restant PDG.
On pouvait supporter de tels désordres lorsque rentrait la thune.
Cela devient choquant pendant les vaches aigres.
On dirait presque du socialisme, appliqué aux rentiers et aux capitalistes..
Et c'est pourquoi les vrais actionnaires, ceux qui sont payés par des entreprises dans lesquelles ils n'ont jamais travaillé et ne travailleront jamais, commencent à se révolter.
Car où règne le socialisme, règne la spoliation.
Ils en sont les premiers conscients.

On vote donc des lois afin, dans certains cas, d'empêcher les patrons de devenir propriétaires.
On voit, dans cette sorte de promotion qu'ils s'octroyaient systématiquement, quelque chose d'illégitime.
C'est un début, je trouve.
J'attends avec impatience qu'on vote une loi abolissant la propriété privée des moyens de production.
Car si, d'évidence; les grands PDG méritent peu les sommes astronomiques qu'ils empochent;
que dirons-nous alors des actionnaires qui, bien souvent, ne connaissent même pas le nom des entreprises dont ils sont co-propriétaires?

samedi 28 mars 2009

Dreyfus et Colonna




Yvan Colonna vient d'être condamné comme autrefois Dreyfus.
A la perpétuité, par un tribunal d'exception.
Mais il y a une différence.
Dreyfus avait fait l'Ecole de Guerre.
Il était capitaine.
Il ne pouvait pas s'étonner qu'un tribunal militaire le juge.
Colonna était éleveur de chèvres.
C'est un civil.
Il a pourtant fini devant une cour d'assises sans jury.
Qui n'a pas grand chose à envier à une cour martiale.
Au contraire.

Car les militaires s'assoient avec maladresse sur les principes du droit.
Ce n'est pas vraiment leur métier.
Tandis que la cour d'assises spéciale est constituée de magistrats virtuoses.
Des pros, qui vont plus vite et plus fort au déni de justice que n'importe quel amateur, si gradé fût-il.

A l'issue de leur premier procès, Dreyfus et Colonna avaient fait contre eux l'unanimité des avis.
Jean Jaurès s'était même exclamé : "... pourquoi laisser ce misérable traître en vie?"
On s'aperçut vite, cependant, qu'on avait condamné le capitaine à la légère.

C'est avec plus de légèreté encore qu'on avait, en première instance, condamné Colonna.
Dreyfus avait eu contre lui les expertises graphologiques.
Alors que celle de médecine légale avait dédouané Colonna.
Divers témoins soi-disant directs avaient accusé Dreyfus.
Tous les témoins de l'assassinat avaient innocenté Colonna.

Au bout de quatre ans, Dreyfus et Colonna bénéficièrent d'un second procès.
Pendant l'Affaire, un autre coupable possible, Esterhazy, avait été inculpé.
L'armée s'était refusée à reconnaître en lui l'auteur du bordereau.
Elle l'avait acquitté à l'unanimité.
Depuis 2002, Ferrandi s'accuse d'être l'assassin du préfet.
Sans qu'on l'inquiète pour cela.
Il n'a fait l'objet d'aucune enquête nouvelle.
On refuse même d'envisager qu'il puisse dire la vérité.

De nouvelles expertises graphologiques vinrent infirmer les premières, qui accusaient Dreyfus.
Colonna bénéficia d'une nouvelle expertise balistique, qui était à décharge.
Les témoignages de l'armée d'une part, et de la police de l'autre, se fissurèrent et se contredirent.
Certains émanaient de mythomanes ou de faussaires.
On ne pouvait plus les prendre au sérieux.
Mais les deux tribunaux condamnèrent à nouveau leur accusé.

La cour martiale, atrocement gênée par l'Affaire, rendit un verdict, ridicule, de trahison avec circonstances atténuantes.
Du travail d'amateur.
Et abaissa la peine de Dreyfus à dix ans de relégation.
La cour spéciale, nullement étouffée par la honte, confirma la perpète.
Et la haussa à son maximum, vingt-deux ans de sûreté.
C'est à ce genre de détail qu'on reconnaît les pros.

Dix jours après ce jugement inique, le président Loubet graciait le capitaine Dreyfus.
Inutile de vous dire qu'il n'en ira pas de même avec le président Sarkozy.

Les anti-dreyfusards avaient utilisé, pour discréditer Dreyfus, les poncifs les plus lamentables de l'antisémitisme : le mensonge juif, la solidarité juive, la trahison juive, et l'absence de sentiment national français.
Autant d'arguments qui ne tenaient pas debout, et que les Français finirent par trouver odieux.
Les partisans de l'ordre ont invalidé de même les témoignages en faveur de Colonna.
Chaque jour ils parlaient d'omerta corse, de mafia corse, de solidarité corse et de clan Colonna.
Ultima ratio de ceux qui n'ont plus la raison dans leur camp.
Cela n'a pas choqué grand monde, à part les Corses, naturellement.
Et la famille Colonna, ainsi traitée d'organisation mafieuse.

On peut regretter la France courageuse de la IIIème République, où des journaux menèrent campagne en faveur de Dreyfus.
Où des intellectuels s'engagèrent pour lui.
Où des militaires s'élevèrent contre l'armée.
Où l'Etat lui-même finit par désavouer sa justice d'exception.
Ils n'avaient pas au départ plus de preuves de son innocence que nous n'en avons sur Colonna.
Et plutôt moins.
Mais la fausseté-même des procès qui l'avaient condamné criait cette innocence.

Au lieu de cela, nous avons une presse frileuse, quand elle n'est pas couchée, et qui n'ose pas dénoncer l'existence de la cour d'assises spéciale.
Elle prétend au contraire que la justice est passée.
Comme si c'était ça la justice en France.
Les intellectuels n'ont pas moufté.
Mais la terre entière sait bien qu'il n'y a plus d'intellectuels en France.
Quant à l'Etat, c'est lui, ce Napoléon de carnaval dont le Victor Hugo s'appelle Christian Clavier.

La comparaison n'est pas en notre honneur.
Pourtant l'indignation est là, avec ses internautes écoeurés, ses journalistes dégoûtés, ses citoyens révoltés.
Elle manque de force.
Il faudra bien qu'elle en acquière.
Colonna a 48 ans.
Il en aura 70 lorsqu'il aura droit à un aménagement de peine : sortir un peu, et rentrer le soir en prison, pour y dormir.

vendredi 20 mars 2009

Mon 19 Mars à Lyon


Il en est des enterrements comme de toutes choses en ce bas-monde.
Certains sont franchement attristants.
Et d'autres parfaitement réussis.
Comme, par exemple, les funérailles de Victor Hugo, qui passa directement de son lit de mort au Panthéon, avec un concours de peuple extraordinaire.
Ou, plus près de nous, celles de Kropotkine, le Prince de l'Anarchie, qui réunirent en 1921 un million et demi de personnes à Moscou.

Le 19 mars on enterrait à Lyon (et dans la France entière) l'hiver social.
Cette manifestation ne fut pas à proprement parler d'une ampleur gigantesque.
(Le Lyonnais n'est pas très défilant.)
Mais elle eut une certaine tenue.
Autant de monde qu'à Nîmes en janvier (ce qui est déjà beaucoup),
mais dans une ambiance un peu plus New Orleans (Le Nîmois ne sait pas enterrer, il fait ça d'un air sombre).
Il y avait même une batucada (raide et peu nombreuse, je le concède), située tout près d'une troupe de Verts et leur drapeaux auriverdes.
(La bannière des écolos, un soleil d'or sur champ de sinople, ressemble de loin à celle du Brésil).
Un petit air de printemps là-dessus, on s'y croyait presque.

On était venu le matin, serrés comme des anchoix de chez Lidl dans les wagons du métro.
On avait déboulé sur une place étrange (Granges Blanches, si tu n'as rien à y faire de particulier, tu n'y vas jamais).
Tout de suite après, c'était le boul' où était la manif, la vue était barrée.
On ne se sentait pas vraiment chez nous.
Ni nulle part précisément, d'ailleurs.
Pour se détendre, on parlait du défunt.
Qualis artifex périssait avec lui!
Et l'on évoquait les mouvements survenus cet hiver aux colonies de la mer Caraïbe et de l'océan Indien.
Ici aussi, c'est pareil, disait-on en regardant la rue grise bordée de bâtiments bourgeois.
(Car on attendait toujours que ça démarre).
Son oeuvre lui survivra.
La Révolution est pour bientôt.

A cent mètres du métro, il y avait déjà la CNT, ses drapeaux, ses vélos, son mégaphone, et ses slogans qui ne rajeunissent personne.

Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère...
Tout est à nous, rien n'est à eux, partage du temps de travail, partage des richesses...

Etc, etc...
Si vous êtes allés à une manif lors de ces quinze dernières années, vous les connaissez sûrement.
Inutile que je m'appesantisse.
J'entretiens, dans ce milieu, quelques fréquentations.
(Limitées, je ne suis pas de Lyon, ni aux Vignoles; ça handicape.)
J'entrepris donc de les rejoindre.
Et tout de suite je remarquai la différence avec les autres fois.
Aucune impatience.
Plus du tout d'humour (il faut reconnaître qu'il n'y en avait pas beaucoup non plus, auparavant)
Mais de l'ordre, du sérieux, et des têtes de circonstance.
Je comprends ce que c'est que de perdre un être cher, mais là, tout de même, c'était plus que je n'en pouvais supporter.
Je résolus d'abandonner la CNT et remonter le défilé, pour voir si c'était partout pareil.

Ils étaient tous en noir.
Juste devant, il y avait Sud.

Qui sème la misère, récolte la colère...

Je n'en revenais pas.
Un slogan cénétiste!
Et plus loin, ce fut pire encore, FO, la CGT, qui avaient abandonné le cri des supporters de l'Olympique de Marseille (Tousse ensemble, tousse ensemble, tousse) pour ceux de l'anarcho-syndicalisme.
Le tout bien tristement.
Sans rigoler.
Vous savez que dans ces cortèges, les slogans sont choisis la veille, en petit comité.
On avait probablement décidé en haut lieu d'exciter la masse avec des cris exotiques, pour cet ultime hommage.
Mais parfois, la greffe ne prend pas.
C'était le cas aujourd'hui.

Il arrive aussi, en de telles circonstances, qu'on soit pris d'un rire nerveux.
Je faillis y succomber une première fois, près du camion de la CFDT, qui hurlait les biguines du mouvement de Guadeloupe.
Chérèque, Domota, même combat.
Alors que la CFDT est le seul syndicat de l'île à ne pas faire partie du LKP.
Et je ne pus y résister devant la voiture du PS, où passait l'Internationale.
Juste derrière le PC, qui l'avait dans les oreilles, et n'osait reprendre en coeur l'hymne maudit des damnés de la terre.

Ce fut tranquillement assis à une terrasse, près de la Guillotière (il faisait beau, j'avais de l'avance, et une mise en bière s'imposait) que j'eus l'explication de ce petit mystère.
En fait, je n'avais remonté qu'une partie du cortège, celle des corps constitués, syndicats en tous genre et partis de gouvernement, situés (à tout seigneur tout honneur) en tête de cortège.
Le peuple et les secteurs en lutte (Educ Nat et grévistes divers) étaient relégués à l'arrière.
Ainsi qu'il est de règle lors de funérailles nationales, l'Etat passe devant.
Et parmi Lui, la CNT.
Qui, couronnant l'effort de plusieurs années de revendication, venait d'être admise à l'Intersyndicale.
Ce qui fait qu'elle ne défile plus avec nous, en bout de manif.
Mais avec les autres, devant.
On lui souhaite bien du bonheur en compagnie de ses nouveaux camarades.
Qui déjà reprennent ses slogans, et dans leurs bouches on s'en rend compte : il s'agit de paroles mortes depuis longtemps.
Parfaitement adaptées aux pénibles circonstances de cette cérémonie funèbre.

Le reste, vous le connaissez.
Chérèque avait, quelques jours avant la cérémonie, parlé d'une vie après la vie, d'un domaine des ombres où l'on pourrait encore un peu négocier vaguement quelque chose.
La droite au pouvoir, résolument matérialiste, lui a répondu qu'il n'en était rien.
Qu'il fallait en profiter tant qu'il est encore temps car après, c'est fini.
Et d'ailleurs, eux, c'est ce qu'ils font.
Ils cueillent le jour.
(et volent la nuit).
Aschiéri a proposé de refaire un cortège, en avril, mais sans grève, pour entretenir le souvenir.
Tu rêves, Gérard.
On aimait bien la Révolution, mais on ne va quand même pas porter des fleurs sur sa tombe tous les dimanches.
On a autre chose à faire.
Surtout que les beaux jours reviennent.
Et avec eux les élections.
Tu verras que dans un mois ou deux tu n'y penseras plus.
Tu auras la tête ailleurs, vers d'autres espérances.
La vie reprend ses droits.
Et pour faire plier le gouvernement, tu songeras à voter pour des listes de gauche aux européennes.
Après quoi, tu pourras te reposer.
Ce seront les vacances.

vendredi 13 mars 2009

Libé, l'Etat, et Colonna




C'est étrange.
Certaines personnes pensent qu'Yvan Colonna bénéficie d'un procès équitable.
Mais aucune ne doute qu'il soit condamné à la prison perpétuelle.
Chacun sait que cette condamnation se fera sans preuve, sans aveux, et à l'encontre de toutes les dépositions qu'ont faites les experts, les témoins oculaires et les participants au crime.
On pourrait avoir un léger doute sur l'issue du procès.
On n'en a strictement aucun.
Ce sera perpète, un point c'est tout.
Nous autres, bien sûr, nous savons que ce sera le cas : puisque nous pensons qu'Yvan Colonna est condamné d'avance.
Mais elles, les personnes qui ne pensent pas ainsi, comment le savent-elles?
La question se pose.

Elle croient sans doute partager les certitudes de la police?
(Et font confiance à la justice pour qu'elle les partage aussi?)
Voilà qui est étrange.
Car la police n'a, dans ce procès, exprimé aucune certitude.

Quatre fonctionnaires du ministère de l'Intérieur étaient cités à comparaître.
Le commissaire Vinolas a fait scandale en disant sa crainte qu'on ne condamne un innocent.
Le commissaire Lebbos a refusé de venir à la barre : il ne veut plus entendre parler de cette affaire.
Le préfet Bonnet a expliqué qu'il jugeait "crédible" la culpabilité de Colonna.
Mais en concluant ainsi :
"Ces éléments ne me permettent pas de dire qu'Yvan Colonna est l'assassin du préfet Claude Erignac, je ne le sais pas (...)".
Seul le préfet Marion n'a émis aucun doute.
Selon le Figaro, sa prestation a fait rire tout le monde au tribunal.
Ce fut un des rares moments de détente de ce procès.

Un seul vrai témoignage à charge sur quatre, ça ne fait pas beaucoup.
(Et il est bon de le rappeler : en 2007, Marion avait été convoqué à l'Elysée par Claude Guéant, juste avant de témoigner.)
En tous cas, on ne peut pas appeler cela l'expression d'une certitude.

Pourtant, certaines personnes pensent que la police accable Colonna.
Et qu'elles sont de son avis.
Elles se trompent.
Ce n'est pas la police.
C'est seulement l'Etat.
Car ce n'est pas la Justice non plus.

La Cour d'assises spéciale est, comme son nom l'indique, une juridiction d'exception.
Destinée à combattre les personnes soupçonnées de terrorisme.
C'est-à-dire la totalité des habitants de ce pays.
Dont toi, bien sûr, cher(e) camarade.
(car ce ne sont plus les RG qui s'occupent de l'humble citoyen que tu es, mais, depuis l'été dernier, la DCRI (ou, si tu préfères, la DST)).
On peut, par exemple, passer à ces assises lorsqu'on est accusé d'avoir retardé des TGV.
(Ou quel autre motif plus léger encore? Le terrorisme est une notion extensible à l'infini).
Ce tribunal spécial ne te juge pas, à proprement parler.
Il te condamne ou non, selon les instructions qu'il a reçues à ton sujet.
C'est un tribunal anti-terroriste.
Il est là pour garantir la sûreté de l'Etat.
Et non les droits du justiciable.
C'est parfaitement compréhensible.
Mais les personnes qui croient penser comme la justice ou la police en approuvant la condamnation de Colonna sont dans l'erreur.
Elles pensent simplement comme l'Etat.
(Si tant est que pour ce faire, il y ait besoin de penser).

C'est entièrement leur droit.
On peut être attaché à la tranquillité de l'Etat.
Fut-ce au détriment de ses voisins, ses semblables ou ses frères.
Et c'est le notre d'examiner qui est disposé à écraser les individus que nous sommes, au nom de la raison d'Etat.

Sans surprise, les partis politiques, puisque leur objectif avoué est d'être en charge de l'Etat.
Les avez-vous entendu protester?
Certes pas de l'innocence de Colonna, on ne leur en demande pas tant.
Mais contre ce procès, ce tribunal, cette justice d'exception?
Ils font comme si c'était normal.
Ils se taisent.
Le comportement du PS mérite une mention spéciale.
Badinter avait en son temps supprimé la Cour de Sûreté de l'Etat.
Comme contraire aux Droits de l'Homme et à la démocratie.
Le PS pourrait, devant l'exemplaire iniquité du procès Colonna, réaffirmer cette position.
Il ne l'a plus.
Il ne sait pas où elle est passée.
Seul Chevènement s'est clairement exprimé.
Pour approuver la condamnation de Colonna.
Dans cette Cour de Sûreté rétablie par Pasqua sous le nom de Cour d'Assises Spéciale.
Et jamais abolie depuis par les gouvernements de gauche qui ont suivi.

Sans surprise, Google, puisque la cause de Big Brother épouse celle de tous les Etats.
En 2007, lors du premier procès, on pouvait en tapant "Colonna", puis en cliquant sur Actualités, avoir les articles de différents sites corses, où le détail des journées du procès était mieux exposé.
Ils n'y sont plus.
On en est réduits à quelques bribes parfois honteusement tronquées.
Certains jours, Google Actualités n'expose pas même l'affaire.
On étrangle en silence l'information gênante.

Sans surprise, la télé, puisqu'elle appartient à l'Etat ou à ceux qui s'en servent.
Elle s'est contentée, à l'instar de Google, d'effectuer un service minimum.
Afin que son public soit au courant, mais de rien.

La vraie surprise du procès, ce fut Libération.
Ce journal aurait pu, comme le Monde, appuyer souplement le tribunal sans trop se faire remarquer.
Ou mieux, comme le Figaro, ignorer délibérément qu'il s'agissait d'un tribunal d'exception; mais se scandaliser des mauvais procédés dont il usait sans cesse, contre toute justice et toute impartialité.
Il y avait franchement de la marge pour commenter ce procès sans se compromettre avec les ennemis de l'Etat.
Cela n'a pas suffi à Libération, qui tenait à lui prouver son dévouement.
La chroniqueuse de Libé, Patricia Je-Sais-Plus-Son-Nom, était tellement soucieuse de ne rien dire qui puisse nuire à la condamnation prévue de Colonna qu'elle en a raté l'évènement du procès : la déposition du commissaire Vinolas.
Ce jour-là, elle avait parlé d'autre choise.
Il lui a fallu péniblement se justifier dans l'article qui suivait.
Mais dont la teneur démentait cette justification.
Rendant le tout impossible à comprendre.
Ce qui était sans doute le moindre de ces soucis.
Elle n'écrivait probablement pas pour qu'on la comprenne.
Mais seulement pour faire plaisir.
On l'a beaucoup critiquée.
Comme si elle était responsable du positionnement de Libération.
Patricia a simplement fait le travail pour lequel elle est payée.
Elle n'a été ni déplacée ni démentie par son journal.
Tout baigne.

Libé a toujours été un journal militant.
Il est celui qui aujourd'hui encore s'engage le plus dans la défense des droits de l'homme, du socialisme, et du bouddhisme tibétain.
Il a rajouté une corde à son arc : la défense de la raison d'Etat.
Tout comme son idole de toujours, Bernard Kouchner.
ça fait réfléchir.
Et c'est pourquoi dorénavant, lorsque j'entendrai parler du Dalaï Lama, de Martine Aubry, de la démocratie, et de l'humanité souffrante, je sortirai mon revolver.
On n'est jamais trop prudent.
Des fois que ce soit le SDECE qui vienne m'arrêter.

jeudi 5 mars 2009

Le Procès


Le Procès

Ce jour-là, en rentrant chez lui, K... apprit qu'il passerait en procès.
Mais appelons-le C..., ça nous évitera d'être accusés de plagiat.
Et ça fera moins germanique.
Restons français.
C'est-à-dire humains.
Par exemple, dans cette histoire-là, le coupable sait exactement de quoi on l'accuse.
(Rien à voir avec le K... praguois, qui n'était au courant de rien.)
Lui, c'est l'assassinat du préfet E....
Une accusation certes un peu lourde à porter
(l'Etat est très vindicatif lorsqu'on lui fait des misères : il lui faut absolument des têtes à couper)
mais une accusation précise.
(On est loin du cauchemar germano-tchèque qu'a vécu K....)
C... peut se défendre.
Croit-il.
Faire éclater son innocence (car il nie).

De ce point de vue, ça démarrait assez bien pour lui.
Les témoins du crime ne reconnaissaient pas en lui l'assassin.
Mais alors là pas du tout.
Ils juraient même que c'était impossible.
Puisque ce n'était pas un petit brun (ressemblant à C...) qu'ils avaient vu assassiner le préfet.
Mais au contraire un grand blond.
Il s'agissait de témoins d'excellente qualité, des physionomistes de profession.
(Un policier et une croupière de casino).
L'histoire de C... aurait pu en rester là.
Mais il n'y aurait rien eu à raconter.
Alors que la suite est intéressante.
Glauque.
Un peu kafkaïenne, si l'on veut
(puisque le tribunal, comme dans un mauvais rêve, n'accordera aucune importance à ces témoignages)
tout en restant extrêmement française de goût.
Fine, légère, spirituelle
(on est loin de la lourdeur des récits d'Europe centrale).
Le président du tribunal, très pince-sans-rire, charria même le policier.
"Vous êtes le témoin idéal", ironisa-t-il.
On sent que le procès se passe au pays de Voltaire.

Après quoi déposèrent les experts.
Qui annoncèrent tous deux que l'assassin mesurait au moins 1m80.
Voire 1m85 (C... n'en fait qu'1,71).
Oui mais voilà, remarqua le tribunal.
Ces deux expertises ne valent pas un clou.
La première émane du médecin légiste
qui n'est pas balisticien
et qui n'a donc pas à avoir d'avis sur la question.
La deuxième vient de la balisticienne
qui n'est pas officiellement agréée auprès des tribunaux.
Son avis n'a donc pas à être pris en compte.
Il y a bien aussi l'expertise du balisticien agréé
qui, lui, a trouvé une taille d'1m83 pour l'assassin.
Mais il refuse de venir témoigner.
Et le tribunal ne peut pas le forcer.
Ce serait trop cruel.
Ni en nommer un autre.
Ce serait indélicat.
Si bien qu'il se trouve dans l'impossibilité de connaître la taille de l'assassin.
Imparable.
On sent que le procès se déroule au pays de Descartes.
Et aussi de Pierre Dac.

Viendront bientôt les complices de l'assassin.
Ceux-là ont tout avoué.
Ils ne sont pas particulièrement fiers d'avoir assassiné le préfet, mais ils le revendiquent.
Puisqu'il s'agissait d'un acte politique.
Ils ont déjà été condamnés à de lourdes peines.
Ils ont juré que C... n'avait jamais fait partie de leur commando.
Oui mais voilà.
Deux d'entre eux (ils sont six) avaient dit le contraire autrefois.
C'est même principalement à cause de cela que le procès a lieu.
C'est la charge principale qui pèse sur C....
Ils ont beau dire aujourd'hui qu'ils avaient autrefois menti, comment croire des menteurs?
Surtout lorsqu'ils sont en prison, sans plus personne d'honnête pour les conseiller?
Alors que leurs premiers aveux offrent toutes les garanties de la sincérité : ils avaient été obtenus au commissariat.
Certes, ils ne cadrent pas avec les faits de ce soir-là, connus grâce aux téléphones portables.
(Ni les lieux ni les heures "avoués" autrefois ne correspondent aux relevés des portables.)
Mais ils ont été recueillis par un policier au-dessus de tout soupçon.
(A l'époque en tous cas, car depuis il a été mis en accusation pour un délit commis dans le cadre de ses fonctions).
Le tribunal a donc demandé à ce policier de témoigner.
Pour qu'il confirme la spontanéité des aveux qu'il avait recueilli.
Seulement voilà : il est malade.
Il ne peut pas venir.
Il est parait-il en dépression nerveuse depuis la condamnation de C... en première instance.
(Obtenue grâce à son splendide travail)
Et qui, selon son psychiatre, a provoqué la subite dégradation de sa santé mentale.

J'en passe, et des meilleures.
J'espère vous avoir convaincu qu'on est en train d'élaborer en France une oeuvre aussi splendide que celle de Kafka.
Mais entièrement française.
Sans formalisme intellectuel à l'allemande.
Sans masochisme austro-hongrois.
Avec le sens de l'Etat et le mépris des personnes qui caractérisent la Patrie des Droits de l'Homme.

Le Procès de K... est resté inachevé.
On sent cependant tout à fait bien comment il se finit.
(Certains y ont même vu une préfiguration de l'Etat totalitaire).
Le procès de C... n'est pas terminé.
Mais on sent tout à fait comment il va finir.
Cela va être une apothéose.

En terminant ce post, mes pensées émues vont au prézydent de la république, sans l'intervention duquel une si belle histoire n'aurait probablement jamais vu le jour.
Elle vont également au ministre de l'Intérieur du gouvernement Raffarin, pour sa contribution essentielle.
Sans oublier bien sûr celui du gouvernement Jospin, qui fut à l'initiative du scénario.
(Car, comme dit le proverbe : lorsque le chevène ment, le sark aussi. C'est tout le secret d'une intrigue réussie.)

mercredi 25 février 2009

La Belle Santé De L'UGTG


Depuis que le LKP met le zouk aux Antilles, on assiste en France à des scènes étranges.
Aux Cables de Lyon, par exemple, j'en connais qui, le matin à l'usine, saluent la compagnie par un retentissant : Martinique!
Et les camarades leur répondent poliment (car le Lyonnais est extrêmement poli) : Guadeloupe!

Il ne faut pas s'en étonner.
Le LKP est un collectif d'organisations diverses regroupées autour de l'UGTG (l'Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe).
Sa revendication principale est salariale (200 euros de plus par mois pour les bas salaires).
Et le moyen qu'il a trouvé pour obtenir satisfaction est la grève générale.
Rien qui ne soit étranger aux prolétaires de tous pays, et particulièrement aux salariés de France.
Cela les intéresse donc au plus haut point.
Bien que le contraste avec la métropole soit saisissant.

Ce n'est pas que nous n'ayons, dans l'Héxagone, d'importants syndicats.
Au contraire.
Ils sont nombreux et variés.
Il y en a pour tous les goûts.
Pour ceux qui aiment les barbus, il y a la CFDT. 
Et la CGT pour ceux qui préfèrent les cheveux longs (blonds).
Ces deux syndicats (pour ne citer qu'eux) sont largement plus fameux que l'UGTG.
Ils sont aussi beaucoup plus riches.
Ils gèrent et cogèrent diverses montagnes de pognon dans une flopée d'organismes collectifs ou paritaires.
(Alors que l'UGTG n'a que les yeux pour pleurer, puisqu'elle n'est pas représentative au niveau  national).
Leur puissance est considérable.
Lorsque le Prézydent a un problème avec les meurt-de-faim, c'est toujours à eux qu'il s'adresse.
Jamais à l'UGTG.
Qui, en comparaison, n'existe pas (ou à peine).

On pouvait penser que chez nous, les travailleurs sont encore mieux défendus qu'en Guadeloupe.
Seulement voilà.
C'était compter sans un destin fatal.
Depuis plusieurs années, nos organisations syndicales sont en secret torturées par un mal mystérieux.
Elles sont en proie à de véritables hallucinations.
Elles entendent des voix, qui les convient à des négociations.
Elles ont des visions, d'accords signés à la satisfaction des salariés.
On les voit ressortir, hagardes, des palais de la République.
Elles ne semblent plus très bien savoir qui elles sont, ni ce qu'elles viennent de faire à l'instant.

Rien n'est plus pénible que de les voir ainsi s'offrir en spectacle.
Le 18 février dernier, par exemple, elles étaient sur le perron de l'Elysée.
Elles sortaient du sommet social convoqué par le Prézydent.
(A cause de la grève du 29 janvier, et des énormes manifestations de salariés qui avaient eu lieu ce jour là).
En apparence, tout semblait normal.
Elles déclarèrent que les mesures envisagées n'étaient pas suffisantes.
(Elles s'attendaient à plus, probablement).
Elles râlèrent qu'elles essaieraient de faire une deuxième journée de grève.
(Espérant ainsi doubler, sans doute, les avantages obtenus par cette action.
Ce qui ne devrait pas faire loin, au total, de la tête à Toto).
Mais en mars.
(Car il ne faut pas abuser des bonnes choses, un jour tous les deux mois, c'est déjà énorme).
Bref, elles avaient l'air de tenir correctement leur rôle.
On n'en attendait pas moins d'elles.
Et pas plus, non plus.

C'est une lueur étrange dans les yeux bleus de Bernard Thibault qui a ouvert les miens.
On le sentait comme égaré.
Son regard se perdait vers d'indicibles horizons.
Déjà il n'était plus des nôtres.
Son esprit était ailleurs.
Dans d'autres négociations peut-être, traversant un espace infini de tables de conférence, de dossiers épars, et de feuilles d'éphémérides s'envolant à son passage.
Qui le saura jamais?
Il ne reviendra plus, probablement.
Il est trop loin, maintenant.

Inquiet, j'ai voulu vérifier ce qu'il s'était passé dans l'après-midi du 18.
Le Prézydent avait amené quelques petites choses pour donner aux pauvres.
Il y avait d'abord des cadeaux fiscaux (c'est sa spécialité) pour la première et la deuxième tranches (c'est déjà plus rare de sa part) de l'impôt sur le revenu.
Ce sont surtout les petits salariés et les smicards que ces tranches concernent.
Mais il n'y pas qu'eux.
On y trouve aussi pas mal de rentiers,
(Le revenu d'une petite location peut facilement atteindre la valeur d'un smic).
et souvent les patrons les plus misérables
(qui n'ont même pas une Mercedes à eux, elle appartient à l'entreprise),
sans compter tous les pauvres artisans, commerçants, paysans, libéraux, qui peuplent ce pays.
Le petit cadeau du Prézydent n'était donc pas spécifiquement destiné aux salariés.

Il avait aussi apporté une prime pour les chômeurs, un peu dans l'esprit de la prime de Noël pour les feignants du RMI.
Cela partait, à n'en pas douter, d'un excellent sentiment.
C'était particulièrement charitable de sa part.
Mais on ne peut pas dire que les chômeurs soient à proprement parler des salariés.
(Même s'ils l'ont été pendant longtemps).

Il avait aussi amené avec lui l'idée d'un fonds d'investissement social, abondé par l'Etat.
C'est probablement une idée géniale (d'ailleurs, elle est de Chérèque, à la base).
Mais qui concerne la banque.
Ce n'est pas exactement la même chose que le prolétariat.

Il y avait aussi une prime et des bons d'achat versés aux familles modestes pour la scolarisation de leurs enfants.
Le prolétaire est, par définition, doté d'une nombreuse progéniture.
Cette mesure le concerne, donc.
Mais pas seulement.
D'autres aussi font des enfants, et qui échappent, de ce fait, aux tranches hautes de l'impôt.
Là encore, cet avantage ne lui était pas spécialement réservé.

Et c'est alors que je m'en suis rendu compte.
Le 18 février, les syndicats, l'Etat et le patronat avaient discuté de diverses catégories sociales dans le besoin, les chômeurs, les familles nombreuses, les contribuables et les consommateurs.
Ils n'en avaient oublié qu'une, les salariés.
Alors que c'était leur grève du 29 janvier qui avait motivé cette réunion.
Bernard Thibault lui-même ne s'était rendu compte de rien.
(Et pourtant, il se trouvait là en qualité de représentant de ces mêmes salariés qu'on avait oubliés.)
Il avait bien senti qu'il manquait quelque chose (c'est insuffisant, avait-il déclaré).
Oui, mais quoi?
Il n'était pas arrivé à mettre un mot dessus.
Une véritable catastrophe cérébrale, qui explique sans doute la situation lamentable du syndicalisme dans notre pays.

Le 19 mars, il y aura une nouvelle journée de grève.
Et en avril, si tout va bien, une nouvelle invitation à l'Elysée.
Espérons que l'état physiologique de nos représentants syndicaux se sera amélioré.
Parce qu'après, c'est fini.
En mai, on sera en pleine campagne des européennes.
En juin, il faudra voter.
Et en juillet, partir en vacances.
L'année revendicatrice se termine bientôt.

A la Guadeloupe, le spectacle est totalement différent.
D'abord, ils n'ont pas choisi la grève d'un jour.
La leur, on sait quand elle a commencé, on ne sait pas au juste quand elle finira.
Ils sont un peu brouillon.
Ils se fatiguent pas non plus à réfléchir.
200 euros d'augmentation de salaire par mois.
On ne peut pas dire qu'ils se soient beaucoup foulés.
On est loin du degré de sophistication où sont parvenues les revendications syndicales de la métropole (terre de culture et de haute civilisation).

Le gouvernement avait bien essayé de leur parler intelligemment, comme il le fait avec nos syndicats.
De leur ouvrir des espaces intellectuels.
Nicolas Sarkozy leur avait concocté "des mesures politiques et sociales" dépassant le cadre étroit de leur revendication salariale.
Lesquelles leur avaient été vantées d'avance par François Chérèque en personne, au sortir de la réunion du 18.
(Oui, je sais, c'est un peu étonnant, mais il n'y avait pas que Bernard à montrer des signes inquiétants d'irréalisme jour-là. 
François, ivre du bonheur d'être reçu par Nicolas, se prenait alors pour un secrétaire d'Etat aux DOM-TOM. Il faisait les annonces.) 
On eut beau leur promettre une amélioration sensible du sort des Rmistes guadeloupéens, ainsi que diverses mesures dont le cumul pouvait parfois dépasser les 200 euros réclamés, ce fut peine perdue.

Sourds aux arguments de la raison caritative, ils en restèrent accrochés à leur revendication salariale.
Et ils sont bien près maintenant de la voir satisfaite.
Car ils ont sur nos syndicats un avantage indéniable.
Ils ont la santé.
Ils ne sont pas victimes d'hallucinations.
Ils ne se prennent pas pour des ministères d'Etat.
Ils s'occupent avant tout des salariés.
Et pas d'autre chose.
Puisque aussi bien, si ça va mieux pour les salariés, ça ira aussi nettement mieux pour tous les autres.
C'est ce que le patronat local a fini par comprendre.
Il est aujourd'hui d'accord pour payer sa part des 200 euros.

Il n'y a guère que le Medef et le gouvernement qui ne soient pas de cet avis.
(Ils pensent au contraire que plus ça ira mal pour les travailleurs, et mieux la France se portera).
C'est pourquoi il arrive nuitamment de pleins avions de CRS dans les aéroports des Antilles.
On dépense, cette fois, sans compter.
Car c'est moins une question d'argent qu'une question de principe.
Le principe suivant lequel on veut bien aider les pauvres.
(On n'est pas insensible aux misères du monde)
Mais jamais rendre justice aux travailleurs.
(On n'est pas non plus complètement imbécile).

mercredi 18 février 2009

La Journaliste et Colonna


Le procès Colonna ne s'avérera pas, comme on l'a prétendu, une nouvelle affaire Outreau.
La cour d'assises spéciale, qui juge Colonna, n'a pas grand chose à voir avec la justice ordinaire. 
 
Elle se nommait autrefois cour de sûreté de l'état.
Elle était composée de trois magistrats civils et deux militaires.
Sans jury, bien sûr.
Puisqu'elle remplaçait les tribunaux militaires.
Qui s'occupaient des civils lorsque l'état d'urgence était déclaré .
A la manière dont les militaires s'occupent des civils en pareil cas
(sans excessif formalisme légal).
Toutefois ces tribunaux rentraient dans les casernes lorsqu'on levait l'état d'urgence.

Et c'était un bien triste spectacle, se disait le Général.
Le général de Gaulle, après la guerre d'Algérie.
Il avait donc institué, en 1963, la cour de sûreté de l'état, qui offrait elle aussi, mais en temps de paix, les meilleures garanties que l'accusé n'en aurait aucune.
En 1983, François Mitterrand fit abolir cette juridiction d'exception.
En 1986, Charles Pasqua, qui s'occupa de tribunaux avant que les tribunaux ne s'occupent de lui, la fit rétablir.
Sous le nom de cour d'assises spéciale.
On en avait supprimé les deux juges militaires, qui faisaient tâche.
Ils furent remplacés par deux civils à l'âme bien trempée.
Mais à ce détail près, c'était toujours la même.

Or, vous savez ce qu'on dit.
La justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique.
(Faite pour qu'on marche au pas.)
Ses couacs et ses fautes de goût ne sauraient rejaillir sur la musique et la justice civiles.
L'affaire Colonna ne sera pas une nouvelle affaire Outreau.
Elle ne remettra pas en cause le fonctionnement de la justice ordinaire.
On ne saurait en dire autant du fonctionnement des journalistes ordinaires.

A quelques exceptions près (dont le remarquable chroniqueur judiciaire du Figaro, ou celui de 20 Minutes), leurs articles ont souvent reproduit sans grand discernement, et avec une bonne volonté suspecte, les thèses de l'accusation et de la partie civile.
Vendredi dernier, Libération décrochait le pompon.
C'était le jour où le commissaire Vinolas, ex-secrétaire général de la région Corse, ex-adjoint du préfet Erignac, disait sa peur qu'on ne condamne un innocent, et révélait l'existence d'autres suspects que Colonna dans cette affaire.
La chroniqueuse de Libération n'en parla pas du tout.
Pas un mot.
Elle fit son papier du jour sur le témoin précédent, l'expert en balistique.
Lequel était fourni par la défense.
Puisque l'expert officiel, Guy Hémon refuse de déposer en justice.
Il n'avait pas voulu venir au premier procès.
Il ne veut toujours pas au deuxième.
Il a en effet trouvé que l'assassin avait à peu près la même taille que la victime (1m 83).
Alors que Colonna mesure 1m71.
Il n'a pas trouvé, en revanche, que c'étaient des choses à dire dans un tribunal.
Aurèle Mannarini est donc venue à la place de ce monsieur, exposer qu'à son avis le tueur mesurait 1m 85 au moins.
Ce que la partie civile a aussitôt contesté, en argumentant qu'Aurèle Mannarini était une variété de Guignol, qui faisait rire tout le monde.
Qui fit rire en tous cas la journaliste de Libération, puisqu'elle concluait son papier par cette excellente boutade : " A se demander si la défense ne s’est pas tiré une balle dans le pied."
(lol)
Car le fait qu'une deuxième expertise vienne confirmer ce que l'on savait de la première (à savoir qu'elle écartait Colonna de la liste des suspects) lui paraissait sans importance.
Comme lui avait paru sans importance le témoignage du commissaire Vinolas.
Qui pourtant fit un tollé.
Les journalistes, jusqu'ici endormis, s'étaient engouffrés dans la brèche. 

Le lendemain Libération en était réduit, faute de mieux, à reprendre la dépêche de l'AFP sur cette affaire.
Et ce mardi, le journal avait changé de chroniqueur judiciaire.
Ainsi que de politique éditoriale.
Alors que durant tout le premier procès, et durant la première semaine de celui-ci, le parti-pris de Libé avait été celui de l'accusation
ce journal émet maintenant des soupçons d'inéquité et d'interventions de l'Etat dans le procès en appel. 
Où réapparait le nom du secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant.
Car le très sarkozyste Yves Bot, procureur en charge de l'affaire Colonna en 2002, 
accusé par le commissaire Vinolas d'avoir, avec quelques autres, enterré une information favorable à Colonna, 
s'est justifié en précisant qu'il avait à l'époque suivi les conseils de Claude Guéant, chef de cabinet du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy.

Or ce même Claude Guéant avait en 2007, lors du premier procès, provoqué un petit scandale rapidement étouffé.
On avait su qu'il avait convoqué à l'Elysée un témoin cité à comparaître, Roger Marion, ancien patron de la Division Nationale Anti-Terroriste et impliqué jusqu'au cou dans l'affaire Erignac.
Cette convocation ressemblait énormément à une tentative de subornation de témoin.
Il s'en était expliqué en affirmant n'avoir pas du tout évoqué cette affaire durant sa conversation avec Marion.
Le tribunal avait trouvé cette explication largement suffisante.

Mais en 2007 déjà, un haut fonctionnaire avait émis des doutes sur la culpabilité d'Yvan Colonna.
Il s'agissait du préfet Bonnet, successeur en Corse de Claude Erignac, et qui avait recueilli l'information permettant l'arrestation des auteurs de l'assassinat.
C'est à lui personnellement que l'indic s'était confié.
Bonnet, appelé à témoigner, avait déclaré à la presse : "J'ai des doutes effectivement sur Yvan Colonna et ces doutes, je les exprimerai. Je répondrai avec beaucoup de prudence. En aucune façon, je ne serai péremptoire"
Roger Marion apporta son témoignage le même jour que Bernard Bonnet.
Ses déclarations fracassantes sur la culpabilité certaine de Colonna firent la une des journaux, écrasant les doutes émis avec beaucoup de prudence par le préfet Bonnet.

Peut-être est-ce pour cela que la chroniqueuse de Libération n'avait accordé aucune importance aux révélations de Vinolas.
Elles ne faisaient, somme toute, qu'appuyer les déclarations de Bonnet en 2007.
Qui n'avaient pas à l'époque été prises au sérieux.
Il n'y avait aucune raison pour que ce soit le cas en 2009.
Alors que le cocasse (et la psychanalyse) sont plus que jamais de règle ce procès.

L'humour y constitue la raison dernière de la partie civile.
On a beaucoup dit que Colonna avait, une première fois, été condamné sans preuve et sans aveu.
Il a surtout été condamné contre l'avis des experts et des témoins oculaires, à chaque fois traités en clowns.
Le médecin légiste et les experts en balistiques?
De tristes rigolos.
Le seul témoin du drame, et qui n'a pas reconnu Colonna?
Une victime de la berlue.
Le préfet Bernard Bonnet?
Un psychopathe avéré.

Pour Vinolas non plus, ça n'a pas raté.
Le président a aussitôt convoqué quatre témoins impromptus qui, dans l'ensemble, ont infirmé ses dire, et supposé son dérangement mental, tandis que la partie civile résumait son cas par une citation d'Audiart : "Comment réussir dans la vie quand on est con et pleurnichard".
L'humour, toujours l'humour.
Et l'insulte, toujours l'insulte.
Oui mais voilà, trop tard.

Car, contrairement au prévisible Bonnet, on n'avait pas envisagé le cas Vinolas.
Puisqu'il s'agissait d'un témoin produit par la partie civile elle-même.
Il était peut-être prévu qu'il pleurniche et joue au con, mais certainement pas en faveur de Colonna.
Le tribunal et la partie civile en sont restés comme deux rond de flan.
Lui et son cas de conscience, de ne pas laisser condamner un innocent!
Souffle coupé.
L'humour ne leur est revenu que deux jours plus tard.
Laissant toute désemparée la malheureuse chroniqueuse de Libération.
On comprend qu'elle ait préféré, dans ces conditions, évoquer seulement Aurèle Mannarini, qui avait fait l'objet d'un sketch très réussi.
On est une pro ou on ne l'est pas.
Elle attendait peut-être que la cour d'assise spéciale ait traité en échappé d'asile le commissaire scandaleux, afin d'offrir à ses lecteurs un produit fini réellement amusant.
Mais cet excès de conscience professionnelle lui aura fait rater les deux journées les plus médiatiquement animées de ce procès.
Son employeur lui en a sans doute voulu.
On espère pour elle que ça se tassera, maintenant que tout semble rentrer dans l'ordre.

J'ai parié avec des amis que je connaîtrai un jour avant qu'il ne soit prononcé le verdict de ce procès.
Voici ma recette.
Elle vaut ce qu'elle vaut.
Si, la veille du procès, Le Monde et Libération émettent quelques réserves sur la culpabilité éventuelle de Colonna, ce sera le signe de son acquittement.
Sinon, je crains que ce ne soit à nouveau perpette.

Cette semaine, on a pu lire des articles pleins de doute dans ces journaux de référence.
Mais il ne faut pas croire que c'est gagné d'avance.
Il s'agissait d'une semaine particulièrement pénible pour l'accusation.
Puisque la condamnation en première instance de Colonna avait été principalement fondée sur la certitude policière de sa culpabilité.
Or, en témoignant du contraire, le commissaire Vinolas aura démontré que cette certitude n'existait pas.
Qu'elle relève de la désinformation.
(Dans un milieu, les services secrets, qui en est justement spécialiste.)
Une vraie tuile.
Dont on aurait tort de croire qu'elle se répétera dans les semaines à venir.
Dans quelques jours, peut-être, elle sera oubliée.
La vie judiciaire spéciale reprendra son cours normal.
Et le Monde et Libération, peut-être, leurs commentaires habituels. 

En revanche, si le malaise persiste tous les espoirs sont permis.
L'opinion sera préparée à un renversement de situation.
Et si on la laisse s'y préparer, c'est que ce renversement aura lieu.
C'est tout le mal que je souhaite à Colonna.

Non que je dispose de lumières particulières sur son innocence ou sa culpabilité.
Mais, à l'heure où l'on ferme Guantanamo, il est tout de même bizarre qu'on juge des gens dans une cour d'assises spéciale.
Il y a, pour les crimes de sang, des cours d'assises normales prévues à cet effet.
Et il est franchement bizarre que l'on s'autorise à condamner des gens dans cette cour spéciale.
Puisque les garanties normales offertes aux justiciables n'y sont pas assurées.

lundi 9 février 2009

Nicolas Mauvais Maître


On a beau aimer les enfants
quand on est prof, on a intérêt à bien les tenir.
C'est une question d'autorité.
Ou alors ils vous bouffent.

Travailler plus, par exemple.
(On essaie tous de les faire travailler plus)
Pour rien de plus ou rien du tout.
(A l'école, comme dans la vie, le travail paye mal)
Et bien, ils n'aiment pas ça.
Ils rechignent.
Le moindre faux pas, et c'est la révolte.
Les cahiers volent.
Les parent se plaignent.
Les inspecteurs enquêtent.
C'est le début des emmerdements.

C'est pourquoi, depuis que Nicolas a été élu dictateur de notre beau pays, je ne rate jamais l'une de ses interventions.
J'apprécie en connaisseur.
J'ai l'oeil du pro.
Du prof.
Au début, il faut le reconnaître, sa prestation a été magistrale.
Un sans faute.
Il avait annoncé la couleur : on n'était pas là pour rigoler.
Du boulot, des sanctions, des contrôles, et plus aucun cadeau.
Les feignants sévèrement punis, les dissipateurs lourdement matraqués, et les sans leurs affaires expulsés.
Ce qui est le B A BA du métier.
Lors du premier contact, il ne faut pas copiner.
Mais exiger d'entrée la discipline.
D'abord, ça les calme.
Ensuite, ça laisse une marge de manoeuvre.
Dès qu'on desserre un peu l'étreinte, ils se mettent, tout surpris, à vous aimer.
Ils vous sont reconnaissants.
Tandis que le contraire a le résultat exactement inverse.
Contraint de resserrer les boulons, vous passez pour un ignoble.
Vous les décevez atrocement.
Ils vous méprisent.

Ne jamais rester sans femme fait aussi partie des principes de base.
Célibataire, les soupçons d'homosexualité ou de vie dissipée arrivent de suite.
L'un comme l'autre nuisent puissamment à votre autorité.
(Les gens sont tolérants, on n'est plus au Moyen-Age, sauf lorsqu'il s'agit de leur progéniture. 
Là, ils ne pardonnent plus grand chose.)
Le mariage, cependant, n'offre pas de garantie certaine contre les ragots.
(Surtout lorsqu'on est taillé en nabot, avec une tronche de travers.)
On ne compte plus les pédophiles mariés et pères de famille.
Mais la possession d'une épouse belle et prestigieuse peut écarter les dangers.
Sa prestance impressionne.
On fantasme qu'elle suffit à vos besoins.
Et pendant qu'on parle d'elle, on s'occupe moins de vous.
L'heureuse élue en rajoute d'ailleurs des louches. 
En France comme à l'étranger, elle ne désigne Nicolas que par l'expression "Mon Mari", afin de bien enfoncer le clou.
De ce côté-ci, il a fait du mieux qu'il a pu.

Favoriser le dialogue avec les délégués de classe est également un grand classique.
L'important, c'est d'élire les bons.
Comme c'est le maître qui fixe les règles de la représentativité, ça ne pose généralement pas de problème.
Nicolas en a choisi deux qui font parfaitement l'affaire.
D'abord, il y a François (Chérèque).
Un peu encombrant tellement il est serviable.
Toujours volontaire pour effacer le tableau, vider le seau, porter le cartable.
Les autres le détestent.
La dernière fois qu'il est sorti dehors, on a dû le protéger spécialement.
De peur que ses petits camarades ne lui tombent dessus à coups de poing.
François est un peu gênant, à cause du ridicule.
Mais il est extrêmement dévoué.
Il sert d'exemple.
Et puis il y a Bernard (Thibault), le chouchou de Nicolas.
Bernard est un nouveau.
il arrive tout droit de l'enseignement confessionnel.
L'Institution St-Joseph (Vissarionovitch), pour ne pas la nommer.
On dira ce qu'on voudra de St-Joseph : ils ont des moeurs spéciales, mais on y apprend la politesse.
Bernard est souvent agaçant, il sait rester à sa place.
Au moindre chahut, c'est lui qui raisonne ses camarades.
Et, contrairement à François, on l'écoute, lui.
Il fixe les limites.
Son rôle n'est pas moins grand que celui de François dans le maintien de la discipline en classe (ouvrière).
Il est bon d'avoir toujours sous la main un lèche-cul et un cancre en quête de rédemption.
Ils se chargent des dénonciations, des leçons de morale, et des appels au calme.
Pour pas cher : cinq minutes de temps en temps à les écouter râler.
ça les apaise.
Et ils se rendent vite compte que rien n'est possible de ce qui leur ferait vraiment plaisir.

Bien sûr, Nicolas a parfois commis quelques impairs.
C'est un caractère emporté.
Il s'énerve facilement.
Or, si le maître impose le respect par une juste colère,
il montre sa faiblesse en cédant à l'énervement.
Que cherchent en permanence à provoquer tous ces petits monstres.
Plusieurs fois, Nicolas s'est laissé aller.
Mais il a su se rattraper.
Je pense à "casse-toi, pauv'con", par exemple.
Il a su réagir.
Au premier qui lui a retourné l'expression gravée sur un écriteau, ça n'a pas fait un pli.
Gendarmes, procureur, et correctionnelle : outrage au chef de l'Etat.
Renvoyé trois jours.
On n'en a plus parlé.
D'ailleurs ces sautes d'humeur ne se produisaient que lors de circonstances exceptionnelles, quand Nicolas rencontrait le public.
Aujourd'hui, il va encore à la rencontre du public.
Mais seulement après que la police ait fait évacuer les lieux et nettoyer la place.
Les risques de dérapage sont moins grands.

C'est pourquoi, jeudi dernier, pour son interview urbi et orbi, aux télés et aux radios, je n'étais pas inquiet.
Il se trouvait dans un environnement familier, avec des journalistes déférents et amicaux.
Il n'y avait aucune raison qu'il fonde un plomb.
Je m'attendais à une prestation de grand professionnel.
Ce qu'elle fut, à maints égards.
Face à la "crise du siècle", il ne s'est pas démonté.
Distribution de pièces jaunes à divers nécessiteux, et convocation de Bernard et François pour une séance de pleurnichage au bureau.
A sa place, j'aurais fait pareil.
Quant au reste, toujours grand seigneur.
Distribution de 8 (ou 18, ou 28, ou 31, on ne sait plus, les avis divergent) milliards d'euros au patronat sous forme d'exemptions fiscales, alors que le pays croule sous la dette.
Du grand art.
Une annonce à la fois incompréhensible et peu surprenante, dans le droit fil de sa politique traditionnelle.
Il s'affirmait ainsi toujours le Maître, stable dans la tempête, insensible aux douleurs, généreux aux riches et superbe à l'égard des pauvres.
Un vrai lion, le roi des animaux, et le tout à nos frais.

Je m'attendais tranquillement à un nouveau sans faute de la part de Nicolas.
Lorsque tout à coup.
La catastrophe.
L'accident bête.
Pour justifier un banal excès d'autoritarisme, il en appelle à ses prédécesseurs.
Le Général, Diam's d'Estaing, François Mitterrand, Pompidou.
Qui eux aussi, parait-il, nommaient les présidents de chaînes, ouvertement ou en loucedé.
Ce qui relativisait beaucoup son exigence nouvelle de les nommer lui-même officiellement.

Cette petite explication n'a pas l'air très importante.
On la croirait même habile : émise sous les ors de l'Elysée, elle visait sans doute à asseoir la respectabilité du nouveau locataire, en le rattachant à la noble lignée des anciens maîtres du lieu.
Mais il s'agit là, typiquement, de la faute à ne pas faire.
On ne doit jamais se justifier, sauf en cas d'extrême urgence.
On a l'air, en pareil cas, de se reconnaître des torts.
Et qui plus est, des torts, en l'occurrence, qu'on n'entend pas corriger.
L'impression produite est désastreuse.
Et il ne faut jamais se réclamer de ce qu'ont fait les autres.
Le maître doit inspirer confiance par lui-même.
C'est son rôle.
Dans cet exercice, le prestige des prédécesseurs n'est d'aucun secours.
D'ailleurs, on n'explique pas ses actes par le seul fait qu'ils ont aussi été commis par d'autres.
Ce n'est pas sérieux.
C'est un argument d'irresponsable.
Alors qu'on occupe le poste en responsabalité.
Quant à réveiller le souvenir des maîtres d'autrefois pour asseoir sa propre légitimité, il s'agit d'une entreprise vouée à l'échec.
On croit restaurer son autorité, on ne fait que l'amoindrir.
Car on exprime alors un point de vue d'élève, le point de vue de ceux pour qui les maîtres sont des modèles.
On n'est plus l'origine et la source du pouvoir.
On se met à la place des administrés.
On copine.<