samedi 3 octobre 2009

Roméo, Juliette, et Polanski


Si l'on en croit William "Bill" Shakespeare, la victime (Giulietta Capuleti, also known as Juliette) avait 13 ans au moment des faits :

"scène III :
Lady Capulet : (...) Tu sais que ma fille est d'un joli age.
La nourrice : Ma foi, je puis dire son age à une heure près.
Lady Capulet : Elle n'a pas quatorze ans."

Le prédateur (on l'a vu s'introduire nuitamment chez cette pauvre enfant en passant par la fenêtre), se nommait Romeo Montecchi (aka Roméo Montaigu).
Le témoin, old Bill Shakespeare, n'a pas précisé l'age du pédophile.
Il s'agissait d'un "jeune homme", sans barbe apparente, mais avec déjà l'épée au côté : peut-être 16, et plus probablement 17 ans.

Je ne m'étendrai pas sur l'évidente illégalité du rapport sexuel commis cette nuit-là.
Selon le code pénal californien (1re Partie, Titre 9, Chapitre 1, Paragraphe 261. 5) :

a) « Un rapport sexuel illégal est un rapport sexuel avec une personne qui n'est pas le conjoint de l'auteur de l'acte, si la personne est mineure. Pour la compréhension de ce paragraphe, un/une mineur(e) est une personne âgée de moins de 18 ans et un adulte si elle est âgée de 18 ans ou plus. »

Enfer et damnation! me direz-vous, à quoi ça sert qu'on les arrête? Le détraqué (Romeo Montecchi) ne va-t-il pas pleurer qu'il est aussi une victime, puisqu'il a moins de 18 ans?
Et, remis en liberté, séduire, corrompre et violer tout ce qui bouge entre 4 et 15 ans?
Point du tout, rassurez-vous. La loi est bien faite :

(b) « Toute personne qui est mêlée à rapport sexuel illégal avec un/une mineur(e) qui n'est pas âgé(e) de moins de trois ans par rapport à l'âge de l'auteur de l'acte, est coupable d'un délit. ».

C'est un peu obscur, mais ça veut dire qu'un ado, mettons de 14 ans, ne peut s'envoyer en l'air qu'avec des gens proches de son age (entre 11 et 17 ans, dans son cas).
Sinon, pour elles (eux?) ou pour lui, c'est la taule :

(c) « Toute personne qui est mêlée à un rapport sexuel illégal avec un/une mineur(e) qui est de plus de trois ans la puînée de l'auteur de l'acte est coupable de délit ou de crime et sera incarcéré pour une durée d'au maximum un an dans une prison du comté ou dans la prison de l'état. ».

L'abus sexuel commis par Roméo (17 ans) sur Juliette (13 ans) ne restera pas impuni.
Et vu ce qu'on fait aux pointeurs en prison, j'en connais un qui aura mal au cul dans pas longtemps.

Quant à Roman, on lui souhaite bien du plaisir :

(d) « Toute personne âgée de 21 ans ou plus qui est mêlée à un rapport sexuel illégal avec un/une mineur(e) de 16 ans est coupable d'un délit ou d'un crime et sera incarcérée dans une prison du comté pour une durée maximum d'un an ou incarcérée dans une prison de l'état pour une durée de deux, trois, ou quatre ans. »

Et quatre ans c'est long, surtout lorsqu'on a du mal à s'assoir.

Personnellement, comme Daniel Cohn-Bendit et Jean-Marie Le Pen (mes idoles depuis toujours), je me réjouis de ce qui arrive à Roman Polanski ou à Romeo Montecchi.
Leur immoralité me révolte.
Et leur stupidité m'époustoufle.
Comment peut-on être crétin au point de commettre un crime?
Alors qu'à deux pas de chez eux, ils pouvaient en toute innocence assouvir leurs désirs.
Mais tel est le maniaque sexuel : c'est un être impulsif, il ne réfléchit pas.
Prenez le cas de Roméo, par exemple : un petit tour à Rome s'imposait.
Ce n'est pas vraiment loin de Vérone, il y a des bus pas trop chers qui s'arrêtent justement derrière la place St-Pierre.
l'Etat du Vatican est bien connu pour la licence de ses moeurs : la majorité sexuelle y est à 12 ans.
Sauter Juliette n'y constituait pas même un délit.
Peut-être un petit péché d'adultère, mais particulièrement véniel, puisqu'aucun des deux protagonistes ne bafouait le sacrement du mariage.
Roméo s'en tirait avec deux pater et trois ave en confession, c'est toujours mieux qu'un an de ballon.

Vous me direz, Rome, c'est un peu loin de Beverly Hills. Pour Roman, ce n'était pas pratique.
Certes, mais il pouvait aller en week-end au Mexique, juste à côté de Los Angeles : presque partout (c'est un état fédéral), la majorité sexuelle est à 12 ans.
Comme au Chili, à Malte, aux Pays-Bas, en Argentine, etc..., ce ne sont pas les pays qui manquent.
Ou alors l'Espagne, 13 ans, ça pouvait encore le faire (à 13 balais, il y a aussi le Guyana ou la Corée du Sud qui bénéficient d'une bonne infrastructure hôtelière).
Dans l'Union Européenne, il faut bien étudier la question : il y a du 12, du 13 ans à portée de TGV, mais la limite est à 14 en Allemagne, Autriche, Estonie, Hongrie, Italie, Portugal, Roumanie, Slovénie, 15 en France, Tchéquie, Danemark, Grèce, Pologne, Slovaquie, Suède, 16 en Belgique, Finlande, Lettonie, Lithuanie, Luxembourg, Royaume-Uni, et 17 en l'Irlande.
Dublin, c'est pas la peine : autant attendre un an de plus à L.A, en prenant des douches froides.

Comme vous voyez, Roman et Roméo n'ont pas inventé l'eau tiède.
Il y a de surcroit beaucoup de perversité à commettre un acte précisément là où il est considéré comme un crime, plutôt que de l'accomplir là où il est parfaitement légal.
C'est comme aller se balader en bikini à Téhéran plutôt qu'à Malibu ou sur la Promenade des Anglais : de la provocation pure et simple.

Marie-Geoges Buffet, qui n'aimerait faire de la peine ni à Dany ni à Jean-Marie, ni à Luc Chatel (c'est des hypersensibles, un rien les chagrine), a discrètement soutenu ces derniers dans leur croisade pour envoyer en taule le pervers Polanski.
Oh, certes pas par méchanceté (la méchanceté, ce n'est pas le genre à Marie-Georges, elle, c'est plutôt le stalinisme), mais par souci de protéger l'enfance (en Californie, si j'ai bien compris, vu qu'en France, le violeur (selon Dany) pédophile (selon Jean-Marie) n'est accusé de rien).
Je suppose que si Luc, Dany, Marie-Georges et les autres se montrent aussi sévères, c'est parce qu'en France aussi l'acte qu'on reproche à Polanski est un délit.
Il ne s'agit pas chez eux d'un délire répressif, mais d'une forme de patriotisme, la croyance en l'universalité de la législation française : ce qui est bon pour nous l'est pour la terre entière (The Whole World, in original contemporary french).
D'ailleurs, je n'ai point ouï qu'en Espagne ou aux Pays-Bas, on milite en faveur d'une extradition par la Suisse du cinéaste incarcéré.
Et c'est bien naturel.
Chacun voit midi à sa porte, et règle ses actes selon les lois en vigueur de son pays.

Faut-il préciser à Jean-Marie, Marie-Georges, Luc, Dany et leurs copains qu'en France, les crimes sexuels sur mineurs sont prescrits 10 ans après que la victime ait atteint sa majorité, c'est-à-dire, en l'occurrence, depuis un quart de siècle?
(Cela n'a rien à voir avec une indulgence coupable à l'égard des malfaiteurs qu'on n'a pas autrefois arrêté : c'est en vertu du principe selon lequel la punition d'un crime ne doit pas causer plus de désordre qu'elle n'en répare, et le cas de Polanski, dont pas même la présumée victime ne demande le châtiment, en est un exemple parfait).

Ou bien faut-il croire que cette bande vertueuse de Pères Fouettard et de Mères La Pudeur se fout absolument de notre droit, de ses principes, et de notre code pénal?
Et n'a d'autre souci que d'hurler avec les loups pour se faire resplendir le corps électoral.
Au prix, s'il le faut, de la liberté d'un homme.

jeudi 24 septembre 2009

L'article 66 de la Constitution


« Nul ne peut être arbitrairement détenu.

L'autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi. »
Article 66 de la Constitution du 4 octobre 1958

Le Comité pour l’Abrogation des Lois Antiterroristes - CALAS

Depuis 1986, date où la législation antiterroriste a été instaurée en France, un empilement de lois successives a construit un système pénal d’exception qui renoue avec les lois scélérates du XIXe siècle et rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire. L’accusation d’ « association de malfaiteurs en vue de commettre une infraction terroriste », inscrite au Code pénal en 1996, est la clef de voûte du nouveau régime. Or, ses contours sont particulièrement flous : il suffit de deux personnes pour constituer un « groupe terroriste » et il suffit d’un acte préparatoire pour que l’infraction soit caractérisée. Cet acte préparatoire n’est pas défini dans la loi, il peut s’agir du simple fait d’entreposer des tracts chez soi. Surtout, n’importe quel type de relation - même ténue ou lointaine, voire amoureuse ou amicale - avec l’un des membres constituant le « groupe » suffit pour être impliqué à son tour. C’est pourquoi, sur dix personnes incarcérées pour des infractions « en rapport avec le terrorisme », neuf le sont sous cette qualification.

De l’aveu même de ses promoteurs, ce droit spécial répond à un objectif de prévention. À la différence du droit commun qui incrimine des actes, la pratique antiterroriste se satisfait d’intentions, voire de simples relations. Suivant le juge Bruguière, cité par Human Rights Watch, « la particularité de la loi est qu’elle nous permet de poursuivre des personnes impliquées dans une activité terroriste sans avoir à établir un lien entre cette activité et un projet terroriste précis ». C’est dans cette perspective qu’on a vu la possession de certains livres devenir un élément à charge, car ils constitueraient des indices sur des opinions ; et de l’opinion à l’intention, il n’y a qu’un pas. A ce flou de la loi pénale, s’associe une procédure d’une extrême brutalité. Il suffit que le parquet choisisse de manière discrétionnaire d’ouvrir une enquête sur une qualification terroriste pour que la police reçoive des pouvoirs d’investigation exorbitants : perquisitions de nuit, « sonorisation » des domiciles, écoutes téléphoniques et interception de courriers sur tous supports… De son côté, le délai de garde à vue - période qui précède la présentation à un juge - passe de quarante-huit heures en droit commun à quatre-vingt-seize heures, voire cent-quarante-quatre, dans la procédure antiterroriste. La personne gardée à vue doit attendre la 72e heure pour voir un avocat - l’entretien est limité à trente minutes et l’avocat n’a pas eu accès au dossier. A la suite de cette garde à vue, en attendant un éventuel procès, le présumé innocent pourra passer jusqu’à quatre ans en détention provisoire.

Par ailleurs, la loi centralise à Paris le traitement des affaires « terroristes », confiées à une section du parquet et à une équipe de juges d’instruction spécialisés qui travaillent en relation étroite avec les services de renseignement. Des cours d’assises spéciales ont également été instaurées, où les jurés populaires sont remplacés par des magistrats professionnels. Un véritable système parallèle est ainsi mis en place avec juges d’instruction, procureurs, juges des libertés et de la détention, cours d’assises et bientôt présidents de cours d’assises, juges d’application des peines, tous estampillés antiterroristes.

L’application de plus en plus large des procédures antiterroristes à des affaires d’État montre que l’antiterrorisme est désormais une technique de gouvernement, un moyen de contrôle des populations. En outre - et c’est peut-être le point le plus grave - cette justice exorbitante contamine le droit commun : la législation antiterroriste a servi de modèle dans d’autres domaines pour généraliser la notion de « bande organisée », étendre les pouvoirs des services d’investigation et centraliser le traitement de certaines instructions.

La Convention européenne des droits de l’homme et le Pacte des Nations Unies sur les droits civils et politiques, tous deux ratifiés par la France, garantissent qu’une sanction pénale soit fondée sur une incrimination intelligible la rendant prévisible. En outre, ces textes donnent à chacun le droit d’organiser équitablement sa défense - ce qui passe par la prompte intervention d’un avocat ayant accès au dossier. La procédure, « sœur jumelle de la liberté », doit être contrôlée par un tiers impartial, ce qui est impossible avec une filière spécialisée fonctionnant en vase clos, dans une logique de combat idéologique incompatible avec la sérénité de la justice.

Il est illusoire de demander que ce régime procédural soit appliqué de façon moins large et moins brutale : il est précisément conçu pour être appliqué comme il l’est. C’est pourquoi nous demandons que les lois antiterroristes soient purement et simplement abrogées et que la France respecte en la matière la lettre et l’esprit de la Convention européenne des droits de l’homme et du Pacte des Nations Unies sur les droits civils et politiques. Nous invitons tous ceux qui se préoccupent de libertés à se joindre à notre campagne en ce sens.

Le Comité pour l’Abrogation des Lois Antiterroristes - CALAS - : Giorgio Agamben, Esther Benbassa, Luc Boltanski, Saïd Bouamama, Antoine Comte, Eric Hazan, Gilles Manceron, Karine Parrot, Carlo Santulli, Agnès Tricoire.

Avec les signatures de : Alain Badiou, philosophe ; Etienne Balibar, philosophe ; Jean-Christophe Bailly, écrivain ; Daniel Bensaïd, philosophe ; Alima Boumedienne, sénatrice ;Rony Brauman, ancien président de Médecins Sans Frontières et enseignant ; Raymond Depardon, photographe et cinéaste ; Pascal Casanova, critique littéraire ; Jean-Marie Gleize, poète ; Nicolas Klotz, réalisateur ; François Maspero, écrivain ; Emmanuelle Perreux, présidente du syndicat de la magistrature ; Jacques Rancière, philosophe ; Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme ; Slavoj Zizek, philosophe.

Pour signer la pétition : http://calas-fr.net/

lundi 21 septembre 2009

Jeanne d'Arc et Adolf


Je me suis remis à la télé, dans la mesure de mes modestes moyens.
(Je n'en ai pas, je remplace par Zemmour et Naulleau, en tranches, sur Daily Motion.)
Cette année, ça démarre doucement, on les sent usés, polis par les vicissitudes.
Naulleau essaie de ne pas trop froisser les invités, ça ne lui réussit pas du tout.
On remarque maintenant son goût du bel écrit et, personnellement, je trouve ça mauvais goût.
Zemmour ne m'amuse pas beaucoup non plus, son marxisme d'extrême-droite commence à dater.
Il ressasse.
Son cas est cependant moins désespéré.
Il a de l'instinct, son esprit vif reste aux aguets.
Il a le flair pour reconnaître, même cachée sous des dehors anodins et folkloriques, la moindre facho-nazi.
Alors il se jette dessus, il s'en empare, il ne la quitte plus, c'est plus fort que lui, il faut qu'il y adhère.

La dernière fois, c'était à la rentrée, pendant la promo du livre de Lorant Deutsch, Métronome.
Il a failli se battre avec Ruquier qui voulait lui piquer le morceau.
Mais il a eu le dessus, et pu crier son enthousiasme.
Métronome est un bouquin sur Paris, 100 km2, 2 millions d'habitants, 2 000 ans d'histoire, je ne vais pas vous le raconter, de toutes façons je ne l'ai pas lu (et je ne le lirai probablement jamais).
Dedans, on y parle de Jeanne d'Arc.
Vous me direz, le rapport entre Paris et Jeanne d'Arc, qui n'y a jamais foutu les pieds, et pour cause, à son époque la capitale était acquise à la cause anglaise?
C'est là que Lorant Deutsch est fort : il l'y fait naître.
Pour faire d'elle une fille de France.
Pas de France le pays.
De France la famille.
Une Capet, si vous préférez.
C'est le passage du livre sur lequel Zemmour avait gravement flashé.
Je vous résume l'affaire (j'ai pas lu ce livre, mais j'ai lu celui d'où est tirée l'histoire).
Isabeau de Bavière (queen of chez nous à l'époque) s'était envoyée en l'air avec le frangin de son mari (the king, donc), Louis d'Orléans (ainsi se nommait le beauf).
Cette relation coupable eut un fruit : Jeanne.
Vous imaginez sans peine l'embarras dans lequel se trouvaient les amants incestueux.
Ils planquèrent la petite aussi loin de Paname qu'ils le pouvaient, en Lorraine, à Domrémy précisément, chez les D'Arc.
D'où le nom sous lequel Hollywood l'a connue, Joan of Arc.
Alors qu'en réalité, elle s'appelait de Valois.
Parvenue à l'age adulte, la délicieuse enfant n'eut rien de plus pressé que d'aller secourir son demi-frère, le Dauphin, présentement dans les ennuis, à Bourges.
Ce dernier, rapidement mis au parfum des liens de parenté qui l'unissaient à elle, l'aurait accueillie à bras ouverts.
Vous connaissez la suite, Orléans, Reims (pour le sacre), et Rouen (pour la grillade (de Cauchon)).
Et vous voyez sans doute tout l'intérêt que présente cette thèse audacieuse.
La France n'avait pas été sauvée par une fille du peuple, comme dans l'Humanité-Dimanche, mais par une princesse de sang royal, comme dans Point de Vue et Images du Monde.
Tant il est vrai qu'un pays n'est rien sans la race géniale de ses conducators.
Les yeux de Zemmour en pétillaient d'émotion.

Comme je vous l'ai dit, l'hypothèse d'une Jeanne d'Arc d'excellente famille, n'est pas une trouvaille de Lorant Deutsch.
Depuis longtemps on racontait qu'en fait elle n'avait pas brûlé, s'était mariée et avait fini dans la peau d'une baronne quelconque.
Elle ne prit du grade qu'avec Jean Jacoby et son livre, Le Secret de Jeanne d'Arc, Pucelle d'Orléans (paru en 1932 au Mercure de France).
Il obtint un succès considérable, et deux ou trois imitateurs s'emparèrent eux aussi du sujet.
L'autre impérissable succès de Jacoby parut en janvier 41.
Il s'intitulait Mil neuf cent quarante, et là je voudrais lâcher Eric pour m'intéresser à Bob.
Car Jacoby, c'est l'anti-Faurisson par excellence.
On se souvient que Robert (Bob) Faurisson, apôtre et martyr de l'inexistance des chambres à gaz, est aussi l'auteur de la proposition logique suivante : pas de chambre à gaz, pas d'holocauste.
Et bien, dans les tout premiers mois du pétainisme, on n'en était pas si sûr.
Jacoby aimait beaucoup le Maréchal (qui était un peu comme une deuxième Jeanne d'Arc) :
"Il me parait ainsi que la création d'un statut spécial pour les Juifs est une bonne solution, mais une solution provisoire." (p 153)
Car, en effet, qu'en faire?
"si les lois d'excetion se réduisaient à isoler complètement le Juif (...), ces lois ne seraient, en somme, qu'une condamnation à mort." (p 154)
Comme tu vois Bob, même sans chambre à gaz, il y en avait qui pensaient qu'on filait droit à l'Holocauste.
Je sais, tu prétends que jamais les nazis n'avaient songé à éliminer physiquement les juifs.
Les nazis, je ne sais pas (je ne lis pas l'allemand).
Mais Jacoby, si.
Il avait pensé à une solution qui ne serait pas provisoire :
"Les enfants mâles israélites subissant déjà une opération, établie par la religion - la circoncision. Il serait très facile de compléter cette opération par celle de la stérilisation." (p 153)
ça a l'air presque gentil, dit comme ça, mais attends la suite :
"dans un demi-siècle, le Juif deviendrait une rareté comme les aurochs des réserves américaines et avant un siècle la race d'Israel disparaitrait du monde." (p 154)
C'est malheureux à dire, mais les aurochs en question ne sont rien d'autre que les bisons, dont Buffalo Bill fit un si grand carnage, et dont la race fut anéantie parce qu'elle gênait le développement des USA.
Bon, Bob, je te laisse réfléchir à tout ça, je vais voir Eric.
Eric, je ne sais pas si tu as tout suivi, mais je te donne un conseil : méfie-toi de tes enthousiasmes.
Même quand tu crois qu'il s'agit de conneries sans importance, tu tombes toujours mal.
Je sais, tu n'y peux rien, c'est d'instinct.
Et bien, méfie-toi de ton instinct, essaie de le corriger, n'écoute plus Wagner, ne lis plus Maurras, n'écris plus au Figaro.
Deutsch, calme-toi, tout va bien, je ne ferai aucune vanne sur ton pseudo.

mercredi 16 septembre 2009

Le Désert


On pouvait lire cette semaine dans Corse-Matin, cette info, dont la presse nationale ne s'est pas faite l'écho :


Parti d'un lieu pour le moins inhabituel, un nouveau chèque est parvenu hier matin à notre agence d'Ajaccio dans le cadre de la souscription lancée par Corse-Matin et Frequenza Mora au profit des sinistrés des incendies de cet été. Il était accompagné d'une lettre signée du directeur de la maison d'arrêt de Fresnes, expliquant que des détenus de cet établissement pénitentiaire avaient souhaité s'associer à notre opération et que ce chèque résultait de la collecte qu'ils avaient organisée.

Intégralement rédigé en langue corse, un message relatif à ce don nous parvenait simultanément sur du papier à lettre à l'en-tête suivant : « Yvan Colonna, patriottu corsu cundannatu a tortu a a prighjo a vita » (1). Un libellé suivi du slogan « Resistenza sempre et piu ca mai » (2) ainsi que de cette citation de Pasquale Paoli : « A vita mea un sara stata chè un ghjuramentu senza rifiatu, pè a Libertà » (3).


1) Patriote corse condamné à tort à la prison à vie.

(2) Résistance toujours et plus que jamais.

(3) Ma vie n'aura été qu'un engagement sans répit pour la liberté.


Perso, j'aurais dirigé un journal, ça m'aurait intéressé : ce n'est quand même pas ordinaire, une collecte organisée parmi les prisonniers en faveur de ceux qui souffrent dehors.

Je trouve ça grandiose : Sinistrés de cet été,

ne vous croyez pas abandonnés,

il y a en France des gens qui pensent à vous

(et ils sont à peu près tous en taule).

Grandiose, avec un petit côté fun, naturellement.

Franchement, ça méritait un papier.

D'ailleurs, c'était plein d'enseignements.

Par exemple, il y a un ou deux ans, tous les journaux avaient annoncé qu'on allait transférer dans une prison corse les prisonniers politiques corses, afin de faciliter les visites au parloir des familles.

C'était l'occasion ou jamais de dire qu'en fait, heu... non, pas vraiment, apparemment il y en a à Fresnes, et suffisamment nombreux pour organiser des collectes conséquentes.

Franchement, la presse aurait pu en profiter pour publier un petit erratum.

Au lieu de ça, rien du tout.


On en apprenait aussi un peu plus sur Yvan Colonna.

Le mec, manifestement, se tient droit.

Il n'est pas du genre à s'apitoyer sur son sort.

A peine s'il ne dit pas qu'il y en a de plus malheureux que lui.

Il ne se pose pas en victime, il ne pleure pas qu'il est innocent.

Il se pose en juge : on l'a "condamné à tort".

Et le reste, au fond, ne nous regarde pas.

On sent que c'est pas le gars qui nous vendrait des salades.

S'il le dit, c'est que c'est vrai : il n'a pas tué le préfet Erignac.

Voilà l'effet qu'il me fait.

Je ne dois pas être le seul.

Et ça tombe bien, son affaire n'est pas vraiment terminée, elle est examinée par la Cour de cassation.

Elle reste donc un cas à suivre, qui rejaillira dans l'actualité.


Bref, pour toutes ces raisons, l'info de Corse-Matin méritait bien un petit entrefilet dans la presse nationale.

Au lieu de ça, rien.

Nib.

Walou, As Sahara, le désert.

Ce n'est pas que le sujet n'intéresse personne.

C'est au contraire.

Justement parce que tout le monde se souvient de la condamnation de Colonna,

et qu'une majorité de gens l'ont trouvée scandaleuse,

les journaux ne veulent plus du tout l'évoquer.

On a déjà bien assez de mal à l'oublier.

Moi, par exemple, chaque fois que j'y pense, ça m'énerve.

Et quand on s'énerve, on dort mal.

La presse le sait, elle fait attention.

Elle n'est tout de même pas là pour troubler le sommeil des Français.


Pour ceux qui aiment passer des nuits blanches, je rappelle qu'ils peuvent toujours lire "L'Affaire Colonna, Une Bataille De Presse", écrit par votre serviteur, et qui vient de sortir.

La presse n'en parle pas.

Peut-être est-ce parce qu'il s'agit d'un mauvais livre.

Peut-être est-ce parce qu'il est excellent.

Avec elle, sur ce sujet, on ne peut pas savoir.

mardi 8 septembre 2009

Alerte à la grippe A


Je sens poindre la catastrophe sécuritaire.
A peine les classes ont-elles repris que dix d'entre elles ont fermé leurs portes pour cause de grippe A.
Aucun cas avéré, je vous rassure.
Il s'agissait d'une simple précaution.
Des migraines inquiétantes (à la vue, peut-être de la première dictée).
Des diarrhées suspectes (au reçu, sans doute, des premières notes).
Et ce n'est qu'un début.
Pour l'instant, il fait beau, attendons les bronchites (la grippe A, parait-il, attaque les poumons).
Je connais bien mes collègues du primaire et de la maternelle.
Il y en a, en gros, de deux sortes : les maniaques du B.O. (Bulletin Officiel), et les épuisés de naissance.
D'ordinaire, ces deux catégories de fonctionnaires s'affrontent et se haïssent.
Grâce à leur permanente guerre civile, le système éducatif, qui devrait ne plus fonctionner du tout depuis des décennies, a perduré jusqu'à nos jours.
L'inertie des uns paralysait l'activisme suicidaire des autres, et la menace policière de ces derniers aiguillonnait sur les voies arides du devoir la fatigue dépressive des premiers.
On va cette fois-ci les retrouver tous unis pour fermer les écoles au premier éternuement, les uns par respect des consignes de sécurité, les autres pour réaliser un rêve caressé depuis toujours.
Par ailleurs, il y a les enfants.
Vous avez sans doute remarqué qu'ils tueraient père et mère pour ne pas suivre les cours.
Quand l'un se met à tousser en classe, par exemple, tous les autres l'imitent, à s'en rendre malades.
Ils ne le font pas dans une mauvaise intention : ils tentent simplement de saboter, dans la modeste mesure de leurs moyens, l'activité de leur garde-chiourne.
Mais enfin, le résultat est là : en fin de journée, la bronchite de départ se retrouve accompagnée de 26 trachéites.
Et le lendemain, l'administration déplore une demi-douzaine d'absences supplémentaires, dûment autorisées par autant de certificats médicaux alarmants.
Je ne donne pas cher du réseau éducatif de notre pays cet hiver, si tous ses acteurs, enseignants, élèves, parents d'élèves, s'unissent pour le paralyser.
En revanche (car il n'y a pas que des mauvaises nouvelles), il n'y aura pas de grève cette année.
La grippe, de toutes façons, en tiendra lieu pour les plus excités.
Car nous serons, comme l'année dernière, en année électorale.
Des défilés, oui, la chienlit, non : elle affole les électeurs.
La gauche s'y opposera résolument.
Et avec elle, selon une tradition solidement établie, les syndicats de partageux dont le coeur bat pour pour le PS ou le PC.
Vous me direz, ces élections sont loin, elles n'ont lieu qu'aux beaux jours, ils nous reste l'hiver.
En pleine épidémie de grippe A?
Vous voulez rire.
D'ailleurs, le gouvernement a pensé à tout.
Luc Chatel a ouvert de grandes discussions sur je ne sais plus trop quoi, auxquelles sont conviés les syndicats sus-nommés.
ça les occupera, en attendant le dégel.
Et pour bien les accrocher au dialogue et à la compréhension mutuelle, il s'est fendu d'une déclaration affirmant que la profession n'était pas assez payée.
Les organisations de salariés sont bien obligées d'en tenir compte.
Dans le cas contraire, on le leur reprocherait.
C'était une annonce bien plus saine, économiquement parlant, qu'une autre où il aurait informé d'une augmentation de salaire.
Elle coûte moins cher, et elle fait quand même plaisir.
Certes, elle ne transporte pas aux nues.
Mais elle promet de longues et difficiles discussions avec les syndicats, qui dureront bien jusqu'à la débâcle (oui, la débâcle a lieu quand ça dégèle), au printemps.

lundi 31 août 2009

Dreyfus et Colonna (bis)


Aujourd'hui et demain arrive en librairie un livre particulièrement cher à mon coeur : le mien.
Il s'intitule "L'affaire Colonna", "Une bataille de presse".
Il raconte comment la presse nationale a rendu compte du procès en appel d'Yvan Colonna.
Il montre qu'en l'occurrence c'est la presse liée au PS, Libé, le Nouvel Obs, etc..., qui s'est faite la championne de la raison d'Etat, la défenderesse des polices, et la laudatrice des tribunaux spéciaux; tandis qu'à droite, on était plutôt scandalisé des manquements au droit, à la justice, et au respect des principes démocratiques que ce procès révélait.
Je ne vous la cache pas : on m'a dit qu'il y avait peu de chances, dans ces conditions, qu'on promeuve beaucoup ce livre dans les journaux.
Alors, autant que je la fasse moi-même.
N'y voyez pas un acharnement narcissique.
J'ai écrit ce bouquin pour contribuer à ce qu'on n'oublie pas Yvan Colonna au fond de son trou.
Ce n'est pas maintenant que je vais lâcher le morceau.
En voici un petit passage qui peut se lire à part :

Dreyfus et Colonna

Lorsque Me Pascal Garbarini, avocat de Colonna, avait qualifié ce dernier de "Dreyfus corse", François Hollande avait déclaré sur RTL : Cette comparaison me choque. Dreyfus a été condamné par une parodie de justice, un déni de justice, il a été victime d'un complot contre la vérité.(...) Cette comparaison est moralement inacceptable et politiquement intenable.

Le rappel au moralement et au politiquement corrects pour interdire toute comparaison s'imposait, car, en vérité, les ressemblances étaient frappantes.

Les deux condamnés étaient passés devant des tribunaux d'exception dont le jury était composé de magistrats, à la fois juges et jurés : militaires pour le capitaine Dreyfus, civils pour le berger Colonna. Leur culpabilité avait été affirmée en public, et avant tout jugement par des membres du gouvernement. Pour le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, Yvan Colonna avait été l'assassin. Pour celui de la Guerre, le général Mercier, Alfred Dreyfus était un espion.

Arthur Meyer, dans Le Gaulois, posa à l'époque cette question : " Quelle liberté restera-t-il au Conseil de Guerre appelé à juger ce prévenu ?" On se fit la même réflexion tout au long des deux procès Colonna : quelle liberté restait-il à la Cour d'Assises Spéciale, maintenant que Nicolas Sarkozy était devenu chef de l'État ?

Les condamnations de Dreyfus et Colonna n'avaient d'abord scandalisé personne. La presse n'y avait pas vu grand-chose à redire. Jean-Pierre Chevènement s'en était félicité. Jean-Jaurès s'était écrié à la Chambre : "... pourquoi laisser ce misérable traître en vie ?"

On avait condamné Dreyfus sur la foi d'expertises graphologiques contestables, et de témoignages émanant de l'armée. Pour Colonna, on s'était contenté de ceux de la police. Les expertises quant à elles lui étaient favorables, ainsi que tous les autres témoignages.

Dans les deux cas, un autre suspect s'était dénoncé du crime dont on les accusait. Alessandri, après avoir été condamné comme coauteur de l'assassinat, avait déclaré être le tireur. Esterhazy, après avoir été acquitté à l'unanimité d'avoir écrit le bordereau, avait confié à la presse qu'il en était l'auteur. On ne voulut croire ni le premier ni le second, et c'était pour le même motif : il s'agissait d'aveux gratuits.

Les aveux tardifs d'Esterhazy étaient sans conséquence pour lui, puisqu'on ne revient pas sur la chose jugée. Ils parurent suspects : en toute logique, cet espion aurait dû continuer à se prétendre innocent. Or il venait s'accuser d'avoir commis l'acte pour lequel on avait envoyé Dreyfus au bagne. S'il tenait tant à le sauver, c'est qu'il était son complice et, en réalité, son subordonné. Il sacrifiait sa réputation pour protéger son chef.

C'est ainsi que les anti-dreyfusards retournèrent en preuve de culpabilité l'aveu d'Esterhazy innocentant Dreyfus. De la même façon, les partisans de l'ordre avaient retourné l'aveu d'Alessandri : il ne risquait plus grand-chose, puisqu'il avait été déjà condamné à la plus lourde peine, à tenter de sauver la star du groupe. C'était bien la preuve de la place éminente qu'avait eue Colonna au sein du commando.

Les condamnations de Dreyfus et Colonna reposaient avant tout sur la conviction des enquêteurs. On en vint, dans les deux cas, à douter de ces derniers. À l'origine de la culpabilité de Dreyfus, il y avait eu le colonel Henry, et à celle de Colonna, le commandant Lebbos. Tous deux furent convaincus d'avoir fabriqué des faux durant l'enquête, et l'on s'aperçut un peu tard qu'il s'agissait de menteurs sans scrupule.

À un siècle de distance, le commandant Picquart pour Dreyfus, le commissaire Vinolas pour Colonna, tentèrent d'explorer d'autres pistes que celle de la culpabilité de l'accusé. Picquart s'occupa d'Esterhzy, Vinolas des membres du commando jamais inquiétés. Tous deux furent amplement moqués et diffamés, et se trouvèrent en butte à l'hostilité de leur hiérarchie. Leurs suppositions furent écartées par la justice.

Si Colonna fut condamné sur la base d'aveux anciens démentis à la barre, la condamnation de Dreyfus fut justifiée par des aveux qu'il aurait fait hors tribunal, au capitaine Lebrun-Renault, et qui sont entrés dans l'Histoire sous le nom de "légende des aveux".

Les juges qui avaient condamné Colonna n'avaient pu le faire sur ce qu'on avait vu pendant le procès. Celui-ci n'avait absolument pas démontré la culpabilité de l'accusé. On a parfois supposé qu'ils disposaient d'informations confidentielles, de nature à établir une conviction si contraire au déroulement des débats. Les juges qui condamnèrent Dreyfus avaient eu à leur disposition un dossier des services secrets dont on ignore encore le contenu. Ce qu'on en connaît par des révélations qu'en fit le général Mercier, ne prouvait pas la culpabilité du capitaine, mais, faute d'être contredit, il aida à en établir la conviction. Le président du Conseil de Guerre, Maurel, devait déclarer au second procès Dreyfus, qu'un seul de ces documents du dossier secret lui "fut suffisant". Il est établi aujourd'hui que la pièce principale de ce dossier, une lettre de l'attaché militaire de l'ambassade d'Allemagne, qui contenait l'expression "canaille de D...", ne concernait pas Dreyfus.

La particularité de l'Affaire Dreyfus fut de se dérouler en pleine vague d'antisémitisme. Depuis la publication de "La France Juive" de Drumont, en 1885, neuf ans avant le début de l'Affaire, celui-ci déferlait. En 1892, il eut son journal, "La Libre Parole" qui, le premier, signala qu'un juif était soupçonné d'espionnage. Tout au long de l'Affaire, ce même journal servit pour preuves de culpabilité les poncifs les plus lamentables de l'antisémitisme : le mensonge juif, la solidarité juive, la trahison juive, et l'absence de sentiment national français.

Un même argumentaire fut employé durant le procès en appel d'Yvan Colonna. Faute de preuve, et pour expliquer qu'aucun témoignage n'accablait l'accusé, on parla d'omerta corse, de mafia corse, de solidarité corse et de clan Colonna. Cette variante à l'usage des Corses de la xénophobie n'a pas la même portée politique que l'antisémitisme, mais elle en a eu la même fonction. Elle servit d'ultima ratio à ceux qui, dans leur désir de faire condamner un homme, ne trouvait plus la raison dans leur camp. Elle ne suscita pas beaucoup d'indignation en France, sauf en Corse, naturellement, et parmi la famille Colonna ainsi traitée d'organisation mafieuse.

La différence entre les Affaires Dreyfus et Colonna n'est pas dans l'iniquité dont les accusés furent victimes. À quelque chose près ce fut le même, et l'ironie de l'histoire veut qu'il y ait eu des ressemblances jusque dans les détails de ces affaires.

La différence réside dans l'indignation que cette iniquité provoqua. Il n'y eut pour Colonna que quelques journalistes et une opinion publique que les principales personnalités politiques du pays et les intellectuels les plus connus ignorèrent souverainement. Autre temps, autres moeurs, la cause de Dreyfus avait été largement défendue. Il est inutile ici d'évoquer Zola, qui fit de la prison pour elle, ni Clémenceau, Jaurès, ou Péguy, mais le leader de l'extrême-droite bonapartiste, l'antisémite Paul de Cassagnac, demandait dès 1896 la révision du procès : Par cela même que le châtiment encouru est plus effroyable, plus mérité et n'entraîne aucune compassion, il ne faudrait pas (...) qu'un doute subsistât, doute horrible, épouvantable, et qui autorise à se demander parfois, avec terreur, si réellement, si effectivement, et malgré toutes les précautions dont on s'est entouré, malgré l'honneur et le patriotisme des juges, il n'y a pas là-bas, à l'île du Diable, quelqu'un qui agonise dans un supplice moral surhumain et qui serait innocent ! Ce doute à lui seul est une chose effrayante.

Pour l'instant, il n'a pas effrayé grand monde parmi les partisans de l'ordre au XXIe siècle, au premier rang desquels il faut désormais compter ceux qui se réclament encore de Jaurès, de Zola, de la tradition républicaine, et de tous les combats pour la justice et les droits humains : les Socialistes. Voici pourquoi, après quatre ans d'emprisonnement, la condamnation d'Yvan Colonna fut confirmée, alors qu'après le même temps de relégation en Guyane, Alfred Dreyfus recouvrait la liberté. Il avait bénéficié de larges soutiens dans la classe politique, et particulièrement celui d'une gauche qui, aujourd'hui, préfère se porter au secours de la raison d'Etat.