mercredi 16 septembre 2009

Le Désert


On pouvait lire cette semaine dans Corse-Matin, cette info, dont la presse nationale ne s'est pas faite l'écho :


Parti d'un lieu pour le moins inhabituel, un nouveau chèque est parvenu hier matin à notre agence d'Ajaccio dans le cadre de la souscription lancée par Corse-Matin et Frequenza Mora au profit des sinistrés des incendies de cet été. Il était accompagné d'une lettre signée du directeur de la maison d'arrêt de Fresnes, expliquant que des détenus de cet établissement pénitentiaire avaient souhaité s'associer à notre opération et que ce chèque résultait de la collecte qu'ils avaient organisée.

Intégralement rédigé en langue corse, un message relatif à ce don nous parvenait simultanément sur du papier à lettre à l'en-tête suivant : « Yvan Colonna, patriottu corsu cundannatu a tortu a a prighjo a vita » (1). Un libellé suivi du slogan « Resistenza sempre et piu ca mai » (2) ainsi que de cette citation de Pasquale Paoli : « A vita mea un sara stata chè un ghjuramentu senza rifiatu, pè a Libertà » (3).


1) Patriote corse condamné à tort à la prison à vie.

(2) Résistance toujours et plus que jamais.

(3) Ma vie n'aura été qu'un engagement sans répit pour la liberté.


Perso, j'aurais dirigé un journal, ça m'aurait intéressé : ce n'est quand même pas ordinaire, une collecte organisée parmi les prisonniers en faveur de ceux qui souffrent dehors.

Je trouve ça grandiose : Sinistrés de cet été,

ne vous croyez pas abandonnés,

il y a en France des gens qui pensent à vous

(et ils sont à peu près tous en taule).

Grandiose, avec un petit côté fun, naturellement.

Franchement, ça méritait un papier.

D'ailleurs, c'était plein d'enseignements.

Par exemple, il y a un ou deux ans, tous les journaux avaient annoncé qu'on allait transférer dans une prison corse les prisonniers politiques corses, afin de faciliter les visites au parloir des familles.

C'était l'occasion ou jamais de dire qu'en fait, heu... non, pas vraiment, apparemment il y en a à Fresnes, et suffisamment nombreux pour organiser des collectes conséquentes.

Franchement, la presse aurait pu en profiter pour publier un petit erratum.

Au lieu de ça, rien du tout.


On en apprenait aussi un peu plus sur Yvan Colonna.

Le mec, manifestement, se tient droit.

Il n'est pas du genre à s'apitoyer sur son sort.

A peine s'il ne dit pas qu'il y en a de plus malheureux que lui.

Il ne se pose pas en victime, il ne pleure pas qu'il est innocent.

Il se pose en juge : on l'a "condamné à tort".

Et le reste, au fond, ne nous regarde pas.

On sent que c'est pas le gars qui nous vendrait des salades.

S'il le dit, c'est que c'est vrai : il n'a pas tué le préfet Erignac.

Voilà l'effet qu'il me fait.

Je ne dois pas être le seul.

Et ça tombe bien, son affaire n'est pas vraiment terminée, elle est examinée par la Cour de cassation.

Elle reste donc un cas à suivre, qui rejaillira dans l'actualité.


Bref, pour toutes ces raisons, l'info de Corse-Matin méritait bien un petit entrefilet dans la presse nationale.

Au lieu de ça, rien.

Nib.

Walou, As Sahara, le désert.

Ce n'est pas que le sujet n'intéresse personne.

C'est au contraire.

Justement parce que tout le monde se souvient de la condamnation de Colonna,

et qu'une majorité de gens l'ont trouvée scandaleuse,

les journaux ne veulent plus du tout l'évoquer.

On a déjà bien assez de mal à l'oublier.

Moi, par exemple, chaque fois que j'y pense, ça m'énerve.

Et quand on s'énerve, on dort mal.

La presse le sait, elle fait attention.

Elle n'est tout de même pas là pour troubler le sommeil des Français.


Pour ceux qui aiment passer des nuits blanches, je rappelle qu'ils peuvent toujours lire "L'Affaire Colonna, Une Bataille De Presse", écrit par votre serviteur, et qui vient de sortir.

La presse n'en parle pas.

Peut-être est-ce parce qu'il s'agit d'un mauvais livre.

Peut-être est-ce parce qu'il est excellent.

Avec elle, sur ce sujet, on ne peut pas savoir.

7 commentaires:

Gagou a dit…

Le désert, ça donne soif... :-)

Gérard Amate a dit…

De bière, il faut l'avouer, car soif à demis, pardonnée.

BERNARD a dit…

Bravo Gérard pour cet excellent papier !
La presse, la vraie, cela existe encore ? Permets-moi d'en douter...
Amicizia,
Jacques DD50

brat a dit…

En tout cas tous ceux qui ont lu votre livre l'ont trouvé très bon. Même d'irréductibles anti-Colonna estiment vos arguments et votre thèse convaincants et bien menés.Et puis un grand homme (ce serait Nietzche) a dit: tout ce qui fait du bruit marche à pas de colombe.
Il faut espérer pour Yvan C que les colombes se fassent plus bruyantes.
Take care, Aurore

Gérard Amate a dit…

Nitche n'était pas seulement un grand homme, c'était aussi un emmerdeur.
Par exemple, le che, chez lui, s'écrivait zsche, Nietzsche.
Moi, des fois, c'est le z que j'oublie.

Anonyme a dit…

http://rebellyon.info/L-affaire-Colonna-bataille-de.html

Gérard Amate a dit…

Merci