vendredi 13 mars 2009

Libé, l'Etat, et Colonna




C'est étrange.
Certaines personnes pensent qu'Yvan Colonna bénéficie d'un procès équitable.
Mais aucune ne doute qu'il soit condamné à la prison perpétuelle.
Chacun sait que cette condamnation se fera sans preuve, sans aveux, et à l'encontre de toutes les dépositions qu'ont faites les experts, les témoins oculaires et les participants au crime.
On pourrait avoir un léger doute sur l'issue du procès.
On n'en a strictement aucun.
Ce sera perpète, un point c'est tout.
Nous autres, bien sûr, nous savons que ce sera le cas : puisque nous pensons qu'Yvan Colonna est condamné d'avance.
Mais elles, les personnes qui ne pensent pas ainsi, comment le savent-elles?
La question se pose.

Elle croient sans doute partager les certitudes de la police?
(Et font confiance à la justice pour qu'elle les partage aussi?)
Voilà qui est étrange.
Car la police n'a, dans ce procès, exprimé aucune certitude.

Quatre fonctionnaires du ministère de l'Intérieur étaient cités à comparaître.
Le commissaire Vinolas a fait scandale en disant sa crainte qu'on ne condamne un innocent.
Le commissaire Lebbos a refusé de venir à la barre : il ne veut plus entendre parler de cette affaire.
Le préfet Bonnet a expliqué qu'il jugeait "crédible" la culpabilité de Colonna.
Mais en concluant ainsi :
"Ces éléments ne me permettent pas de dire qu'Yvan Colonna est l'assassin du préfet Claude Erignac, je ne le sais pas (...)".
Seul le préfet Marion n'a émis aucun doute.
Selon le Figaro, sa prestation a fait rire tout le monde au tribunal.
Ce fut un des rares moments de détente de ce procès.

Un seul vrai témoignage à charge sur quatre, ça ne fait pas beaucoup.
(Et il est bon de le rappeler : en 2007, Marion avait été convoqué à l'Elysée par Claude Guéant, juste avant de témoigner.)
En tous cas, on ne peut pas appeler cela l'expression d'une certitude.

Pourtant, certaines personnes pensent que la police accable Colonna.
Et qu'elles sont de son avis.
Elles se trompent.
Ce n'est pas la police.
C'est seulement l'Etat.
Car ce n'est pas la Justice non plus.

La Cour d'assises spéciale est, comme son nom l'indique, une juridiction d'exception.
Destinée à combattre les personnes soupçonnées de terrorisme.
C'est-à-dire la totalité des habitants de ce pays.
Dont toi, bien sûr, cher(e) camarade.
(car ce ne sont plus les RG qui s'occupent de l'humble citoyen que tu es, mais, depuis l'été dernier, la DCRI (ou, si tu préfères, la DST)).
On peut, par exemple, passer à ces assises lorsqu'on est accusé d'avoir retardé des TGV.
(Ou quel autre motif plus léger encore? Le terrorisme est une notion extensible à l'infini).
Ce tribunal spécial ne te juge pas, à proprement parler.
Il te condamne ou non, selon les instructions qu'il a reçues à ton sujet.
C'est un tribunal anti-terroriste.
Il est là pour garantir la sûreté de l'Etat.
Et non les droits du justiciable.
C'est parfaitement compréhensible.
Mais les personnes qui croient penser comme la justice ou la police en approuvant la condamnation de Colonna sont dans l'erreur.
Elles pensent simplement comme l'Etat.
(Si tant est que pour ce faire, il y ait besoin de penser).

C'est entièrement leur droit.
On peut être attaché à la tranquillité de l'Etat.
Fut-ce au détriment de ses voisins, ses semblables ou ses frères.
Et c'est le notre d'examiner qui est disposé à écraser les individus que nous sommes, au nom de la raison d'Etat.

Sans surprise, les partis politiques, puisque leur objectif avoué est d'être en charge de l'Etat.
Les avez-vous entendu protester?
Certes pas de l'innocence de Colonna, on ne leur en demande pas tant.
Mais contre ce procès, ce tribunal, cette justice d'exception?
Ils font comme si c'était normal.
Ils se taisent.
Le comportement du PS mérite une mention spéciale.
Badinter avait en son temps supprimé la Cour de Sûreté de l'Etat.
Comme contraire aux Droits de l'Homme et à la démocratie.
Le PS pourrait, devant l'exemplaire iniquité du procès Colonna, réaffirmer cette position.
Il ne l'a plus.
Il ne sait pas où elle est passée.
Seul Chevènement s'est clairement exprimé.
Pour approuver la condamnation de Colonna.
Dans cette Cour de Sûreté rétablie par Pasqua sous le nom de Cour d'Assises Spéciale.
Et jamais abolie depuis par les gouvernements de gauche qui ont suivi.

Sans surprise, Google, puisque la cause de Big Brother épouse celle de tous les Etats.
En 2007, lors du premier procès, on pouvait en tapant "Colonna", puis en cliquant sur Actualités, avoir les articles de différents sites corses, où le détail des journées du procès était mieux exposé.
Ils n'y sont plus.
On en est réduits à quelques bribes parfois honteusement tronquées.
Certains jours, Google Actualités n'expose pas même l'affaire.
On étrangle en silence l'information gênante.

Sans surprise, la télé, puisqu'elle appartient à l'Etat ou à ceux qui s'en servent.
Elle s'est contentée, à l'instar de Google, d'effectuer un service minimum.
Afin que son public soit au courant, mais de rien.

La vraie surprise du procès, ce fut Libération.
Ce journal aurait pu, comme le Monde, appuyer souplement le tribunal sans trop se faire remarquer.
Ou mieux, comme le Figaro, ignorer délibérément qu'il s'agissait d'un tribunal d'exception; mais se scandaliser des mauvais procédés dont il usait sans cesse, contre toute justice et toute impartialité.
Il y avait franchement de la marge pour commenter ce procès sans se compromettre avec les ennemis de l'Etat.
Cela n'a pas suffi à Libération, qui tenait à lui prouver son dévouement.
La chroniqueuse de Libé, Patricia Je-Sais-Plus-Son-Nom, était tellement soucieuse de ne rien dire qui puisse nuire à la condamnation prévue de Colonna qu'elle en a raté l'évènement du procès : la déposition du commissaire Vinolas.
Ce jour-là, elle avait parlé d'autre choise.
Il lui a fallu péniblement se justifier dans l'article qui suivait.
Mais dont la teneur démentait cette justification.
Rendant le tout impossible à comprendre.
Ce qui était sans doute le moindre de ces soucis.
Elle n'écrivait probablement pas pour qu'on la comprenne.
Mais seulement pour faire plaisir.
On l'a beaucoup critiquée.
Comme si elle était responsable du positionnement de Libération.
Patricia a simplement fait le travail pour lequel elle est payée.
Elle n'a été ni déplacée ni démentie par son journal.
Tout baigne.

Libé a toujours été un journal militant.
Il est celui qui aujourd'hui encore s'engage le plus dans la défense des droits de l'homme, du socialisme, et du bouddhisme tibétain.
Il a rajouté une corde à son arc : la défense de la raison d'Etat.
Tout comme son idole de toujours, Bernard Kouchner.
ça fait réfléchir.
Et c'est pourquoi dorénavant, lorsque j'entendrai parler du Dalaï Lama, de Martine Aubry, de la démocratie, et de l'humanité souffrante, je sortirai mon revolver.
On n'est jamais trop prudent.
Des fois que ce soit le SDECE qui vienne m'arrêter.

7 commentaires:

Gagou a dit…

Prems ! Je te sens bien parti pour devenir le Bernard Lazare de l'affaire Colonna !... c'est pas gagné, j'ai tapé "colonna" dans le moteur de recherche de Rebellyon.info, juste pour voir... aucune réponse pertinente, on a plus de chance en tapant "Coupat"... Question : Colonna doit-il écrire un livre pour que le milieu "anarcho-autonome" s'interesse a lui ?

Gérard Amate a dit…

Bernard Lazare qui était de Nîmes, en effet.
(Aurai-je l'appui de la diaspora corse? c'est toute la question.)
Coupat, qu'il ait ou non chagriné la SNCF n'a pas gêné l'Etat : c'est pourquoi il est facile de mobiliser à son sujet. Les relais médiatiques fonctionnent.
Le milieu anarcho-autonome n'est pas habitué à une telle embellie : il en profite.
Mais il ne fait pas le lien avec les autres et plus graves affaires de ce genre, Colonna ou Ibrahim Abdallah.
C'est pour lui une lutte identitaire, plutôt que politique.
On ne peut pas en être surpris.
On ne peut que le déplorer.

Bernard Samson a dit…

Super, le "milieu anarcho-autonome"!
Alliot-Marie serait contente de vous lire.
Quant au lien entre les "affaires "
Colonna, Coupat, Rouillan ou autres, croyez bien que les soutiens du deuxième nommé ne vous ont pas attendu pour le faire.

Roland a dit…

Petite rectification à propos de Google: en tapant Colonna dans Google à l'instant, le 1er site c'est http://www.yvan-colonna.com/, un site qui défend Yvan Colonna. Quant à Google actualités il ne fait que reprendre des articles de presse, et comme il n'y en a pas qui le défendent...

Gérard Amate a dit…

Bernard samson,
Anarcho-autonome, c'est un private joke; et le reste, c'est ce qu'on constate à Lyon où nous sommes, Gagou et moi. Si chez toi c'est différent, tant mieux (l'espoir renaît).
Roland,
je parlais de ce que l'on obtient en tapant Colonna puis en cliquant sur Actualités.
Quant aux articles, il y en a eu tous les jours dans la presse, mais pas chaque jour dans Google Actualités.
Merci pour le lien.

Anonyme a dit…

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