vendredi 5 décembre 2008

Les Elections Prud'homales


On a beaucoup dit, à propos des élections prud'homales, qu'elles avaient vu la victoire de la CGT et de l'abstention.

L'une motivée par une mauvaise organisation du scrutin, l'autre par un glissement à gauche de l'électorat salarié (glissement confirmé par la montée de Sud).

Passons sur l'abstention : elle était deux fois moindre en 1979, année de la première élection prud'homale, et n'a cessé d'augmenter depuis.

Taux d'abstention [modifier]

Collège  ↓1979  ↓1987  ↓1997  ↓2002  ↓2008  ↓
Salariés37 %54 %66 %67 %74,5
Employeurs52 %66 %79 %73 %68,5

Le glissement à gauche est, lui, purement fantasmatique.

Certes, la CFDT recule, comme l'age du départ à la retraite : de 25,23% en 2002 à 22,1 cette année.

Mais FO, qui avait, elle, fini par appeler à la grève générale en 2003 (sous la pression interne du PT) chute à peu près autant : de 18,28 à 15,9.

Sud progresse de 2,4%, ce qui est énorme relativement à leur 1,51% de 2002, mais l'alliance CGE-UNSA, qui n'est pourtant pas acquise au bolchevisme, en fait autant : 2,3% de progression.

La CFTC ne retrouve pas ses 9,65% de 2002, mais il s'agissait d'une année exceptionnelle : avec ses 8,8 % d'aujourd'hui, elle retrouve son étiage traditionnel, légèrement amélioré.

La baisse d'influence d'FO et de la CFDT n'a pas grand chose à voir avec un mouvement d'ensemble de l'électorat salarié.

Toutes deux payent leurs changements de stratégie.

Résultats collège salarié [modifier]

Toutes sections confondues, en pourcentage des suffrages exprimés.


Syndicat  ↓1987  ↓1992  ↓1997  ↓2002  ↓2008  ↓
CGT36,35 %33,35 %33,11 %32,13 % 33,9
CFDT23,06 %23,81 %25,35 %25,23 % 22,1
CGT-FO20,50 %20,46 %20,55 %18,28 % 15,9
CFTC8,30 %8,58 %7,53 %9,65 % 8,8
CFE-CGC7,44 %6,95 %5,93 %7,01 % 8,2
CSL2,30 %4,40 %4,22 %- ?
UNSA0,21 %0,14 %0,72 %4,99 % 6,2
Solidaires-0,45 %0,32 %1,51 % 3,8
Divers1,84 %1,81 %2,27 %1,19 % 1


La CFDT avait choisi, dès la réforme de la sécu, sous Notat, d'abandonner ouvertement les luttes pour cogérer les salariés avec le patronat.

Les dissidents ont créé Sud, récupérant peu à peu la clientèle subversive que la CFDT s'était acquise depuis mai 68.

C'est cette clientèle électorale qui lui fait défaut maintenant.


FO, avec Blondel (vous voulez des nouvelles de Blondel? Il dirige aujourd'hui la Libre Pensée, organisation rationaliste contrôlée par le Parti des Travailleurs, et ses éditoriaux dans La Raison, mensuel de la Libre Pensée, sont d'un anti-capitalisme revigorant), FO, disais-je, avait pris avec Blondel un virage à gauche tellement violent qu'elle en était venue, chose inouïe dans le syndicalisme français, à appeler à la grève générale.

La droite de la confédération a pris ses cliques et ses claques et a rejoint l'Unsa.

C'est cette fraction de son électorat qui manque aujourd'hui à FO.


Le même phénomène s'observe dans le collège des employeurs, qui votaient eux aussi pour élire leurs prud'hommes.

Le Medef et ses acolytes y reculent de 8%, tandis que le syndicat de gauche y progresse d'autant.

Ce n'est pas que les idées socialistes progressent dans le patronat.

C'est seulement que les employeurs de l'économie sociale ont créé leur propre syndicat, et raflent désormais une partie des voix qui se portaient sur la nébuleuse du Medef.

Syndicat  ↓2002  ↓2008  ↓
Union des employeurs80,10 % 72,1
Employeur de l'économie sociale11,32 % 19
CFPI1,39 % ?
CIDUNATI0,72 % ?
Divers6,47 % 8,9

L'Union des employeurs est une liste d'union présentée par la CGPME, la FNSEA, le MEDEF, l'UNAPL et l'UPA.

L'employeur de l'économie sociale est une liste d'union présentée par l'UNIFED, l'USGERES, le GEMA et l'UNASSAD


.La CGT, dans cette période agitée, n'a subi aucune scission.

Elle a beaucoup erré, à l'instar du PC, son proprio ruiné, entre une adhésion franche et sincère à l'économie de marché, et le souvenir de sa splendeur, aux temps heureux du bon Yossif Vissarionovitch.

A la satisfaction générale, elle a choisi de rester un syndicat de combat, mais seulement quand il n'y a pas de combat.

Le reste du temps, elle est pacifique.

Elle a ainsi évité bien des larmes et se retrouve, sans avoir tellement avancé, largement devant ses deux concurrents directs, que leurs désordres internes ont handicapés.

Ce qui, certes, ne la rend pas plus forte pour mener des luttes.

Mais conforte sa place de choix dans le projet sarkozyste de refondation syndicale. 


Nicolas Sarkozy, à qui rien de ce qui est mensonge n'est étranger, a toujours aimé Bernard Thibault.

Il s'est promis d'en faire, pendant ses 10 ans de présidence, le patron du syndicalisme français, bien secondé par l'aimable François Chérèque.

Il leur a pour cela concocté la réforme de la représentativité, qu'il a faite avaler aux autres grâce au scandale Gautier-Sauvagnac (vous voulez des nouvelles du scandale Gautier-Sauvagnac? Ne cherchez pas. On n'en a plus aucune depuis la signature de l'accord sur la représentativité).

Dans les débuts de son premier mandat, entièrement voués à la casse des acquis sociaux, il a amusé la CGT avec l'élaboration de cette goûteuse réforme.

Au début de son deuxième, il l'amusera encore avec sa mise en oeuvre, dont nul ne sait ce qu'elle sera, on verra bien sur le moment.


Deux certitudes nous sont cependant offertes par les élections prud'hommales.

Sud, en dépit de ses progrès rapides, n'arrivera pas en quatre ans à obtenir une représentativité au niveau national.

La CFTC, qui n'a pas réussi de miracle, perdra la sienne.

Elle bénéficiait d'un haut niveau de subventions occultes qui ne seront pas compensées.

Son triste état devrait permettre à la CFDT de récupérer sur elle les adhésions qu'elle a perdues à gauche.

(Et c'est sans doute ce gain prévisible qui avait poussé Chérèque à soutenir une réforme si favorable, de prime abord, à la CGT.)


L'alliance Unsa-Cgc se trouvera heureuse d'acquérir une représentativité de second rang (car, absente de nombreuses branches, elle ne pourra pas l'exercer pleinement).

FO, presque dans la même situation que l'alliance, s'y verra contrainte.

La CGT, interlocutrice de référence du Medef et de l'Etat, se retrouvera en concurrence constante avec la rapide-à-signer CFDT.

Ne nous faisons cependant pas trop de soucis pour elle.

Si Bernard Thibault a conservé un peu de son légendaire fighting spirit, il devrait battre facilement l'exprimenté François Chérèque à ce petit jeu.

9 commentaires:

CumuloNimbus a dit…

Vous avez raison d'autant que si on raisonne sur le nombre de voix et non plus sur les pourcentages, l'illusion d'une quelconque radicalisation s'évanouit : la CGT perd des voix...

En outre, le doublement du pourcentage attribué à SUD s'explique principalement par le doublement du nombre des listes. Il n'y a donc pas vraiment de percée...

Gérard Amate a dit…

Merci de l'info, pour Sud; et ma dernière illusion s'envole.
On verra lundi ce qui sera arrivé pour les délégués aux CAPD : on saura alors le fin mot de l'histoire.

ch'roro a dit…

Solidaires (qui regroupe notamment les syndicats SUD, mais pas seulement)a été le seul syndicat, patronal ou représentant les salariés) à ne pas toucher un centime pour la campagne prud'hommes, et à se voir refuser l'accès à la campagne au et télévisuelle. donc le doublement des listes et le score s'explique uniquement par le boulot des militant(e)s, pas par des campagnes publicitaires... sans compter qu'il faut souvent aller en justice pour présenter une liste ou monter une section Solidaires, dans le public ou le privé...

ch'roro a dit…

campagne audio et télévisuelle, désolé !

jacou a dit…

Euh...Prud'hommales
L'outil orthographique de votre ordinateur aurait du vous alerter.
Merci pour cette analyse.
Vous avez sans doute raison, hélas.

Sinon, un de la CFDT m'a dit que les enseignants du privé ne participent plus à ces élections ce qui expliquerait aussi leurs pertes de voix.

Gérard Amate a dit…

ch'roro : en effet. Ainsi le doublement des listes s'explique lui-même par une progression de Sud, qui d'ailleurs a fait plus que doubler ses voix. Il y a eu là quelque chose qui s'est passé.
Mais attendons les résultats dans la fonction publique pour savoir quoi.
Jacou : c'est vrai, mais cela n'explique pas une telle perte.
Tout au plus les poussières de pourcentage qui l'ont faite passer (la CFDT) derrière la CGC chez les cadres.

lopez a dit…

excellente analyse, malheureusement. les feds de la cgt pourront continuer à prendre l'apéro chez sarkozy, ils pourront même mettre les pieds sur la table. ah ils peuvent être contents! quant à la cfdt, la branche salariés du medef, il était quand même temps que ça se paie un peu.

Anonyme a dit…

Remarquable prestation de Chereque http://www.hns-info.net/spip.php?article16372
n'est-il pas ? (elle est reprise et illustrée dans le dernier n° du Plan B)

Gérard Amate a dit…

C'est de la balle, ce truc!
Il est allé jusqu'à voter Saeko?
On dirait.