jeudi 10 avril 2008

La Gare de Strasbourg


Je rentre à la bourre d'Alsace, où je suis resté ignorant des problèmes du monde, la France ou le Tibet.
Mais à peine étais-je arrivé dans ces territoires de l'Est, j'ai su.

J'ai su pourquoi Fabienne Keller (41% des voix au deuxième tour) s'était salement fait virer de la mairie de Strasbourg.

Car j'y suis allé en train.
Je ne sais pas si certains se souviennent de la gare de Strasbourg, toute en grès rose des Vosges (ainsi que la cathédrale), longue comme un jour sans pain (bien plus longue que Perrache, à Lyon), et festonnée à l'ancienne, façon château des bords du Rhin.
Je ne vous jurerai pas qu'elle était belle à s'en relever la nuit.

Mais les strasbourgeois y tenaient, c
ar ce n'était pas une gare comme les autres.

Elle datait de Kaiser Wilhelm (l'Empereur Guillaume, si vous préférez).
En ce temps-là, Stasbourg était capitale dans l'Empire.

D'où quelques travaux pharaoniques, université grandiose, palais administratifs, et cette gare taillée pour des lendemains qui chantent.
Le tout en style wilhelminien.
Depuis la gare jusqu'au Rhin, un grand quartier allemand, soigné aux
petits oignons, vitraux et pierres de taille, avait doublé la superficie de la ville, en même temps que sa population.
Ce ne sont pas des choses à dire, mais jamais Strasbourg ne fut aussi propère qu'à l'époque de Kaiser Wilhelm.

Les Alsaciens sont des braves gens, qui ont une histoire un peu particulière.
Ils n'ont pas gagné une seule guerre en deux siècles, après les avoir
toutes faites : Waterloo et Sedan du côté des Français, mais Verdun avec les Allemands (pas de bol!), drivés par Gamelin en 40, et dirigés deux ans plus tard par Von Rundstedt à Stalingrad.
Ils se sont tapés tous les désastres.

En revanche, ils ont toujours fini dans le camp des vainqueurs, annexés et épurés par les uns, accusés de trahison par les autres.
Vous avouerez qu'on deviendrait philosophe pour moins que ça.

Ils se sont donc fait leur petite Histoire à eux, qu'ils se racontent
entre eux, et qui n'est pas écrite dans les livres d'Histoire.
Elle est écrite dans les murs de leurs villes.


Lorsque Fabienne Keller a dû accueillir le TGV à Strasbourg, elle a soudain trouvé que la gare avait une sale tronche.
Trop vieille.

Trop ringarde.

Trop boche.
On ne pouvait pourtant pas la démolir, puisqu'il s'agissait d'un
monument classé.
Elle a donc imaginé d'en recouvrir l'odieuse façade avec une bulle en verre du meilleur effet, qui ressemblait un peu à une soucoupe volante dégonflée, ou à une baleine en plexiglas échouée sur la place.
C'est en tous cas extrêmement moderne.

Il était probablement prévu que le verre utilisé soit aussi d'un nouveau genre, puisqu'il devait permettre de voir la gare en transparence.
Mais en réalité, il a fait comme tous les verres avant lui lorsqu'on les met à distance d'une surface opaque : miroir.
Si bien qu'on voit seulement le reflet des immeubles d'en face.
La gare, elle, et contrairement aux prévisions, a totalement disparu.


La bulle est faite de panneaux de verre, immenses et bombés, qui n'existaient pas dans le commerce : il a fallu les usiner spécialement, à des prix sans concurrence.
Et pour ce coût prohibitif, on a mis sous verre un bout de
trottoir, l'entrée du parking souterrain, celle de l'arrêt du tram, et une terrasse de bistro : c'est là toutes les améliorations que la bulle a apportées.

Quand on en sort, on voit à gauche une tête monumentale d'Alsacienne en plastique bleu, et à droite exactement la même tête en plastique rouge, tout à la fois patriotiques dans leurs couleurs et hideuses quand à leur physionomie.
On comprend les nobles sentiments qui ont animé Fabienne Keller dans
son entreprise de rénovation : confirmer la francité des Alsaciens, effacer leur histoire allemande et, sur ces bases saines et amicales, construire l'Europe du Progrès.
Mais cela valait-il la peine de claquer tant de pognon?

Le mois dernier, quand Fabienne s'était vue avec à peine 30% des voix au premier tour des municipales, elle avait éclaté en larmes devant les caméras.
Elle expliquait qu'on lui en voulait parce que c'était une femme et qu'elle était polytechnicienne.

Et blonde, Fabienne.
Tu as oublié, et pourtant ça se voit : tu es vachement blonde.

24 commentaires:

Anonyme a dit…

Les Strasbourgeois n'ont pas fini de rigoler. La verrière n'est pas autonettoyante, et ça coûte un rein de faire venir le laveur de carreau. Trois cent mille euros dit-on (mais je ne garantie pas la véracité de l'information).

cpolitic a dit…

c'est sympa ce stade! on dirait le stade de france en moins beau.
Mais l'innovation, ce sont les trains qui passent à l'intérieur.
Chapeau, c'est forcément du niveau polytechnique.
Le problème avec ces grandes écoles, ENA, Sciences Po, X c'est qu'ils sont totalement déconnectés de la réalité et sur leur petit nuage.
Certes ça leur sert à ne pas péter un cable à la première défaite électorale venue, mais une fois élu(e), le souci c'est qu'ils ont la folie des grandeurs.
Avec l'argent du contribuable.
Et une fois qu'est fait le mal, la sanction est électorale, et les dommages ... irrémédiables.

Emachedé,
Blog Cpolitic : Actualités Politiques traitées avec Humour via des affiches de cinéma détournées
http://cpolitic.wordpress.com

emcee a dit…

Encore une histoire lamentable.
Certes, cela ne va pas changer la face du monde, mais cette histoire illustre bien le monde de blings dans lequel nous vivons: tout dans le clinquant et rien pour le manant. Et sutout effacer l'histoire pour en ré-écrire une autre, conforme à leurs fanasmes.
Il ne manque pas quelques logements sociaux à Strasbourg que l'argent mis pour cette verrue aurait permis de construire ou de rénover?
Et encore, les Strasbourgeois ont eu le bon goût de la renvoyer à ses chères études.
Il y a des maires qui dilapident l'argent public et qui sont consciencieusement réélus d'une élection à l'autre. Et c'est plus fréquent que le contraire.

Ca me rappelle les implantations d'une certaine multinationale du hamburger.
Ils ont racheté les plus beaux bars des centres-villes pour remplacer le décor somptueux par du mobilier cheap et des poubelles en plastique.
Béotiens.

Gérard Amate a dit…

Le problème est désormais le suivant : la vente de la verrière à un ferrailleur couvrira-t-elle les frais de son démontage?

Anonyme a dit…

Non, en fait, l'explication c'est que : le verre reflète (environ) 4 % de la lumière. Donc, si c'est très lumineux dehors, et qu'il fait sombre à l'intérieur ... on ne voit plus que la lumière de l'extérieur.

Gérard Amate a dit…

Tu n'es pas en train de m'expliquer, j'espère, qu'en théorie on devrait voir la gare derrière la verrière?
Ben oui, à l'intérieur il fait plus sombre que dehors, et c'est normal puisqu'au fond il y a un mur : la façade de la gare.

jijilamoroso a dit…

Il n'y a que le soir que l'on distingue un peu de l'ancien batiment, car il est alors éclairé, à l'intérieur de la bulle

tsé a dit…

j'imagine evidemment qu'elle n'avait même pas pensé à l'utile en faisant installer une partie de sa coque futuriste en panneaux solaires sur lesquels on aurait pompé des éclairages d'intérieurs, voire une partie de l'alimentation électrique de la gare...

Même pas ? quelle nouille, cette fille !

Anonyme a dit…

en faissant une rapide recherche google : on tombe sur ca :

http://www.strasbourg2008.dna.fr/?Fabienne-Keller-chahutee-par-des

ca ressemble fort a de l'incompetence enarchique type .

Vince a dit…

Oh... faudrait voir à pas oublier le magnifique matériau orange recouvrant le Zénith de Strasbourg (Eckbolsheim en fait).

Cui-là, c'est pas un rein qu'il coûte. C'est un hémi-corps.

Pis l'ilôt de l'Aubette, avec son futur cortège de restaus et bars que même les middle-class ne pourront se payer. Eh oui, faut bien répercuter les loyers quelque-part.

Et je vous parle pas des aménagements et des travaux dans toutes les écoles maternelles et primaires, comprenant des aberrations telles qu'on se demande parfois si le maître d'oeuvre a dépassé le CP (des vannes d'arrivée d'eau des sanitaires à portée des enfants et non sécurisées, entre autres joyeusetés... "Tiens, mais pourquoi ça sent le rat mort dans toute l'école ? Oh, y'en a encore qui ont joué avec les vannes...")

Vraiment, perso je me demande ce qu'on lui trouvait à part sa propagande sur la sécurité.
Quand les gens ont peur, ils font vraiment, mais alors vraiment n'importe quoi.

Gérard Amate a dit…

En fait, on peut dire des Grandes Ecoles (et de l'écoles en général, d'ailleurs), ce que goethe disait du jeu d'échecs : il rend intelligent pour jouer aux échecs.
Mais quand on confond tout ça avec la vraie vie, aïe, aïe, aïe.

Anonyme a dit…

(Le verre qui reflète 4 % de la lumière...) Non, non, je ne suis pas en train de d'expliquer qu'on devrait voir la gare derrière la verrière. Au contraire. Que les lois de l'optique sont ainsi faites. Et qu'en faisant ce qu'ils ont fait, on ne pouvait pas s'attendre à autre chose...
Si à la limite, ça avait été juste une façade de verre, et que soleil avait pu frapper derrière "directement" la façade de la gare, ça aurait limité "un tout petit peu" l'effet. Et le pire (vraiment) qu'on pourrait imaginer, ça serait d'éclairer en plein jour la façade de la gare... là, on marcherait vraiment sur la tête...

Mathieu C a dit…

C'est pas une blague?? Ils ont vraiment mis la gare dans cette bulle affreuse??
Oh putain!!
Ceci dis tant pis pour les Strasbourgeois, ils avaient qu'a dire non avant le debut des travaux.
Mais faudrait penser a lobotomiser l'architecte qui a fait ca, avant qu'il ne fasse d'autres degats...

Anonyme a dit…

Nos politiques sont dans leur bulle...belle illustration.. et qui n'a pas vu la Place Kléber (dite place Kleb's) changer de visage tous les 2/3 ans à grand renforts d'euros n'a rien vu de Strass. Et ce n'est pas fini... Quand aux écoles... dans mon lycée refait en partie à neuf, les éclairages sont incontrôlables (connait rien à la domotique celui là !). Au cours des épreuves de bac il était impossible de rétablir la lumière dans les coins sombres des salles d'examen... même en se trémoussant et en s'activant devant les cellules photo électriques... L'archi était probablementun cops' de qui ?

Alain a dit…

Oh ben dis-donc, ils ont mis ce truc immonde sur cette si jolie gare ? J'y suis allé deux fois en une semaine et demi, à Strasbourg, (j'en reviens à l'instant) et je n'avais même pas vu...

Il est vrai que j'allais rendre visite à mon amoureuse et que je n'avais qu'elle en tête : ça explique et ça pardonne mon étourderie. Car mon amoureuse est drôlement plus jolie que cette affreuse bulle de verre.

Cobab a dit…

Estiomons-nous heureux qu'ils aient déjà laissé la gare en ville ,au lieu de l'exiler en pleine cambrousse qu'après il faut une caisse pour prendre le train…

Anonyme a dit…

Strasbourg, cette ville excessivement riche (seconde place après L Ile de France mais aussi la ville des bizarres records de voitures qui flambent ... + de 1500 par an je crois ... Parait que c'est une tradition la-bas. Marrant, je la conniasais pas celle-la pourtant j'en viens ... j'y suis né. En tout cas une bonne chose, les électeurs ont mis le hola à ce délire. Nous à Montpellier on a toujours le mégalo en chef dans l'équipe municipale. En plus de présider l'agglo et la région. Louis XVI on l'appelle tellement il a la folie des grandeurs. Eh, les alsacos, venez nous aider à le mettre dehors ce pitre !

Collectif SDF Alsace a dit…

bon alors la gare à sa capote, le zénith son suppositoire, les fontaines de kléber une couverture en bois de teck et... ha mince que dalle pour les sans-abri !

Gérard Amate a dit…

Strasbourg a longtemps été une ville où il y avait du boulot, d'où une floppée de HLM. j'ai habité à la Meinau, il y a un bail : gendarmes et voleurs était le jeu des ados, à l'époque. La bagnole brûlée a pris le relai.
Avec la disparition en Europe de la petite industrie, Strass découvre le vrai chomedu, celui où t'as beau chercher du taf, y en a plus.

jardin a dit…

Le nom de l'architecte?

diophante a dit…

pour moi c'est jardiland comme je le dis sur mon blog
diophante

Anonyme a dit…

Wass ?
gotfertami nochamol !!!

Anonyme a dit…

le gotfertami c pas anonyme, c mumu

Niala a dit…

Avant de sortir des inepties il faudrait se renseigner aux bonnes sources

Car l'horrible bulle ou zeppelin qui recouvre la Magnifique gare de Strasbourg ce n'est en aucun cas Fabienne Keller ou la municipalité de Strasbourg qui l'a décidée (contrairement à ce que prétend l'auteur de l'article)

Mais un hurluberlu d'Architecte des bâtiments de la "SNCF" depuis son bureau de Paris qui l'a décidé avec l'accord tacite de l'Architecte des "Monuments Historiques" qui n'a pas pipé mots.
Alors que pour un particulier il n'arrête pas de mettre des bâtons dans les roues sous prétexte que le projet du dit particulier dépare le paysage

Enfin il y aurait beaucoup à dire sur cet olibrius et ses confrères dans toutes les villes