jeudi 27 mars 2008

J'ai visité Claude Allègre


Il y a des semaines, comme ça, où l'actualité n'a rien de passionnant. Certes, il nous reste toujours Nicolas Sarkozy qui, depuis quinze jours s'est trouvé un nouveau dada, le retour au calme.

Il ne peut plus ouvrir la bouche sans appeler les uns à garder leur sang-froid, les autres à se retenir, et lui-même à keep cool, zen, Nicolas, on respire, on pense au Dalaï Lama, on oublie les municipales.

Finies les tonitruances, et les bruits de jonquaille attachés à ses pas.

Porteur d'humbles paroles et d'éclatante modestie, on le voit tous les jours dans les plus reculées provinces apporter aux déshérités la consolation de ses visites.

On le voit, mais on ne l'entend plus, c'est le problème avec ces endroits loin de tout.

Il devient impossible de le commenter, et je me demande s'il ne le fait pas exprès.

Pareil avec Fadela Amara, qui ne donne plus signe de vie.

Pourtant, le plan Espoir se met en place, les premiers équipements arrivent :

un bouclier "balistique souple" qui se plie et se replie comme une valise plate, des lunettes transparentes prévues pour être portées sous le casque pare-balles, en plus de la visière, un nouveau lanceur de balles de défense de 40 mm de diamètre destiné à remplacer le flash-ball : tels sont quelques-uns des nouveaux équipements présentés par la police, vendredi 21 mars

Et c'est pourquoi je me suis rabattu sur Claude Allègre qui, lui au moins, a toujours quelque chose à raconter.

Claude Allègre habite une grande maison qui ressemble un peu à une école maternelle, avec des jouets qui traînent partout.

Je remarquai entre autres une boite du Petit Vulcanologue, La Climatologie pour les 6-12 ans, Jouons Avec Les OGM, beaucoup de jouets scientifiques, mais aussi une poupée Ségo plantée d'aiguilles, un garage, une ferme, des peluches, et tout un tas de shoot them up pour PS2.

Lorsqu'il m'ouvrit, il traînait par la ficelle un train aux vives couleurs et ses petits yeux, perdus dans la graisse sous des sourcils laineux, exprimaient le plus vif contentement.

Claude adore les journalistes.

Il poussa une sorte de barrissement joyeux et m'entraîna vers sa caisse à doudous.

Il en sortit une peluche informe, qu'il se mit à taper férocement :

-Vilain! vilain mammouth qui fait de la peine à maman!

Je tentai de commencer l'interview :

-Votre mère était, je crois, directrice d'école...

Mais il frappait comme un sourd, jusqu'à ce qu'une patte se détachât de l'objet martyrisé :

-Cassé, mammouth! bien fait, mammouth!

Il avait l'air calmé, j'obliquais vers un autre sujet :

-Ooooh, mais je vois que tu as une bien jolie boite de gestion des volcans.

Son visage de poupon repu se chagrina subitement :

-Haroun aussi était méchant, il me laissait jamais gagner!

-Tu penses encore à cette histoire de la Soufrière, lorsque Haroun Tazieff avait contredit tes prévisions scientifiques?

-Haroun était un sale tricheur! On jouait à prédire les éruptions, et c'était moi le chef, c'était moi qui commande, pas lui.

-Mais c'est lui qui a eu raison...

Claude Allègre se mit à piétiner la boite de jeu :

-Vilain, vilain volcan, qui n'obéit jamais quand on lui dit!

-Allons, allons, calme-toi, mon bonhomme, c'est de la vieille histoire, Haroun Tazieff est mort depuis longtemps.

Un sourire vicieux éclaira son visage :

-Tu sais pas ce que je viens de proposer?

-Vas-y, dis toujours.

-La création d'un Institut de Volcanologie, afin d'écarter de cette science les gourous qui la dominent.

-On peut dire que t'es un malin, toi!
Mais je vois que tu as aussi des jouets exotiques, j'ai vu la même à Haïti.

-Ma poupée Ségo? Si tu la veux, je te la prête.

-Non merci.

-Tu peux la brûler au briquet, tu sais.

-J'ai pas de briquet, je ne fume pas.

-Ou lui planter des épingles, c'est très amusant.

-Y a plus de place.

Claude sortit un petit canif de son short et se mit à lacérer la poupée :

-Vilaine! vilaine Ségolène! Pas belle! Le monsieur, il veut pas jouer avec toi, lalalalalèèèèèère...

-Tu as l'air d'en vouloir un peu à Ségolène Royal?

-C'est une sale tricheuse!

-Comme Haroun Tazieff?

-Exactement! On jouait au chef, avec Ségo, et c'était moi le chef, et maintenant elle dit que c'est elle la chef.

-Tu veux parler de l'époque où tu étais ministre et elle ministre déléguée?

C'est normal, elle débutait. On change, en grandissant.

-Oui mais quand on jouait ensemble au socialiste, elle a dit qu'elle était socialiste, et c'est même pas vrai!

-Bof, c'est toujours un peu comme ça, avec les socialistes.

-Pas du tout! Lionel, c'est un vrai socialiste. Moi, c'est un vrai socialiste, tandis que Ségolène... elle ne pense qu'à elle-même,...elle ment,... je n’accepte pas de telles méthodes en politique... Je reste profondément un homme de gauche... et je suis vraiment désolé de voir la gauche en être arrivée là où elle est aujourd’hui.

Le gros bébé joufflu avait tout d'un coup adopté ce ton sérieux qui n'appartient qu'aux enfants.

-Et tu penses à qui, mon petit bonhomme, comme vrai socialiste qui pense d'abord aux autres, qui ne ment jamais, et qui reste, comme toi, profondément de gauche?

-Nicolas! Nicolas Sarkozy! C'est mon ami à moi, Nicolas, et il nous a sauvés de la méchante Ségo!
J'ai un dialogue assez suivi avec le président de la République sur un certain nombre de sujets, c'est vrai!... Ça ne veut pas dire que j'approuve absolument tout, mais quand j'étais dans le gouvernement Jospin, je n'approuvais pas absolument tout du programme des socialistes...

-Mais enfin! Sarkozy n'a rien d'un socialiste.

-Si, il est socialiste.

-Non.

-Si, et c'est pour ça qu'on l'embête! Et qu'on fait rien qu'à dire du mal de lui! Pour empêcher son éblouissant programme de socialiste!
Est-ce que Nicolas Sarkozy va savoir surmonter son impopularité et continuer les réformes, comme Tony Blair ou Bill Clinton, ou est-ce qu'il va s'arrêter après une année extrêmement brillante...?

C'est le problème, tu sais.

-Brillante? Depuis qu'il est là, il ne nous tombe que des tuiles, et c'est pas près de s'arrêter, on dirait...

-Passeque la France est une sale tricheuse! Elle veut jamais être ce qu'on lui dit.
C'est pour ça qu'on n'arrive à rien, avec elle.
Nicolas croyait piloter une Formule 1, et il se retrouve au volant d'un tracteur, puissant, mais qui n'avance pas.

-D'un autre côté, quand on confond un tracteur avec une formule 1, il vaudrait peut-être mieux renoncer à conduire (le char de l'Etat).

-T'es bête.

Il courut à son garage en plastique, et en extirpa une foule de petits trésors :

-Tu vois, j'ai la tractopelle, la McLaren-Mercedes, un transformer, mon cheval à roulettes...

Il s'interrompit soudain en saisissant un minuscule 4X4 :

-Et regarde, même pas mal! Elles sont toutes froides, elle brûlent pas du tout!

-Tu m'en prêtes une, pour voir?

-Nan! Je te joue pas! T'es trop méchant.

Et Claude Allègre se mit à faire danser en l'air ses petites voitures, tout en chantant à tue-tête :

"ça réchofpa la pla-nè-teu! ça réchofpa la pla-nè-teu!"

On sentait qu'il valait mieux ne plus le déranger.

Je partis sans lui dire au revoir.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Mais il est parfaitement mignon Claude...

Si il n'a pas voulus jouer avec vous, ne vous en formalisez pas, à son âge c'est parfaitement normal.

tungstene a dit…

Rien à dire sur l'actualité? Il suffit d'écouter France info: annonces que l'on va rogner sur la formation, le logement et l'éducation etc. Suit une interwiew de la ministre de la culture qui déclare qu'elle va mettre en place des prêts à taux zéro pour l'achat d'oeuvres d'art!!!Finalement vous avez raison on est dans l'abyssale il n'y a même plus de commentaires à faire...

les amis du négatif a dit…

Faire rire avec le Claude, en inspiré, relève d'une démarche très scientifique, ardue, sérieuse et par conséquent documentée. Il n'en était nul besoin lorsqu'on entendait poursuivre la même entreprise, que ce soit envers quelques prédécesseurs ou successeurs...large est le panel comme l'est le TdC de la chiance actuelle...Et là, l'aventure serait assez plaisante, en fin de comptes... Cependant rien n'est trigono-rêglé et Claude roule...
On le voit partout de colloques en coliques, de symposium en circonférences, d'amphi en plateaux TV...Il arrive parfois que son collegue du moment, le papillon à bretelles de Bercy lui fasse un peu d'ombre, mais bien vite le panda remarquable de la recherche retrouve son mars contre le coup de bambou, et repart. Tout y passe, Sida, Heilzheimer, energie, sciences et budget...Il colle même à l'amiante...Claude est partout. Sauf où il est attendu, c'est à peu près la seule consolation qu'il offre...
"les amis du négatif"
http://nosotros.incontrolados.over-blog.com

Gérard Amate a dit…

Chers amis du négatif,
J'ai pas tout compris, surtout au début, mais je vous suppose fréquentant René.
Cher Tungstène, il y a en effet amplement à râler, mais rien de bien nouveau : c'est encore et toujours voler les pauvres pour donner aux riches.

Anonyme a dit…

Ne tombons pas dans le fatalisme: mieux vaut qu'il joue avec des voitures, des mammouths et des poupées indégonflables qu'avec des playmobil....

T.Guérin